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Philosophie · Grands philosophes

Michel Foucault

Michel Foucault (1926-1984) est un philosophe et historien des idées français. Il a montré comment les savoirs sur l’homme (folie, maladie, crime, sexualité) sont liés à des formes de pouvoir.

Mis à jour le 4 min de lecture

Michel Foucault, né à Poitiers le 15 octobre 1926 et mort à Paris le 25 juin 1984, est l’un des penseurs français les plus cités au monde en sciences humaines. Héritier de l’épistémologie historique de Bachelard et de Canguilhem, lecteur de Nietzsche, il a fait l’histoire des conditions dans lesquelles certains savoirs sont devenus possibles : la psychiatrie, la médecine clinique, les sciences humaines, la criminologie. Sa thèse centrale : le savoir n’est pas neutre, il est lié à des rapports de pouvoir qui le rendent possible et qu’il renforce en retour.

Repères biographiques

DateÉvénement
1926Naissance à Poitiers ; son père est chirurgien
1946-1951École normale supérieure ; agrégation de philosophie (1951) ; licence de psychologie
1955-1960Postes culturels à l’étranger : Uppsala, Varsovie, Hambourg
1961Thèse : Folie et déraison. Histoire de la folie à l’âge classique ; rapporteur : Georges Canguilhem
1966Les Mots et les Choses, grand succès
1966-1968Enseigne à Tunis
1970Élu au Collège de France, chaire « Histoire des systèmes de pensée »
1971Cofonde le Groupe d’information sur les prisons (GIP)
1975Surveiller et punir
1976La Volonté de savoir, premier volume de l'Histoire de la sexualité
1984L’Usage des plaisirs et Le Souci de soi ; mort à Paris des suites du sida

Œuvres principales

ŒuvreDateApport
Histoire de la folie à l’âge classique1961Le « grand renfermement » ; partage entre raison et déraison
Naissance de la clinique1963Le regard médical moderne
Les Mots et les Choses1966Les épistémès ; naissance et fin de « l’homme »
L’Archéologie du savoir1969Méthode : énoncés, formations discursives
L’Ordre du discours1971Leçon inaugurale au Collège de France : contrôle des discours
Surveiller et punir1975Naissance de la prison ; société disciplinaire
Histoire de la sexualité (4 vol.)1976-1984, vol. 4 posthume en 2018Dispositif de sexualité ; éthique et souci de soi

Les idées clés

L’histoire de la folie

À l’âge classique (XVIIe-XVIIIe siècle), la folie cesse d’être une figure de vérité, présente dans la culture de la Renaissance, pour devenir une déraison qu’il faut exclure. Le « grand renfermement », symbolisé par la création de l’Hôpital général de Paris en 1656, enferme ensemble fous, pauvres, libertins et vagabonds. La psychiatrie du XIXe siècle naît de ce partage : elle prétend libérer les fous, mais les soumet à une autorité médicale et morale.

L’épistémè

Dans Les Mots et les Choses, Foucault appelle épistémè l’ensemble des conditions inconscientes qui déterminent, à une époque, ce qui peut être pensé et tenu pour savoir. Il distingue :

ÉpistémèPériodePrincipe
RenaissanceXVIe siècleLa ressemblance : les choses se répondent par analogies et signatures
Âge classiqueXVIIe-XVIIIe siècleLa représentation : classer les êtres dans des tableaux (grammaire générale, histoire naturelle, analyse des richesses)
ModernitéDepuis la fin du XVIIIe siècleL'histoire et la profondeur : philologie, biologie, économie politique ; apparition de l'« homme » comme objet de savoir

D’où la conclusion célèbre : « l’homme est une invention dont l’archéologie de notre pensée montre aisément la date récente. Et peut-être la fin prochaine », susceptible de s’effacer « comme à la limite de la mer un visage de sable ».

Savoir et pouvoir

Le pouvoir n’est pas seulement une force qui interdit et réprime, détenue par un souverain : c’est un réseau de relations qui traverse toute la société et qui produit des comportements, des discours, des savoirs. Inversement, les savoirs (médecine, psychiatrie, pédagogie, criminologie) permettent d’exercer le pouvoir sur les individus. Foucault parle de savoir-pouvoir.

La société disciplinaire et le panoptique

Surveiller et punir s’ouvre sur le supplice de Damiens (1757), puis montre qu’en moins d’un siècle la punition passe du corps supplicié à la prison, qui vise à corriger l’âme. Les disciplines (école, caserne, usine, hôpital) dressent les corps par la surveillance, l’examen et la normalisation. Le modèle en est le panoptique de Jeremy Bentham : une tour centrale d’où un surveillant peut voir chaque détenu sans être vu, si bien que chacun se surveille lui-même.

Le biopouvoir

À partir du XVIIIe siècle, le pouvoir ne s’exerce plus seulement par le droit de faire mourir, mais par la gestion de la vie des populations : natalité, santé publique, hygiène, démographie. C’est le biopouvoir (La Volonté de savoir, 1976).

Apport à la théorie de la connaissance

Foucault ne demande pas si un savoir est vrai, mais comment il s’est formé et quels effets il produit. Son archéologie décrit les règles qui organisent les discours d’une époque ; sa généalogie, inspirée de Nietzsche, montre les rapports de pouvoir dont ils sont issus. Il ne nie pas la vérité, mais en fait une histoire : chaque société a son « régime de vérité », qui définit qui peut parler, de quoi, et selon quelles procédures. Voir épistémologie et la vérité. Son lien avec Canguilhem est direct : il prolonge à l’échelle des sciences humaines l’histoire des concepts et l’analyse des normes développées dans La Connaissance de la vie et Le Normal et le Pathologique.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une épistémè chez Foucault ?

Le socle de pensée, propre à une époque, qui définit les conditions de possibilité des savoirs : ce qu’il est possible de penser, de dire et de tenir pour vrai.

Que signifie le panoptique ?

Un modèle de prison imaginé par Bentham, où un surveillant central peut tout voir sans être vu. Foucault en fait le symbole d’une société où la surveillance permanente pousse chacun à se discipliner lui-même.

Foucault était-il structuraliste ?

On l’a souvent rangé parmi les structuralistes dans les années 1960, avec Lévi-Strauss, Lacan et Barthes, mais il a refusé cette étiquette.

Par quel livre de Foucault commencer ?

Surveiller et punir, le plus accessible et le plus concret, puis L’Ordre du discours, court, qui présente sa méthode.

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