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Philosophie · Grands philosophes

Saint Augustin

Augustin d’Hippone (354-430) est un philosophe et théologien chrétien d’Afrique romaine. Il unit la foi chrétienne et la pensée de Platon, et a marqué toute la philosophie médiévale.

Mis à jour le 4 min de lecture

Augustin, dit saint Augustin, est né le 13 novembre 354 à Thagaste (aujourd’hui Souk Ahras, en Algérie) et mort le 28 août 430 à Hippone (Annaba), pendant le siège de la ville par les Vandales. Professeur de rhétorique converti au christianisme, puis évêque, il est le plus influent des Pères de l’Église latine. Ses Confessions inventent l’autobiographie introspective ; La Cité de Dieu propose une philosophie de l’histoire. Sa réflexion sur le temps, la mémoire, le mal et la certitude de soi anticipe plusieurs thèmes de la philosophie moderne.

Repères biographiques

DateÉvénement
354Naissance à Thagaste ; sa mère, Monique, est chrétienne, son père, Patrice, païen
371-373Études à Carthage ; lecture de l'Hortensius de Cicéron, qui l’éveille à la philosophie
373-382Adhère au manichéisme
383-384Enseigne la rhétorique à Rome, puis à Milan ; écoute les sermons de l’évêque Ambroise
386Lecture des néoplatoniciens ; conversion dans un jardin de Milan
387Baptême par Ambroise à Pâques ; mort de Monique à Ostie
391Ordonné prêtre à Hippone
395-396Évêque d’Hippone
397-401Confessions
410Sac de Rome par les Wisigoths d’Alaric
413-426La Cité de Dieu
430Mort à Hippone

Œuvres principales

ŒuvreDateApport
Contre les Académiciens386Réfutation du scepticisme : la vérité est accessible
Du libre arbitre388-395Origine du mal : la volonté libre
De la vraie religion390Vérité intérieure, illumination
Confessions397-401Autobiographie spirituelle ; mémoire et temps (livres X et XI)
De la Trinité399-419L’âme comme image de Dieu : mémoire, intelligence, volonté
La Cité de Dieu413-426Deux cités, philosophie de l’histoire

Les idées clés

Foi et raison

Augustin ne les oppose pas : la foi prépare l’intelligence, et l’intelligence approfondit la foi. Il résume ce rapport dans un sermon par la formule « comprends pour croire, crois pour comprendre » (Sermon 43). Sa philosophie utilise les concepts du néoplatonisme (Plotin) pour penser le Dieu chrétien.

La vérité est intérieure

Pour trouver la vérité, il ne faut pas se tourner vers le monde extérieur mais rentrer en soi : « Ne va pas au-dehors, rentre en toi-même : c’est dans l’homme intérieur qu’habite la vérité » (De la vraie religion, 39, 72). Mais la vérité trouvée en soi dépasse l’esprit humain : elle est éclairée par Dieu. C’est la doctrine de l'illumination : comme le soleil rend visibles les choses, Dieu rend intelligibles les vérités éternelles (mathématiques, morales).

Si je me trompe, je suis

Contre les sceptiques de la Nouvelle Académie, Augustin trouve une certitude qui résiste au doute : « si je me trompe, je suis » (si fallor, sum, La Cité de Dieu, XI, 26). Celui qui n’existe pas ne peut pas se tromper. L’argument annonce le cogito de Descartes, qui en reconnaîtra la parenté tout en revendiquant un usage différent.

Le temps

Le livre XI des Confessions contient la plus célèbre analyse du temps de l’Antiquité. « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; si je veux l’expliquer à qui me le demande, je ne le sais plus » (XI, 14). Le passé n’est plus, l’avenir n’est pas encore, le présent n’a pas d’étendue. Le temps n’existe donc que dans l’âme, sous trois formes : le présent du passé (la mémoire), le présent du présent (l'attention), le présent de l’avenir (l'attente). Le temps est une « distension de l’âme ». Husserl et Heidegger reprendront cette analyse.

Le mal

Ancien manichéen, Augustin rejette l’idée d’un principe du mal égal au principe du bien. Le mal n’est pas une substance : il est une privation de bien. Le mal moral vient de la volonté libre, qui se détourne de Dieu vers des biens inférieurs. Contre le moine Pélage, il soutient que l’homme, marqué par le péché originel, ne peut être sauvé sans la grâce de Dieu. Ce débat sur la grâce traversera toute l’histoire chrétienne, jusqu’au jansénisme de Pascal.

Les deux cités

Écrite après le sac de Rome en 410, que les païens imputaient à l’abandon des dieux, La Cité de Dieu distingue deux cités mêlées dans l’histoire : « deux amours ont bâti deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, la cité terrestre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi, la cité céleste » (XIV, 28). L’histoire n’est plus cyclique, comme chez les Grecs, mais orientée vers une fin.

Apport à la théorie de la connaissance

Augustin réfute le scepticisme, fonde la certitude sur l’expérience intérieure du sujet et fait de la vérité une réalité éternelle que l’esprit découvre plutôt qu’il ne la produit. Sa démarche, du dehors vers le dedans et du dedans vers le haut, sera celle de nombreux penseurs, de Descartes à Pascal. Voir théorie de la connaissance.

Citations

  • « Tu nous as faits pour toi, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi » (Confessions, I, 1).
  • « Aime, et fais ce que tu veux » (Commentaire de la première épître de saint Jean, VII, 8).
  • « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; si je veux l’expliquer à qui me le demande, je ne le sais plus » (Confessions, XI, 14).

Questions fréquentes

Pourquoi les Confessions sont-elles importantes ?

Elles sont la première grande autobiographie de l’histoire occidentale. Augustin y raconte sa jeunesse, ses erreurs et sa conversion, et y mène des analyses philosophiques majeures sur la mémoire (livre X) et le temps (livre XI).

Quelle est la conception du temps de saint Augustin ?

Le temps n’existe que dans l’esprit, qui retient le passé par la mémoire, saisit le présent par l’attention et anticipe l’avenir par l’attente.

Saint Augustin est-il philosophe ou théologien ?

Les deux. Il ne sépare pas la philosophie de la foi, mais ses analyses du temps, de la certitude de soi, du mal et de la volonté sont étudiées comme des contributions philosophiques à part entière.

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