Histoire · Histoire de France
La crise d’Oka
La crise d’Oka est un affrontement de 78 jours, du 11 juillet au 26 septembre 1990, entre des Mohawks, la Sûreté du Québec et l’armée canadienne, déclenché par un projet d’agrandissement de golf sur des terres revendiquées par Kanesatake.
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La crise d’Oka, appelée aussi résistance de Kanehsatà:ke par les Mohawks, est le conflit le plus médiatisé entre des Autochtones et les gouvernements au Canada à la fin du XXe siècle. Pendant l’été 1990, des Mohawks de Kanesatake, près d’Oka, au nord-ouest de Montréal, s’opposent par des barricades à l’agrandissement d’un terrain de golf et à la construction de résidences sur une pinède et un cimetière qu’ils considèrent comme leurs terres. Le 11 juillet, une intervention de la Sûreté du Québec tourne au drame : un policier, le caporal Marcel Lemay, est tué. Les Mohawks de Kahnawake bloquent par solidarité le pont Mercier, un accès majeur à Montréal. L’armée canadienne intervient en août. La crise prend fin le 26 septembre 1990. Elle a profondément marqué les relations entre Autochtones et non-Autochtones au Québec et au Canada (voir peuples autochtones du Canada).
Les origines du conflit
La revendication remonte au XVIIIe siècle. En 1717, le roi de France concède la seigneurie du Lac-des-Deux-Montagnes aux Sulpiciens pour y établir une mission destinée aux Autochtones convertis, notamment des Mohawks, des Algonquins et des Nipissings. Les Mohawks estiment que ces terres leur avaient été réservées ; les Sulpiciens en vendent pourtant une grande partie au XIXe siècle. Les protestations mohawks sont rejetées à plusieurs reprises, y compris par le Conseil privé de Londres en 1912. Une revendication territoriale déposée auprès du gouvernement fédéral est rejetée en 1986.
En 1959, la municipalité d’Oka aménage un golf de neuf trous près de la pinède et du cimetière mohawk. En 1989, elle annonce son agrandissement à dix-huit trous et un projet de résidences de luxe.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| Mars 1990 | Des Mohawks de Kanesatake érigent une barricade sur un chemin de la pinède |
| 11 juillet 1990 | Assaut de la Sûreté du Québec contre la barricade ; échange de tirs ; mort du caporal Marcel Lemay. Les Mohawks de Kahnawake bloquent le pont Mercier |
| Juillet-août 1990 | Négociations difficiles ; à Châteauguay, des manifestations hostiles aux Mohawks dégénèrent |
| 8 août 1990 | Le premier ministre du Québec, Robert Bourassa, demande l’intervention des Forces armées canadiennes |
| 20 août 1990 | L’armée remplace la police autour des barricades |
| 28 août 1990 | Évacuation de femmes, d’enfants et d’aînés de Kahnawake : des voitures sont caillassées par des manifestants à LaSalle |
| 29 août – 6 septembre 1990 | Démantèlement des barricades du pont Mercier, rouvert à la circulation |
| 26 septembre 1990 | Les derniers résistants quittent le centre de traitement de Kanesatake ; fin de la crise |
Une crise très médiatisée
Les images d’un face-à-face entre un soldat canadien et un guerrier mohawk masqué, photographié le 1er septembre 1990, ont fait le tour du monde. La cinéaste abénakise Alanis Obomsawin a filmé la crise de l’intérieur ; son documentaire Kanehsatake : 270 ans de résistance (1993) est devenu une référence.
Les conséquences
- Le golf n’est pas agrandi : le gouvernement fédéral achète une partie des terres contestées pour les remettre aux Mohawks, mais la question territoriale n’est pas réglée.
- La Commission royale sur les peuples autochtones est créée en 1991 ; son rapport, en 1996, propose une refonte des relations avec les peuples autochtones.
- Une prise de conscience des revendications territoriales et de l’autonomie gouvernementale autochtones, au Canada et à l’étranger.
- Des tensions durables entre certaines communautés mohawks et leurs voisins, et une méfiance renforcée envers les forces de l’ordre.
- Des réformes policières : l’enquête du coroner sur la mort du caporal Lemay, conclue en 1995, critique la planification de l’intervention policière.
Questions fréquentes
Pourquoi la crise d’Oka a-t-elle éclaté ?
À cause du projet de la municipalité d’Oka d’agrandir un golf et de construire des résidences sur une pinède et un cimetière revendiqués par les Mohawks de Kanesatake, dans le cadre d’une revendication territoriale vieille de plus de deux siècles.
Combien de temps a duré la crise d’Oka ?
78 jours, du 11 juillet au 26 septembre 1990.
Y a-t-il eu des morts pendant la crise d’Oka ?
Oui. Le caporal Marcel Lemay, de la Sûreté du Québec, a été tué le 11 juillet 1990. Un aîné mohawk, Joe Armstrong, est mort d’une crise cardiaque après le caillassage du convoi de Kahnawake le 28 août.