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Langue française · Vocabulaire et style

L’argot

L’argot désigne à l’origine le langage codé des malfaiteurs, puis tout vocabulaire propre à un groupe. Aujourd’hui, il recouvre les mots populaires ou familiers comme fric, flic, bagnole, boulot ou bouffer.

Mis à jour le 3 min de lecture

L’argot est l’une des sources les plus vivantes du français. Né comme une langue secrète destinée à ne pas être comprise des non-initiés, il s’est diffusé dans la langue populaire, puis dans la langue familière de tous. Beaucoup de mots aujourd’hui courants viennent de l’argot.

Une brève histoire

  • Au Moyen Âge, les bandes de malfaiteurs ont leur jargon. François Villon compose au XVe siècle des ballades en jargon, écrites dans la langue des Coquillards, une bande de brigands.
  • Au XVIIe siècle, le mot argot désigne d’abord la corporation des gueux et des mendiants, puis, à la fin du siècle, leur langage.
  • Au XIXe siècle, l’argot fascine les écrivains. Eugène-François Vidocq, ancien bagnard devenu chef de la police, en publie des lexiques. Victor Hugo lui consacre un livre entier des Misérables (« L’argot »), et Eugène Sue l’utilise dans Les Mystères de Paris. Voir Les Misérables.
  • Au XXe siècle, l’argot devient populaire et littéraire : Céline, Frédéric Dard (San-Antonio), Alphonse Boudard, ou les dialogues de Michel Audiard au cinéma. Le verlan se développe dans la seconde moitié du siècle.

Les procédés de l’argot

ProcédéExemple
métaphorela poire (le visage), le caillou (la tête), se faire rouler
métonymieun képi (un policier)
suffixation expressive-oche (cinoche, valoche), -ard (soiffard), -os (craignos)
troncationprof, ado, appart, apéro
empruntà l’arabe (toubib, bled, kif, clebs, maboul, chouïa), au romani (chouraver), à l’anglais
inversionverlan : meuf, relou, chelou
codagelouchébem, javanais

Les emprunts à l’arabe sont nombreux et anciens : toubib (médecin, de ṭbīb), clebs (chien, de kelb), bled (pays, village, de blād), kif-kif (pareil), maboul (fou).

Liste de mots d’argot courants

L’argent

fric, pognon, blé, oseille, flouze, thune, pèze, ronds, balles (francs puis euros).

Le travail

boulot, taf, turbin, bosser, trimer, se la couler douce (ne rien faire).

La police et la justice

flic, poulet, keuf, condé ; taule, placard, ballon (prison) ; se faire pincer (arrêter).

La nourriture et la boisson

bouffer, becqueter, grailler (manger) ; la bouffe ; pinard (vin) ; flotte (eau) ; picoler (boire de l’alcool).

Les personnes

mec, type, gars, gonze (homme) ; nana, gonzesse (femme) ; pote (ami) ; gosse, mioche, môme (enfant) ; vieux, darons (parents).

Les objets et les lieux

bagnole, caisse (voiture) ; fringues, sapes (vêtements) ; godasses, pompes (chaussures) ; piaule (chambre) ; pieu, plumard (lit) ; clope (cigarette) ; bouquin (livre) ; bled (village).

Les actions

piger (comprendre) ; se barrer, se casser, se tirer (partir) ; roupiller, pioncer (dormir) ; se marrer (rire) ; engueuler (réprimander) ; chouraver, piquer (voler) ; kiffer (aimer).

Des mots d’argot devenus courants

De nombreux mots sont passés de l’argot à la langue commune et ne sont plus perçus comme argotiques : cambrioler (de cambriole, la chambre en argot ancien), boulot, dingue, loufoque (louchébem de fou), polar, bouquin, copain, pote. Le processus continue : les mots d’argot d’aujourd’hui entrent régulièrement dans les dictionnaires (voir les néologismes).

Argot, jargon, langue familière

NotionDéfinitionExemple
argotvocabulaire populaire ou de groupe, souvent codé à l’originese barrer, pognon
jargonvocabulaire technique d’une profession, souvent obscur pour les autresjargon médical, juridique, informatique
langue familièreregistre détendu de la langue communeun truc, c’est sympa
langue populaireregistre associé aux milieux populairesil est pas venu

Pour l’emploi selon la situation, voir les registres de langue.

L’argot de métier

Chaque profession a son argot : celui des bouchers (louchébem), des imprimeurs (coquille, faute typographique), des militaires (bleu, nouvelle recrue ; gégène), des marins, des comédiens (brûler les planches), des étudiants. Ces vocabulaires sont souvent plus proches du jargon que de l’argot populaire.

Questions fréquentes

D’où vient le mot « argot » ?

Son origine est incertaine. Il désigne au XVIIe siècle la confrérie des gueux, puis leur langage. Les rapprochements proposés avec d’autres mots restent hypothétiques.

L’argot est-il du mauvais français ?

Non : c’est un registre, adapté à certaines situations (conversation familière, littérature, chanson). Il devient inapproprié dans un écrit formel.

Quelle différence entre argot et verlan ?

Le verlan est l’un des procédés de l’argot : il inverse les syllabes. L’argot est plus large et utilise aussi métaphores, emprunts et suffixes. Voir le verlan.

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