Aller au contenu
connaissance.org

Philosophie · Grands philosophes

Épicure

Épicure (341-270 av. J.-C.) est un philosophe grec qui fait du plaisir, compris comme absence de douleur et de trouble, le but de la vie. Il enseigne à ne craindre ni les dieux ni la mort.

Mis à jour le 5 min de lecture

Épicure est le fondateur de l'épicurisme, l’une des grandes écoles de sagesse de l’époque hellénistique. Né en 341 av. J.-C. à Samos, de parents athéniens, il fonde en 306 av. J.-C. à Athènes une école installée dans un jardin, le Jardin (Kêpos), ouverte aux femmes et aux esclaves. Il y meurt en 270 av. J.-C. Sa doctrine est souvent caricaturée : l'« épicurien » désigne aujourd’hui un amateur de bonne chère, alors qu’Épicure prônait une vie sobre, où le plaisir consiste d’abord à ne pas souffrir.

Repères biographiques

Date (av. J.-C.)Événement
341Naissance à Samos
323Service militaire (éphébie) à Athènes
v. 311-310Enseigne à Mytilène, puis à Lampsaque
306Fondation du Jardin à Athènes
270Mort à Athènes, après une longue maladie (calculs rénaux)

Épicure aurait écrit plus de trois cents rouleaux, presque tous perdus. Ce qui nous reste a été conservé par Diogène Laërce (IIIe siècle apr. J.-C.), qui cite trois lettres et les Maximes capitales. Des fragments ont aussi été retrouvés à Herculanum, et une collection de sentences dans un manuscrit du Vatican.

Œuvres conservées

TexteContenu
Lettre à HérodotePhysique : atomes, vide, sensations
Lettre à PythoclèsPhénomènes célestes (authenticité discutée)
Lettre à MénécéeÉthique : dieux, mort, désirs, plaisir, prudence
Maximes capitalesQuarante sentences résumant la doctrine
Sentences vaticanesQuatre-vingt-une sentences de l’école

La physique : un monde d’atomes

Reprenant Démocrite, Épicure explique tout ce qui existe par des atomes (particules insécables, en nombre infini) qui se meuvent dans le vide. Les corps, l’âme elle-même, sont des assemblages d’atomes ; à la mort, ils se dispersent. Pour expliquer la rencontre des atomes et préserver la liberté, l’école ajoute une légère déviation spontanée des atomes, le clinamen, que nous connaissons surtout par le poète latin Lucrèce (De la nature des choses, Ier siècle av. J.-C.).

La physique n’est pas une fin en soi : elle sert à libérer des craintes. Si tout s’explique naturellement, il n’y a pas lieu de redouter la colère des dieux ni les châtiments après la mort.

La théorie de la connaissance : la canonique

Épicure appelle canonique (de kanôn, « règle ») la partie de sa philosophie qui fixe les critères de la vérité. Il en reconnaît trois :

  1. Les sensations : elles sont toujours vraies, car elles résultent de l’impact réel des simulacres (fines pellicules d’atomes) émis par les choses. L’erreur ne vient pas des sens, mais du jugement que nous ajoutons.
  2. Les prénotions (prolèpseis) : notions générales formées par la répétition des sensations, qui nous permettent de reconnaître les choses.
  3. Les affections (plaisir et douleur) : critères de ce qu’il faut rechercher ou fuir.

Cette confiance dans les sens fait d’Épicure un précurseur de l'empirisme.

L’éthique : le plaisir comme absence de trouble

Le plaisir, principe et fin

Le plaisir est « le principe et la fin de la vie bienheureuse » (Lettre à Ménécée). Mais Épicure précise aussitôt : il ne s’agit pas des plaisirs des débauchés, mais du fait de ne pas souffrir dans son corps (aponie) et de ne pas être troublé dans son âme (ataraxie). Ce sont des plaisirs « en repos » (catastématiques), supérieurs aux plaisirs « en mouvement ».

La classification des désirs

Type de désirExemplesAttitude
Naturels et nécessairesManger quand on a faim, boire, s’abriter, l’amitié, la philosophieÀ satisfaire
Naturels et non nécessairesMets raffinés, plaisirs sexuels variésÀ modérer
Ni naturels ni nécessaires (vains)Richesse, gloire, pouvoir, immortalitéÀ rejeter

Il faut savoir parfois renoncer à un plaisir qui entraîne une plus grande peine, et accepter une peine qui procure un plus grand plaisir : c’est le calcul des plaisirs, guidé par la prudence, que la Lettre à Ménécée tient pour plus précieuse que la philosophie même.

Le quadruple remède

La tradition résume l’éthique épicurienne par le tetrapharmakon (« quadruple remède »), formulé par Philodème de Gadara : les dieux ne sont pas à craindre ; la mort n’est pas à redouter ; le bien est facile à obtenir ; le mal est facile à supporter.

La mort n’est rien pour nous

L’argument le plus célèbre d’Épicure : tout bien et tout mal résident dans la sensation ; or la mort est privation de sensation. Donc la mort n’est rien pour nous : « quand nous sommes, la mort n’est pas là, et quand la mort est là, nous ne sommes plus » (Lettre à Ménécée, traduction courante). Craindre la mort, c’est se tourmenter pour ce qui ne nous atteindra jamais.

L’amitié et la vie retirée

Épicure accorde à l'amitié une place centrale : de tous les biens que la sagesse procure pour le bonheur de toute la vie, c’est de loin le plus grand (Maximes capitales, XXVII). Il conseille en revanche de se tenir à l’écart de la vie politique, source de troubles : « Vis caché » (lathe biôsas) est une maxime attribuée à l’école.

Postérité

L’épicurisme se diffuse à Rome avec Lucrèce, puis est combattu par les chrétiens, qui y voient un matérialisme athée. Il est redécouvert à la Renaissance ; Gassendi le réhabilite au XVIIe siècle, et Montaigne s’en inspire. Marx consacre sa thèse de doctorat (1841) à la différence entre les philosophies de la nature de Démocrite et d’Épicure. Sur l’école rivale, voir les stoïciens.

Questions fréquentes

Épicure était-il un jouisseur ?

Non. Il vivait sobrement, de pain et d’eau, et recommandait de limiter ses désirs. Pour lui, le plus grand plaisir est l’absence de douleur et de trouble, non l’accumulation des jouissances.

Qu’est-ce que l’ataraxie ?

La tranquillité de l’âme, l’absence de trouble. Avec l’aponie (absence de douleur physique), elle constitue le bonheur selon Épicure.

Que dit la Lettre à Ménécée ?

C’est un court résumé de l’éthique épicurienne : il faut philosopher à tout âge, ne pas craindre les dieux ni la mort, distinguer les désirs, rechercher le plaisir avec prudence.

Quelle différence entre épicurisme et stoïcisme ?

Les deux visent la tranquillité de l’âme. Pour Épicure, le bien est le plaisir et le monde est fait d’atomes livrés au hasard ; pour les stoïciens, le seul bien est la vertu et le monde est gouverné par une raison divine.

À lire aussi

Grands philosophes : toutes les fiches