Philosophie · Grands philosophes
Gaston Bachelard
Gaston Bachelard (1884-1962) est un philosophe français des sciences et de l’imaginaire. Il montre que la connaissance scientifique se construit contre l’opinion, en surmontant des obstacles épistémologiques.
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Gaston Bachelard, né à Bar-sur-Aube le 27 juin 1884 et mort à Paris le 16 octobre 1962, est le fondateur de l'épistémologie historique française. Ancien employé des postes devenu professeur à la Sorbonne, il a pensé la science à partir de ses révolutions récentes (relativité, physique quantique) et montré que l’esprit scientifique se forme en rompant avec les évidences de l’expérience commune. Parallèlement, il a consacré une œuvre poétique aux images de la matière (le feu, l’eau, l’air, la terre) et à la rêverie. Il a profondément influencé Georges Canguilhem, son successeur, ainsi que Louis Althusser et Michel Foucault.
Repères biographiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 1884 | Naissance à Bar-sur-Aube, dans une famille de cordonniers |
| 1903-1913 | Employé des postes, notamment à Paris ; licence de mathématiques (1912) |
| 1914-1919 | Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale |
| 1919-1930 | Professeur de physique et de chimie au collège de Bar-sur-Aube |
| 1922 | Agrégation de philosophie |
| 1927 | Doctorat : Essai sur la connaissance approchée |
| 1930-1940 | Professeur de philosophie à l’université de Dijon |
| 1940-1954 | Professeur d’histoire et de philosophie des sciences à la Sorbonne, directeur de l’Institut d’histoire des sciences et des techniques |
| 1955 | Élu à l’Académie des sciences morales et politiques |
| 1961 | Grand prix national des Lettres |
| 1962 | Mort à Paris |
Œuvres principales
| Œuvre | Date | Apport |
|---|---|---|
| Essai sur la connaissance approchée | 1927 | La connaissance scientifique comme rectification progressive |
| Le Nouvel Esprit scientifique | 1934 | Les révolutions de la physique imposent une nouvelle philosophie |
| La Formation de l’esprit scientifique | 1938 | Les obstacles épistémologiques |
| La Psychanalyse du feu | 1938 | Les rêveries attachées au feu |
| La Philosophie du non | 1940 | Une philosophie qui dit non aux concepts anciens pour les élargir |
| L’Eau et les Rêves | 1942 | Imagination de la matière |
| Le Rationalisme appliqué | 1949 | Dialogue entre raison et expérience |
| La Poétique de l’espace | 1957 | La maison, le nid, le coin : images de l’intimité |
Les idées clés
La science se construit contre l’opinion
« L’opinion pense mal ; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances » (La Formation de l’esprit scientifique, chapitre I). La science ne prolonge pas le savoir commun : elle s’y oppose. Un fait scientifique n’est pas donné, il est construit : « Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est construit. » Le point de départ de la science n’est pas l’observation mais le problème : « toute connaissance est une réponse à une question ».
L’obstacle épistémologique
« C’est en termes d’obstacles qu’il faut poser le problème de la connaissance scientifique » (ibid.). Ces obstacles ne sont pas extérieurs (la complexité des phénomènes, la faiblesse des sens) : ils sont dans l’acte même de connaître, sous forme d’habitudes de pensée qui résistent.
| Obstacle | Description | Exemple |
|---|---|---|
| L’expérience première | Fascination pour le spectaculaire, l’image immédiate | Les expériences d’électricité de salon au XVIIIe siècle |
| La connaissance générale | Généralisations hâtives qui arrêtent la recherche | « Tous les corps tombent » |
| L’obstacle verbal | Une image familière prise pour une explication | L’éponge, utilisée pour expliquer l’air, l’électricité, etc. |
| L’obstacle substantialiste | Attribuer les propriétés à une substance cachée | Les vertus « occultes » de l’or ou de l’opium |
| L’obstacle animiste | Projeter la vie sur la matière | Parler de « maladies » des métaux |
| La connaissance quantitative mal faite | Précision illusoire, mesures sans signification | Décimales inutiles |
La rupture épistémologique
Le progrès scientifique procède par ruptures : la relativité ne prolonge pas la mécanique de Newton, elle la réorganise et en fait un cas particulier. Il faut donc une « philosophie du non » : non pas un refus de l’ancien savoir, mais son dépassement par généralisation, comme les géométries non euclidiennes englobent la géométrie d’Euclide.
L’erreur rectifiée
La vérité scientifique n’est jamais une possession définitive. La connaissance avance par rectification des erreurs : l’histoire des sciences est celle des erreurs surmontées. Bachelard distingue ainsi une histoire « périmée » (les idées abandonnées) et une histoire « sanctionnée » (celles qui sont encore actives dans la science présente).
L’autre Bachelard : la rêverie et l’imaginaire
Les obstacles qui entravent la science sont aussi des sources de rêveries fécondes pour la poésie. Bachelard étudie les images liées aux quatre éléments (feu, eau, air, terre) et montre que l’imagination n’est pas une faculté de reproduire des images, mais de les déformer et de les créer. La science et la poésie sont deux usages de l’esprit, également légitimes mais qu’il ne faut pas confondre.
Apport à la théorie de la connaissance
Bachelard s’oppose à la fois à l'empirisme naïf, qui croit que la connaissance se lit dans les faits, et au rationalisme figé, qui croit à des cadres éternels de la raison. Il défend un rationalisme appliqué : la raison se transforme au contact de l’expérience scientifique, et l’expérience n’a de sens que construite par la théorie. Ses concepts d’obstacle et de rupture restent centraux en épistémologie et en didactique des sciences.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un obstacle épistémologique ?
Une habitude de pensée, souvent tirée de l’expérience commune, qui freine ou détourne la connaissance scientifique de l’intérieur : image séduisante, généralisation hâtive, explication verbale.
Que signifie « l’opinion pense mal » ?
Que l’opinion ne cherche pas la vérité mais l’utilité : elle traduit des besoins en connaissances. Pour connaître scientifiquement, il faut commencer par la détruire.
Quelle différence entre Bachelard et Popper ?
Tous deux voient la science comme rectification d’erreurs. Bachelard insiste sur l’histoire et la psychologie de l’esprit scientifique (obstacles, ruptures) ; Popper sur la logique de la réfutation et le critère de démarcation.