Langue française · Vocabulaire et style
Le verlan
Le verlan est un procédé d’argot qui consiste à inverser les syllabes d’un mot : l’envers devient verlan, fou devient ouf, louche devient chelou. Certains mots de verlan sont entrés dans les dictionnaires.
Mis à jour le 3 min de lecture
Le mot verlan est lui-même du verlan : il vient de l’envers, dont on a inversé les syllabes (l’en-vers → vers-l’en → verlan). Ce procédé de création de mots, propre au français parlé, appartient au registre familier ou argotique. Il sert à la fois à jouer avec la langue, à créer une complicité et à marquer l’appartenance à un groupe.
Les règles de formation
Le verlan repose sur la prononciation, non sur l’orthographe.
Mots de deux syllabes : on inverse
| Mot | Découpage | Verlan |
|---|---|---|
| louche | lou-che | chelou |
| lourd | lou-rd | relou |
| bizarre | bi-zarre | zarbi |
| méchant | mé-chant | chanmé |
| mater | ma-ter | téma |
| jeter | je-ter | tèj |
| énervé | é-ner-vé | vénère |
| fête | fê-te | teuf |
| pourri | pou-rri | ripou |
Mots d’une syllabe : on ajoute ou on retire un son
- Mot terminé par une voyelle : on inverse simplement les sons. Fou → ouf, chaud → auch.
- Mot terminé par une consonne : on ajoute un e final prononcé [ø], puis on inverse et l’on tronque. Femme ([fam]) → fa-meu → meu-fa → meuf ; mec → keum ; flic → keu-fli → keuf ; mère → reum ; père → reup.
Mots de trois syllabes
Plusieurs ordres sont possibles, l’usage en fixe un : français → céfran, maison → zonmai, métro → tromé.
Le reverlan
Certains mots de verlan, devenus trop courants, ont été verlanisés une seconde fois pour retrouver leur caractère codé :
- arabe → beur → rebeu ;
- femme → meuf → feumeu ;
- flic → keuf → feuk (rare).
Liste des mots de verlan courants
| Verlan | Mot d’origine | Sens |
|---|---|---|
| meuf | femme | femme, petite amie |
| keum | mec | homme |
| ouf | fou | fou, incroyable |
| relou | lourd | pénible |
| chelou | louche | bizarre, suspect |
| vénère | énervé | énervé, en colère |
| zarbi | bizarre | bizarre |
| teuf | fête | fête |
| chanmé | méchant | génial |
| téma | mater | regarder |
| tèj | jeter | jeter, rejeter |
| ripou | pourri | corrompu (policier) |
| beur | arabe | jeune d’origine maghrébine |
| céfran | français | Français |
| reum, reup | mère, père | parents |
| keuf | flic | policier |
| teubé | bête | idiot |
| laisse béton | laisse tomber | laisse tomber |
| cimer | merci | merci |
Origines et histoire
L’inversion de syllabes est un jeu ancien, attesté ponctuellement depuis plusieurs siècles dans les langues secrètes et les jeux de mots. Le verlan tel qu’on le connaît s’est développé au XXe siècle dans les milieux populaires et argotiques, puis a connu un grand essor à partir des années 1970-1980, notamment dans les banlieues des grandes villes.
Quelques jalons de sa diffusion :
- la chanson Laisse béton de Renaud (1977) ;
- le film Les Ripoux de Claude Zidi (1984), qui popularise ripou ;
- le rap français des années 1990 et 2000, qui en fait un marqueur stylistique.
Plusieurs mots sont entrés dans les dictionnaires usuels : beur, meuf, ripou, relou, chelou, keuf, ouf. Voir les néologismes.
Le verlan et les registres de langue
Le verlan relève du registre familier, voire argotique. Il convient à l’oral entre proches, dans la chanson, le roman ou le cinéma qui veulent restituer une parole réelle. Il est à éviter dans un écrit scolaire ou professionnel. Voir les registres de langue.
Les autres jeux de déformation
| Procédé | Principe | Exemple |
|---|---|---|
| verlan | inversion des syllabes | louche → chelou |
| louchébem | argot des bouchers : l initial, consonne rejetée à la fin, suffixe | boucher → louchébem, fou → loufoque |
| javanais | insertion de av entre les sons | bonjour → bavonjavour |
| troncation | mot raccourci | professeur → prof |
Loufoque, venu du louchébem, est aujourd’hui un mot courant. Pour ces procédés, voir aussi l’argot.
Questions fréquentes
Pourquoi dit-on « meuf » et non « mefa » ?
Parce que le verlan part de la prononciation : femme se dit [fam]. On ajoute un son [ø] (fa-meu), on inverse (meu-fa), puis on tronque la dernière voyelle : meuf.
Le verlan est-il du français ?
Oui : il en utilise les sons et les règles, et plusieurs de ses mots sont dans les dictionnaires. Il relève simplement d’un registre familier.
« Ouf » est-il du verlan ?
Au sens de « fou » (c’est ouf), oui. L’interjection ouf ! de soulagement est un mot distinct, bien plus ancien.