Philosophie · Grands philosophes
John Stuart Mill
John Stuart Mill (1806-1873) est un philosophe et économiste britannique. Défenseur de l’utilitarisme et de la liberté individuelle, il formule le principe selon lequel seul le tort fait à autrui justifie une contrainte.
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John Stuart Mill est né à Londres en 1806 et mort à Avignon en 1873. Son père, l’économiste James Mill, ami de Jeremy Bentham, lui impose une éducation intensive : grec à 3 ans, latin à 8, logique et économie politique avant 14 ans. Vers 20 ans, il traverse une grave crise dépressive, dont il sort par la lecture de la poésie (Wordsworth), qui le convainc que la culture des sentiments est aussi importante que l’analyse. Il travaille trente-cinq ans à la Compagnie des Indes orientales, puis est élu député de Westminster (1865-1868). Son épouse, Harriet Taylor, qu’il ne peut épouser qu’en 1851 après la mort de son premier mari, joue un rôle majeur dans sa pensée.
Œuvres principales
| Date | Titre | Objet |
|---|---|---|
| 1843 | Système de logique | Logique déductive et inductive, méthode des sciences |
| 1848 | Principes d’économie politique | Manuel de référence de l’économie classique |
| 1859 | De la liberté (On Liberty) | Limites du pouvoir de la société sur l’individu |
| 1861 | Considérations sur le gouvernement représentatif | Démocratie représentative |
| 1861, livre 1863 | L’Utilitarisme | Défense et reformulation de la morale utilitariste |
| 1869 | De l’assujettissement des femmes | Égalité des sexes |
| 1873 | Autobiographie | Récit de sa formation |
De la liberté : le principe de non-nuisance
De la liberté pose un principe simple : « la seule raison légitime que puisse avoir une communauté pour user de la force contre un de ses membres est de l’empêcher de nuire aux autres ». Le bien propre de l’individu, physique ou moral, n’est pas une raison suffisante : on peut le conseiller, le persuader, mais non le contraindre. « Sur lui-même, sur son corps et son esprit, l’individu est souverain. »
Mill distingue ainsi :
- les actions qui ne regardent que soi : elles relèvent de la liberté individuelle ;
- les actions qui nuisent à autrui : elles peuvent être sanctionnées par la loi ou l’opinion.
La liberté d’expression
Mill défend la liberté de pensée et de discussion par quatre arguments : une opinion réduite au silence peut être vraie ; même fausse, elle peut contenir une part de vérité ; même vraie, une opinion jamais contestée devient un « dogme mort » ; enfin, la discussion garde vivant le sens des croyances. Nul n’est infaillible.
L’utilitarisme de Mill
Mill reprend l'utilitarisme de Bentham : une action est bonne dans la mesure où elle tend à accroître le bonheur, entendu comme plaisir et absence de douleur, pour tous les intéressés. Mais il le transforme en distinguant la qualité des plaisirs : les plaisirs de l’intelligence, du sentiment et de l’imagination sont supérieurs à ceux du corps. Le critère : ceux qui ont connu les deux préfèrent les premiers. D’où la formule célèbre : « Il vaut mieux être un être humain insatisfait qu’un porc satisfait ; il vaut mieux être Socrate insatisfait qu’un imbécile satisfait. »
| Bentham | Mill | |
|---|---|---|
| Plaisirs | Différence de quantité seulement | Différence de qualité |
| Mesure | Calcul (intensité, durée, certitude…) | Jugement des personnes compétentes |
| Rôle des règles morales | Faible | Les règles communes condensent l’expérience de l’humanité |
L’égalité des sexes
De l’assujettissement des femmes (1869) affirme que la subordination légale des femmes est un vestige de la loi du plus fort, injuste et nuisible au progrès de l’humanité. Mill réclame l’égalité dans le mariage, l’accès à l’éducation, aux professions et au vote. Député, il dépose en 1867 un amendement pour donner le droit de vote aux femmes, rejeté par la Chambre des communes. Il est l’un des premiers grands philosophes féministes.
La logique et l’induction
Dans le Système de logique, Mill défend un empirisme radical : même les vérités mathématiques reposeraient sur l’expérience. Il formule les méthodes de recherche causale (concordance, différence, résidus, variations concomitantes), qui fondent le raisonnement par induction. Il correspond avec Auguste Comte, dont il admire le positivisme avant de s’en éloigner.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le principe de non-nuisance ?
C’est l’idée que la société ne peut limiter la liberté d’un individu que pour empêcher qu’il nuise à autrui. Ce qui ne concerne que lui-même relève de sa seule souveraineté.
Quelle est la différence entre Mill et Bentham ?
Bentham ne distingue les plaisirs que par leur quantité ; Mill introduit une hiérarchie de qualité et accorde plus de place aux règles morales et à la culture de soi.
Mill était-il libéral ?
Oui, il est une référence majeure du libéralisme politique. Mais il était aussi sensible aux idées socialistes et favorable à des réformes sociales, comme les coopératives ouvrières et la taxation des héritages.