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Philosophie · Œuvres et textes clés

Méditations métaphysiques

Les Méditations métaphysiques (1641) sont l’œuvre où Descartes conduit, en six journées de réflexion, du doute radical à la certitude de l’existence du moi, de Dieu et des corps.

Mis à jour le 5 min de lecture

Les Méditations sur la première philosophie (Meditationes de prima philosophia) ont paru en latin en 1641 à Paris, suivies d’objections de plusieurs savants (Hobbes, Arnauld, Gassendi, Mersenne…) et des réponses de Descartes. Une traduction française, revue par l’auteur, est publiée en 1647 sous le titre Méditations métaphysiques. C’est l’exposé le plus rigoureux de la métaphysique cartésienne. Le lecteur est invité à refaire lui-même, en six méditations, le chemin qui mène du doute à la certitude.

Plan de l’ouvrage

MéditationTitre (traduction de 1647)Résultat
IDes choses que l’on peut révoquer en douteTout ce qui vient des sens, et même les mathématiques, est douteux
IIDe la nature de l’esprit humain, et qu’il est plus aisé à connaître que le corpsJe suis, j’existe ; je suis une chose qui pense
IIIDe Dieu, qu’il existePreuve de Dieu par l’idée d’infini
IVDu vrai et du fauxL’erreur vient de la volonté qui dépasse l’entendement
VDe l’essence des choses matérielles ; et, derechef, de Dieu, qu’il existeEssence de la matière (l’étendue) ; preuve ontologique
VIDe l’existence des choses matérielles, et de la réelle distinction entre l’âme et le corps de l’hommeLes corps existent ; l’âme est distincte du corps mais unie à lui

Première Méditation : le doute

Descartes veut « établir quelque chose de ferme et de constant dans les sciences ». Plutôt que d’examiner ses opinions une à une, il s’attaque à leurs fondements :

  1. Les sens nous trompent parfois sur les objets éloignés ou très petits.
  2. L’argument du rêve : « il n’y a point d’indices concluants » pour distinguer nettement la veille du sommeil. Même les choses proches (« que je suis ici, assis auprès du feu ») sont douteuses.
  3. Le Dieu trompeur : un Dieu tout-puissant pourrait faire que je me trompe en additionnant deux et trois. Les vérités mathématiques elles-mêmes deviennent douteuses.
  4. Le malin génie : pour ne pas retomber dans ses anciennes opinions, Descartes suppose un « certain mauvais génie, non moins rusé et trompeur que puissant », qui emploie toute son industrie à le tromper.

Deuxième Méditation : le cogito et le morceau de cire

Si le malin génie me trompe, je suis : « de sorte qu’après y avoir bien pensé, et avoir soigneusement examiné toutes choses, enfin il faut conclure, et tenir pour constant que cette proposition : Je suis, j’existe, est nécessairement vraie, toutes les fois que je la prononce, ou que je la conçois en mon esprit ». (Sur la formule « je pense, donc je suis », voir cogito ergo sum.)

Que suis-je ? « Une chose qui pense », c’est-à-dire « une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent ».

L’analyse du morceau de cire montre ensuite que même les corps sont connus par l’esprit. Un morceau de cire tiré de la ruche a une couleur, une odeur, une forme, un son quand on le frappe. Approché du feu, il perd toutes ces qualités : pourtant, c’est la même cire. Ce qui demeure n’est saisi ni par les sens ni par l’imagination, mais par « une inspection de l’esprit ». Conclusion : l’esprit est plus aisé à connaître que le corps.

Troisième Méditation : l’existence de Dieu

Descartes pose la règle : tout ce que je conçois clairement et distinctement est vrai. Pour la garantir, il faut prouver que Dieu existe et n’est pas trompeur. Il classe ses idées (innées, adventices, factices) et remarque que l’idée de Dieu, être infini et parfait, ne peut pas venir de lui, être fini et imparfait : il doit y avoir au moins autant de réalité dans la cause que dans l’effet. Dieu a mis cette idée en moi « comme la marque de l’ouvrier empreinte sur son ouvrage ».

Quatrième Méditation : l’origine de l’erreur

Si Dieu est parfait, pourquoi est-ce que je me trompe ? L’erreur vient du rapport entre deux facultés : l'entendement, fini, qui conçoit les idées, et la volonté, infinie, qui juge. Je me trompe quand ma volonté affirme ce que mon entendement ne conçoit pas clairement. Le remède est de suspendre son jugement. La volonté est ce par quoi je porte « l’image et la ressemblance de Dieu ».

Cinquième Méditation : la matière et la preuve ontologique

L’essence des choses matérielles est l'étendue, objet de la géométrie. Descartes y ajoute la preuve ontologique : l’existence ne peut pas plus être séparée de l’essence de Dieu que l’égalité de ses trois angles à deux droits de l’essence d’un triangle. Un être souverainement parfait auquel manquerait l’existence serait contradictoire. Kant critiquera cet argument : l’existence n’est pas un prédicat.

Sixième Méditation : les corps et l’union de l’âme et du corps

Parce que j’ai un fort penchant à croire que mes sensations viennent des corps et que Dieu n’est pas trompeur, les corps existent. L’âme est réellement distincte du corps : je peux concevoir clairement l’une sans l’autre. Mais elle lui est étroitement unie : « je ne suis pas seulement logé dans mon corps, ainsi qu’un pilote en son navire ». La douleur, la faim et la soif le prouvent : un pilote verrait les dommages de son navire, moi je les ressens.

Les objections et réponses

L’édition de 1641 comprend des séries d’objections et les réponses de Descartes (sept dans l’édition de 1642). Les plus discutées : le cercle cartésien (Arnauld : Descartes prouve Dieu par les idées claires et distinctes, et garantit les idées claires et distinctes par Dieu), la critique matérialiste de Hobbes et la critique empiriste de Gassendi.

Questions fréquentes

Pourquoi lire les Méditations plutôt que le Discours ?

Le Discours de la méthode résume la métaphysique en quelques pages ; les Méditations en donnent la démonstration complète, notamment le malin génie et le morceau de cire, absents du Discours.

Qu’est-ce que le malin génie ?

Une hypothèse méthodique : un être très puissant et rusé qui emploierait toute son habileté à me tromper. Elle sert à rendre le doute universel et à ne laisser subsister que ce qui y résiste.

Que montre l’exemple du morceau de cire ?

Que nous ne connaissons pas les corps par les sens, dont les données changent, mais par l’entendement, qui saisit ce qui demeure. La connaissance de l’esprit précède et éclaire celle des corps.

Qu’est-ce que le cercle cartésien ?

L’objection selon laquelle Descartes tournerait en rond : il utilise des idées claires et distinctes pour prouver Dieu, puis Dieu pour garantir la vérité des idées claires et distinctes. Le débat sur sa validité reste ouvert.

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