Philosophie · Grands philosophes
Parménide
Parménide d’Élée (vers 515-450 av. J.-C.) affirme que « l’être est et le non-être n’est pas ». Il en déduit que l’être est un, éternel et immobile, et que le changement perçu par les sens est illusoire.
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Parménide est né à Élée, colonie grecque d’Italie du Sud (aujourd’hui Velia, en Campanie). Platon rapporte qu’il vint à Athènes vers 450 av. J.-C., âgé d’environ 65 ans, et y rencontra le jeune Socrate (Parménide, 127b) ; on en déduit une naissance vers 515. Il fonde avec son disciple Zénon l'école éléate. Il est l’auteur d’un poème en vers, De la nature, dont il reste environ 160 vers. C’est le premier texte de l’histoire de la philosophie qui développe un véritable raisonnement sur l’être.
Le poème : une révélation divine
Le poème commence par un prologue : un jeune homme est conduit sur un char, guidé par les filles du Soleil, jusqu’aux portes de la Nuit et du Jour. Une déesse l’accueille et lui annonce qu’il doit tout apprendre : « le cœur sans tremblement de la vérité bien ronde et les opinions des mortels, où il n’est pas de croyance vraie ». Le poème se divise ensuite en deux parties :
| Partie | Contenu | Statut |
|---|---|---|
| Voie de la vérité (alètheia) | Ce que la raison démontre de l’être | Conservée en grande partie |
| Voie de l’opinion (doxa) | Cosmologie des mortels : lumière et nuit, naissance des choses | Très fragmentaire |
Les trois voies de la recherche
La déesse distingue les chemins possibles de la pensée :
- « Il est, et il n’est pas possible qu’il ne soit pas » : c’est la voie de la persuasion, qui accompagne la vérité.
- « Il n’est pas, et il est nécessaire qu’il ne soit pas » : voie impraticable, car on ne peut ni connaître ni dire ce qui n’est pas.
- La voie des mortels « à double tête », qui confondent être et non-être et pensent que les choses sont et ne sont pas : c’est la voie de l’opinion.
Le principe central est que penser et être sont la même chose (fragment B3) : on ne peut penser que ce qui est. Le néant est impensable, donc il n’est pas.
Les propriétés de l’être
Du seul principe « l’être est », Parménide déduit, dans le long fragment B8, une série de « signes » :
- inengendré et impérissable : l’être ne peut naître du non-être (qui n’est pas) ni de l’être (qui est déjà) ;
- un et continu : rien ne peut le séparer de lui-même, puisque le vide serait du non-être ;
- immobile : se mouvoir supposerait aller là où il n’est pas ;
- achevé : l’être est comparé à « la masse d’une sphère bien ronde », également équilibrée à partir du centre.
Le changement, la naissance, la mort, la multiplicité, tout ce que montrent les sens, relèvent donc de l'opinion. Il faut juger par la raison (logos) et non par l’œil ou l’oreille.
Zénon d’Élée et ses paradoxes
Zénon (v. 490-430 av. J.-C.) défend son maître par l’absurde : si l’on admet le mouvement et la multiplicité, on tombe dans des contradictions. Ses paradoxes les plus connus, rapportés par Aristote (Physique, VI, 9) :
- Achille et la tortue : Achille ne rattrapera jamais la tortue partie avant lui, car il doit d’abord atteindre le point d’où elle est partie, et pendant ce temps elle a avancé, et ainsi à l’infini ;
- La dichotomie : pour parcourir une distance, il faut d’abord en parcourir la moitié, puis la moitié du reste, à l’infini ;
- La flèche : à chaque instant, la flèche en vol occupe un espace égal à elle-même, donc elle est au repos.
Ces arguments ont nourri des siècles de réflexion sur l’infini et le continu ; les mathématiques modernes des séries convergentes apportent une réponse à certains d’entre eux.
Parménide et Héraclite
La tradition oppose Parménide à Héraclite : l’un affirme l’être immobile, l’autre le devenir universel. Les philosophes qui suivent cherchent à sortir de ce dilemme. Empédocle, Anaxagore et les atomistes admettent des éléments éternels qui se combinent. Platon, dans le Sophiste, commet ce qu’il appelle un « parricide » : il montre que le non-être, en un sens (l’autre), existe, ce qui rend possible le discours faux.
Ce que Parménide nous apprend
Parménide inaugure la distinction entre la vérité, atteinte par la raison, et l'opinion, fondée sur les apparences, que l’on retrouve dans toute la philosophie (voir vérité et opinion). Il pose aussi l’exigence d’une pensée rigoureuse : tirer toutes les conséquences d’un principe, même si elles contredisent l’expérience.
Questions fréquentes
Que signifie « l’être est, le non-être n’est pas » ?
Que seul ce qui est peut être pensé et dit. Le néant n’est rien : on ne peut ni le connaître ni en parler. Parménide en déduit que rien ne naît ni ne périt, car cela supposerait un passage par le néant.
Pourquoi Parménide rejette-t-il le témoignage des sens ?
Parce que les sens montrent du changement et de la multiplicité, que la raison juge impossibles. Entre l’expérience et le raisonnement, il choisit le raisonnement.
Parménide a-t-il rencontré Socrate ?
Platon le raconte dans son dialogue Parménide, mais la rencontre est peut-être une fiction littéraire. Elle est chronologiquement possible si Parménide est venu à Athènes vers 450 av. J.-C.