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Philosophie · Grands philosophes

Guillaume d’Ockham

Guillaume d’Ockham (vers 1285-1347) est un théologien franciscain anglais. Figure du nominalisme, il soutient que seuls les individus existent et donne son nom au principe d’économie dit « rasoir d’Ockham ».

Mis à jour le 3 min de lecture

Guillaume d’Ockham (en anglais William of Ockham) est né vers 1285 à Ockham, village du Surrey, au sud de Londres. Entré chez les franciscains, il étudie et enseigne à Oxford. Accusé d’hérésie, il est convoqué à la cour pontificale d’Avignon en 1324, s’enfuit en 1328 et se réfugie auprès de l’empereur Louis de Bavière à Munich, où il meurt vers 1347, sans doute de la peste noire. Il est surnommé le Venerabilis inceptor, parce qu’il n’a jamais obtenu le titre de maître en théologie.

Repères

DateÉvénement
v. 1285Naissance à Ockham (Angleterre)
v. 1317-1319Commente les Sentences de Pierre Lombard à Oxford
1324Convoqué à Avignon pour examen de ses thèses
1328Fuit Avignon avec le général des franciscains Michel de Césène
1330-1347À Munich, écrits politiques contre le pape Jean XXII
v. 1347Mort à Munich

Œuvres principales : Commentaire des Sentences, Somme de logique (Summa logicae), Quodlibets, commentaires d’Aristote, et des écrits politiques comme le Dialogue et le Bref traité du principat tyrannique.

La querelle des universaux

Le Moyen Âge débat d’une question héritée de Porphyre : les universaux (genres et espèces, comme « homme » ou « animal ») existent-ils réellement, ou seulement dans la pensée ou le langage ?

PositionThèseReprésentants
RéalismeLes universaux existent réellement, hors de l’espritPlaton, Guillaume de Champeaux, en partie Duns Scot
Réalisme modéréLes universaux existent dans les choses, comme formes communesAristote, Thomas d’Aquin
NominalismeSeuls les individus existent ; l’universel est un signeRoscelin, Ockham

Ockham défend un nominalisme (on parle aussi de « terminisme ») rigoureux : tout ce qui existe est singulier. Il n’y a pas d'« humanité » réelle en Socrate et Platon ; il y a Socrate, il y a Platon, qui se ressemblent. L’universel est un concept, signe naturel dans l’esprit, qui renvoie à plusieurs individus. Il appartient à la logique et au langage, non au monde.

Le principe d’économie

Ockham utilise constamment un principe méthodologique : il ne faut pas poser de pluralité sans nécessité (pluralitas non est ponenda sine necessitate), ou encore « il est vain de faire avec plus ce qui peut être fait avec moins ». Il élimine ainsi des entités inutiles (formes substantielles multiples, espèces intelligibles, relations réelles). La formule célèbre « les entités ne doivent pas être multipliées sans nécessité » ne se trouve pas dans ses textes ; elle est forgée plus tard. Voir la fiche dédiée au rasoir d’Ockham.

La connaissance intuitive

Pour Ockham, toute connaissance part de la connaissance intuitive des choses singulières : saisie directe de l’existence d’une chose présente. La connaissance abstraite en découle. Cette primauté de l’individuel et de l’expérience fait de lui un précurseur de l'empirisme anglais.

Dieu tout-puissant et liberté

Ockham insiste sur la toute-puissance absolue de Dieu : Dieu peut faire tout ce qui n’implique pas contradiction. L’ordre du monde n’est donc pas nécessaire, il est contingent, voulu librement. Conséquence : on ne peut démontrer par la raison la plupart des vérités de la foi, qui relèvent de la croyance. Ockham sépare ainsi plus nettement que Thomas d’Aquin le domaine de la raison et celui de la foi.

La pensée politique

Engagé dans la querelle de la pauvreté évangélique (le Christ et les apôtres possédaient-ils des biens ?), Ockham accuse le pape Jean XXII d’hérésie. Il défend la distinction du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel, conteste la plénitude de puissance du pape et affirme que l’empereur tient son pouvoir du peuple, non du pape.

Postérité

Le nominalisme ockhamiste, appelé via moderna, domine plusieurs universités aux XIVe et XVe siècles. Il prépare la science moderne en vidant la nature des formes et qualités occultes et en privilégiant l’économie des explications. Luther fut formé dans cette tradition.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le nominalisme ?

C’est la thèse selon laquelle seuls les individus existent ; les termes généraux (« homme », « arbre ») ne désignent pas des réalités communes mais sont des signes qui renvoient à plusieurs individus.

Ockham a-t-il inventé le rasoir d’Ockham ?

Il n’a pas inventé le principe d’économie, que l’on trouve déjà chez Aristote et des scolastiques antérieurs, mais il l’a appliqué avec une telle constance que la tradition lui a attribué. L’expression « rasoir d’Ockham » apparaît bien après sa mort.

Guillaume d’Ockham a-t-il inspiré le roman Le Nom de la rose ?

Le héros d’Umberto Eco, Guillaume de Baskerville, franciscain anglais rationaliste, est en partie inspiré d’Ockham, qu’il présente comme son ami.

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