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Littérature · Genres et analyse

Les fabliaux

Un fabliau est un court récit comique en vers, écrit en ancien français entre la fin du XIIe et le début du XIVe siècle. Joseph Bédier les a définis comme des « contes à rire en vers ».

Mis à jour le 4 min de lecture

Le fabliau est le genre comique du Moyen Âge. On en a conservé environ 150, écrits entre les années 1190 et 1340 environ. Ces petites histoires en vers mettent en scène des gens ordinaires (paysans, marchands, prêtres, épouses rusées) dans des situations de tromperie qui finissent souvent par une bonne leçon. On les étudie en 5e avec la littérature médiévale et comme source de la comédie classique.

Les caractéristiques du fabliau

CaractéristiqueDescription
LongueurQuelques dizaines à quelques centaines de vers
FormeOctosyllabes à rimes plates (aabbcc)
CadreLa vie quotidienne : ferme, village, ville, presbytère, taverne
PersonnagesTypes sociaux sans psychologie : vilain, prêtre, bourgeois, épouse
IntrigueUne ruse, un malentendu, une tromperie, souvent punie par une autre
TonComique, parfois grossier, souvent satirique
FinUne morale, parfois ironique ou décalée
PublicLarge : récités par des jongleurs, appréciés de tous les milieux

Les auteurs

La plupart des fabliaux sont anonymes. Quelques auteurs sont connus : Jean Bodel, poète d’Arras, auteur de Brunain, la vache au prêtre ; Rutebeuf, poète parisien du XIIIe siècle ; Gautier le Leu ; Garin. Les jongleurs récitaient ces textes sur les places, dans les foires et dans les châteaux.

Les personnages types

  • Le vilain (paysan) : souvent naïf et ridicule, mais parfois plus malin que les puissants.
  • Le prêtre : avide, gourmand, coureur de femmes ; c’est la cible préférée.
  • L’épouse : rusée, infidèle ou plus intelligente que son mari.
  • Le mari : jaloux, avare, souvent trompé.
  • Le clerc : étudiant pauvre et débrouillard.

Quelques fabliaux célèbres

Brunain, la vache au prêtre (Jean Bodel)

Un paysan entend le prêtre affirmer que Dieu rend au double ce que l’on donne. Il offre sa vache Blérain au curé, qui l’attache avec sa propre vache, Brunain. Mais Blérain rentre chez elle en tirant Brunain derrière elle. Le paysan a désormais deux vaches : Dieu a bien rendu au double. La morale joue sur l’idée que celui qui donne de bon cœur est récompensé, mais le texte se moque surtout de la cupidité du prêtre.

Estula

Deux frères pauvres vont voler un riche voisin la nuit. Le fils du voisin appelle son chien, nommé Estula : « Estula, es-tu là ? » Un des voleurs, caché, croit qu’on s’adresse à lui et répond « Oui, je suis là ». Le maître, croyant que le chien parle, court chercher le prêtre, qui se retrouve à son tour victime du quiproquo. Le comique vient du jeu de mots et de la peur superstitieuse des personnages.

Le Vilain mire

Un paysan riche bat sa femme. Pour se venger, elle fait croire aux messagers du roi qu’il est un excellent médecin (un mire), mais qu’il n’avoue son talent que sous les coups. Battu, le paysan doit soigner la fille du roi, qui a une arête coincée dans la gorge : il la fait rire et l’arête sort. Molière reprendra ce schéma dans Le Médecin malgré lui.

Le Vilain qui conquit le paradis par plaidoirie

Un paysan mort se présente au paradis. Saint Pierre, saint Thomas et saint Paul veulent le chasser, mais il leur rappelle leurs propres fautes (le reniement, le doute, la persécution des chrétiens) et finit par convaincre Dieu de le laisser entrer. Le fabliau célèbre la parole habile du petit contre les grands.

Les Trois Aveugles de Compiègne

Un clerc fait croire à trois aveugles qu’il leur donne une pièce d’or alors qu’il ne leur donne rien. Chacun croit que l’autre l’a ; ils vont faire bombance à l’auberge et ne peuvent pas payer. Le texte, attribué à un certain Cortebarbe, est cruel mais bâti sur un mécanisme comique très efficace.

Le comique des fabliaux

On y trouve déjà tous les procédés de la comédie :

  • comique de situation : le trompeur trompé, le quiproquo ;
  • comique de mots : jeux sur les noms (Estula), doubles sens ;
  • comique de geste : coups de bâton, cachettes, poursuites ;
  • comique de caractère : avarice, naïveté, gourmandise poussées à l’excès.

Fabliau, fable, Roman de Renart : les différences

FabliauFableRoman de Renart
PersonnagesHumainsSouvent des animauxAnimaux
ButFaire rireInstruireFaire rire, satiriser
MoraleSouvent ironiqueCentraleAbsente
FormeOctosyllabesVers ou proseOctosyllabes

Voir aussi la fable et le Roman de Renart.

Pistes d’analyse pour un élève

  • Identifier la ruse : qui trompe qui, et comment ? Le trompeur est-il puni ?
  • Repérer la satire : quel groupe social est moqué (clergé, paysans, maris) ?
  • Lire la morale : est-elle sérieuse ou ironique ? Correspond-elle vraiment au récit ?
  • Comparer avec une farce de Molière : mêmes types, mêmes procédés.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre un fabliau et une fable ?

La fable veut d’abord instruire, souvent avec des animaux. Le fabliau veut d’abord faire rire avec des personnages humains ; sa morale est souvent secondaire ou ironique.

Combien existe-t-il de fabliaux ?

Environ 150 textes, selon les critères retenus par les spécialistes. Ils sont presque tous en ancien français.

Les fabliaux sont-ils pour les enfants ?

Pas à l’origine : beaucoup sont grossiers. Les éditions scolaires choisissent des textes adaptés et proposent une traduction en français moderne.

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