Histoire · Histoire de France
Le nationalisme québécois
Le nationalisme québécois regroupe les idées et mouvements qui défendent l’identité, la langue et les pouvoirs du Québec. D’abord canadien-français et catholique, il devient souverainiste après 1960.
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Le nationalisme québécois est une notion centrale de l’histoire du Québec. Il repose sur l’idée que les francophones du Québec forment une nation, avec sa langue, sa culture et son histoire, qui doit être protégée et dotée de pouvoirs politiques. Ses formes ont beaucoup changé : nationalisme libéral des Patriotes au début du XIXe siècle, nationalisme canadien-français conservateur et catholique jusqu’aux années 1950, autonomisme provincial, puis néonationalisme québécois de la Révolution tranquille, d’où naît le mouvement souverainiste. Les historiens distinguent souvent ces étapes pour comprendre les débats actuels.
Les grandes formes du nationalisme
| Période | Forme | Idées principales | Figures |
|---|---|---|---|
| 1800-1840 | Nationalisme libéral et républicain | Démocratie, contrôle de l’Assemblée, puis indépendance du Bas-Canada | Louis-Joseph Papineau, Patriotes |
| 1840-1950 | Nationalisme canadien-français de survivance | Langue, foi catholique, vie rurale ; « la langue, gardienne de la foi » | Mgr Bourget, Henri Bourassa, Lionel Groulx |
| 1930-1960 | Autonomisme provincial | Défense des compétences du Québec face à Ottawa | Maurice Duplessis |
| Depuis 1960 | Néonationalisme québécois | Le Québec, territoire d’une nation ; l’État moteur du développement ; langue française | Jean Lesage, Daniel Johnson père, René Lévesque |
| Depuis 1968 | Souverainisme | Indépendance ou souveraineté-association | Parti québécois, Bloc québécois |
Le nationalisme des Patriotes
Au Bas-Canada, le Parti canadien, devenu Parti patriote, réclame un gouvernement responsable devant l’assemblée élue, où les francophones sont majoritaires. Ses idées s’inspirent des révolutions américaine et française. Après le refus de Londres, une partie des Patriotes prend les armes en 1837-1838 ; en 1838, Robert Nelson proclame une déclaration d’indépendance du Bas-Canada. La répression et l'Acte d’Union mettent fin à ce nationalisme politique (voir rébellions des Patriotes).
Le nationalisme de survivance (1840-1950)
Après l’échec des rébellions, l’Église catholique devient le principal cadre de la société canadienne-française. Le nationalisme se tourne vers la survivance : conserver la langue, la foi et les traditions face à la majorité anglophone et protestante. Il s’étend aux francophones de tout le Canada.
- Henri Bourassa (1868-1952), fondateur du Devoir (1910), défend un Canada biculturel, indépendant de l’Empire britannique, et s’oppose à la participation aux guerres impériales (voir crises de la conscription).
- L’abbé Lionel Groulx (1878-1967), historien, exalte le passé de la Nouvelle-France et la mission catholique et française des Canadiens français.
- Les crises scolaires dans les autres provinces (Manitoba en 1890, Règlement 17 en Ontario en 1912) et la pendaison de Louis Riel (1885) nourrissent le sentiment d’injustice.
L’autonomisme de Duplessis
Pendant la Grande Noirceur, Maurice Duplessis défend l'autonomie provinciale face aux programmes fédéraux d’après-guerre. Il adopte le drapeau fleurdelisé (1948) et crée un impôt provincial sur le revenu (1954). Ce nationalisme reste conservateur et ne remet pas en cause la fédération.
Le néonationalisme de la Révolution tranquille
Dans les années 1960, le nationalisme change profondément :
- le cadre devient le territoire du Québec, et non plus l’ensemble des Canadiens français : on se dit désormais Québécois ;
- l'État québécois, et non plus l’Église, devient l’instrument d’émancipation : nationalisation de l’électricité, Caisse de dépôt (1965), ministère de l’Éducation (1964) ;
- la langue française devient l’enjeu central, jusqu’à la Charte de la langue française (1977).
Le slogan libéral « Maîtres chez nous » (1962) et le livre de Daniel Johnson Égalité ou indépendance (1965) illustrent cette nouvelle ambition. En 1967, le cri « Vive le Québec libre ! » lancé par le général de Gaulle à Montréal a un retentissement mondial.
Le mouvement souverainiste
| Date | Étape |
|---|---|
| 1960 | Fondation du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) |
| 1963-1970 | Attentats du Front de libération du Québec (FLQ), groupe violent minoritaire, jusqu’à la crise d’Octobre |
| 1968 | René Lévesque fonde le Parti québécois (voir René Lévesque) |
| 1976 | Le PQ prend le pouvoir |
| 1980 | Premier référendum : 59,56 % de « non » |
| 1982 | Rapatriement de la Constitution sans l’accord du Québec |
| 1990 | Échec de l’accord du lac Meech ; fondation du Bloc québécois à Ottawa |
| 1995 | Second référendum : 50,58 % de « non » |
Voir référendums du Québec. En 2006, la Chambre des communes adopte une motion reconnaissant que « les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni ».
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre nationalisme et souverainisme ?
Le nationalisme défend l’identité et les intérêts d’une nation ; il peut s’exprimer dans le cadre fédéral, par l’autonomie. Le souverainisme est une forme de nationalisme qui vise l’indépendance politique du Québec.
Pourquoi parle-t-on de Canadiens français puis de Québécois ?
Jusqu’aux années 1960, les francophones se définissent surtout comme Canadiens français, partout au Canada. Avec la Révolution tranquille, le nationalisme se concentre sur le territoire et l’État du Québec, et l’identité « québécoise » s’impose.
Que signifie « Je me souviens » ?
C’est la devise du Québec, gravée en 1883 sur la façade de l’hôtel du Parlement par l’architecte Eugène-Étienne Taché. Elle figure sur les plaques d’immatriculation depuis 1978.