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Philosophie · Grands philosophes

Martin Heidegger

Martin Heidegger (1889-1976) est un philosophe allemand, auteur d’Être et Temps (1927). Il repose la question du sens de l’être à partir de l’existence humaine, le Dasein. Son adhésion au nazisme reste au cœur des débats.

Mis à jour le 4 min de lecture

Martin Heidegger, né le 26 septembre 1889 à Meßkirch, dans le pays de Bade, et mort le 26 mai 1976 à Fribourg-en-Brisgau, est l’un des philosophes les plus influents et les plus controversés du XXe siècle. Élève de Husserl, il transforme la phénoménologie en une interrogation sur l'être : que veut dire « être » ? Selon lui, la philosophie occidentale depuis Platon a oublié cette question en ne s’intéressant qu’aux étants, aux choses qui sont. Son œuvre a marqué l’existentialisme, l’herméneutique et la déconstruction. Son engagement nazi de 1933, et l’antisémitisme révélé par la publication de ses Cahiers noirs (à partir de 2014), pèsent lourdement sur sa réception.

Repères biographiques

DateÉvénement
1889Naissance à Meßkirch ; son père est sacristain
1909-1913Études de théologie puis de philosophie à Fribourg
1919-1923Assistant de Husserl à Fribourg
1923-1928Professeur à Marbourg ; liaison avec son étudiante Hannah Arendt
1927Être et Temps
1928Succède à Husserl à Fribourg
1933Élu recteur de l’université de Fribourg ; adhère au parti nazi (NSDAP), dont il restera membre jusqu’en 1945
1934Démissionne du rectorat
1945-1951Interdit d’enseignement par les autorités d’occupation française
1976Mort à Fribourg ; inhumé à Meßkirch

Œuvres principales

ŒuvreDateApport
Être et Temps1927Analytique du Dasein ; temporalité ; être-pour-la-mort
Qu’est-ce que la métaphysique ?1929Le néant, l’angoisse
Kant et le problème de la métaphysique1929Relecture de la Critique de la raison pure
L’Origine de l’œuvre d’art1935-1936 (publié en 1950)L’œuvre d’art comme mise en œuvre de la vérité
Lettre sur l’humanisme1946 (publiée en 1947)Réponse à Sartre ; le langage, maison de l’être
La Question de la technique1953L’essence de la technique : le « Gestell »
Qu’appelle-t-on penser ?1951-1952La pensée méditante

Les idées clés

La question de l’être

Heidegger distingue l'être (le fait d’être, ce qui fait qu’un étant est) et l'étant (ce qui est : une pierre, un homme, Dieu). C’est la différence ontologique. La métaphysique a toujours pensé l’être comme un étant suprême (l’Idée, Dieu, le sujet), et a ainsi oublié l’être lui-même. Être et Temps veut reprendre la question à nouveaux frais.

Le Dasein et l’être-au-monde

Pour interroger l’être, il faut partir de l’étant qui se pose la question : l’homme, que Heidegger nomme Dasein (« être-là »). Le Dasein n’est pas un sujet face à des objets, mais un être-au-monde : il est toujours déjà engagé dans un monde d’outils, de tâches et d’autres. Le marteau se comprend d’abord en martelant, comme un « à-portée-de-main », avant d’être observé comme un objet « sous-la-main ».

Le « on » et l’authenticité

Au quotidien, le Dasein vit dans l’anonymat du « on » (das Man) : on pense ce qu’on pense, on fait ce qui se fait. C’est l’existence inauthentique. L'angoisse, qui n’a pas d’objet précis, l’arrache à cette dispersion et le confronte à sa liberté.

L’être-pour-la-mort

La mort n’est pas un événement parmi d’autres : elle est la possibilité la plus propre du Dasein, certaine et indéterminée, que personne ne peut vivre à sa place. Assumer cet être-pour-la-mort, au lieu de le fuir dans le « on meurt », c’est exister authentiquement. Le temps est ainsi le sens de l’existence : le Dasein est fondamentalement souci (Sorge), toujours en avant de lui-même.

La technique

Dans La Question de la technique (1953), Heidegger soutient que l’essence de la technique moderne n’est pas technique : c’est un mode de dévoilement du monde qui le réduit à un fonds disponible, stockable et exploitable. Le Rhin devient une réserve d’énergie pour la centrale hydroélectrique. Il nomme ce dispositif le Gestell (« arraisonnement »).

Apport à la théorie de la connaissance

La vérité comme dévoilement

La conception classique définit la vérité comme l'adéquation entre l’énoncé et la chose (voir Thomas d’Aquin). Heidegger estime que cette adéquation suppose une vérité plus originaire : il faut d’abord que la chose se montre. Il retrouve ce sens dans le mot grec alètheia, qu’il interprète comme non-voilement ou dévoilement. La vérité est un événement d’ouverture, non une propriété des propositions. Voir la vérité.

Comprendre avant de connaître

La connaissance théorique, celle des sciences, n’est pas le rapport premier au monde : elle dérive d’une compréhension pratique et préthéorique. Toute interprétation repose sur une précompréhension : c’est le cercle herméneutique, que Gadamer développera.

Citations

  • « Pourquoi donc y a-t-il l’étant et non pas plutôt rien ? » (Qu’est-ce que la métaphysique ?, dernière phrase).
  • « Le langage est la maison de l’être » (Lettre sur l’humanisme).
  • « La science ne pense pas » (Qu’appelle-t-on penser ?) : non pas un mépris, mais l’idée que les sciences ne s’interrogent pas sur leurs propres fondements.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le Dasein ?

Le terme par lequel Heidegger désigne l’existence humaine, en tant qu’elle se rapporte à l’être et se comprend elle-même. Littéralement « être-là », il remplace les notions de sujet, de conscience ou d’homme.

Heidegger était-il nazi ?

Oui, il a adhéré au parti nazi en 1933 et en est resté membre jusqu’en 1945. Recteur en 1933-1934, il a prononcé des discours de soutien au régime. Les Cahiers noirs, publiés depuis 2014, contiennent des passages antisémites. L’articulation entre cet engagement et sa philosophie fait l’objet d’un débat intense.

Quel lien entre Heidegger et l’existentialisme ?

Sartre s’est largement inspiré d'Être et Temps pour L’Être et le Néant (1943). Mais Heidegger a refusé l’étiquette d’existentialiste dans la Lettre sur l’humanisme : son sujet n’est pas l’homme, mais l’être.

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