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Sciences · Terre et climat

La sécheresse

Une sécheresse est une période prolongée de manque d’eau par rapport à la normale. Elle commence par un déficit de pluie, puis touche les sols, les rivières et les nappes souterraines.

Mis à jour le 4 min de lecture

La sécheresse n’est pas l’aridité. Un désert est aride en permanence ; une sécheresse est une anomalie, un déficit par rapport à ce qui est habituel dans une région. Elle peut frapper la Bretagne comme le Sahel. Elle s’installe lentement, sans date de début nette, et peut durer des mois ou des années. C’est l’un des aléas naturels les plus coûteux, par ses effets sur l’agriculture, l’eau potable, les forêts et les bâtiments.

Les quatre types de sécheresse

TypeDéfinitionIndicateurDélai
MétéorologiqueDéficit de précipitationsCumul de pluie par rapport à la normale (indice SPI)Quelques semaines
Agricole (ou des sols)Sols trop secs pour la végétationHumidité des sols superficielsQuelques semaines à quelques mois
HydrologiqueDébits des rivières et niveaux des nappes anormalement basDébits, niveaux piézométriquesPlusieurs mois
Socio-économiqueDemande en eau supérieure à la ressource disponibleRestrictions, pénuriesVariable

Ces sécheresses s’enchaînent : un printemps sans pluie dessèche d’abord les sols, puis les rivières faiblissent en été, et les nappes phréatiques, mal rechargées pendant l’hiver, restent basses l’année suivante.

Les causes

Les causes météorologiques

  • Un anticyclone persistant qui bloque l’arrivée des perturbations (voir anticyclone et dépression).
  • Des températures élevées qui accélèrent l’évaporation et la transpiration des plantes : la chaleur « assèche » même sans baisse des pluies.
  • Des anomalies océaniques comme El Niño, qui déplacent les zones de pluie à l’échelle mondiale : sécheresses en Australie, en Indonésie ou en Afrique australe.

Les rétroactions

Un sol sec renvoie moins d’humidité dans l’air et se réchauffe davantage : la sécheresse et la chaleur s’alimentent mutuellement (voir canicule).

Les facteurs humains

Les prélèvements pour l’irrigation, l’industrie et l’eau potable aggravent les effets d’une sécheresse sur les rivières et les nappes. L’imperméabilisation des sols, le drainage des zones humides et certaines pratiques agricoles réduisent l’infiltration.

La sécheresse en France

Le suivi repose sur Météo-France (pluies, humidité des sols), le BRGM (nappes) et les services de l’État (débits).

ÉpisodeFait marquant
1976Sécheresse historique du printemps et de l’été, qui conduit à créer un « impôt sécheresse »
1989-1991Sécheresse pluriannuelle, en particulier dans le Sud et l’Ouest
2003Sécheresse associée à la canicule d’août
2011Printemps exceptionnellement sec
2022Sécheresse des sols parmi les plus sévères jamais mesurées, combinée à des records de chaleur ; nombreuses rivières à sec
Hiver 202332 jours consécutifs sans pluie significative à l’échelle du pays, du 21 janvier au 21 février, un record depuis le début des mesures

Les restrictions d’eau

Quand la ressource baisse, les préfets prennent des arrêtés sécheresse, consultables sur le site gouvernemental VigiEau. Ils comportent quatre niveaux :

NiveauMesures typiques
VigilanceSensibilisation, incitation aux économies
AlerteInterdiction d’arroser les jardins et de laver les voitures à certaines heures, réduction des prélèvements agricoles
Alerte renforcéeRestrictions plus fortes, interdiction de remplir les piscines
CriseSeuls les usages prioritaires sont autorisés : santé, sécurité civile, eau potable, salubrité

Les fissures des maisons

En séchant, les sols argileux se rétractent, puis gonflent lorsqu’ils se réhumidifient. Ce retrait-gonflement des argiles fissure les murs des maisons aux fondations peu profondes. Selon les données publiques, environ 48 % du territoire métropolitain est exposé à un aléa moyen ou fort, et plus de 10 millions de maisons individuelles sont concernées. C’est devenu l’un des premiers postes d’indemnisation du régime des catastrophes naturelles.

Les conséquences

  • Agriculture : baisse des rendements, manque de fourrage pour les éleveurs, irrigation sous tension.
  • Forêts : arbres affaiblis, attaques d’insectes comme les scolytes, mortalité accrue, risque de feux de forêt.
  • Rivières : débits faibles, eau plus chaude et moins oxygénée, mortalité des poissons.
  • Eau potable : certaines communes doivent être ravitaillées par camions-citernes.
  • Énergie : baisse de la production hydroélectrique et limitation des centrales refroidies par les rivières.
  • Navigation et transport fluvial ralentis sur les grands fleuves.

Dans le monde, les sécheresses ont provoqué certaines des pires famines de l’histoire, et elles contribuent à la désertification dans les régions sèches.

Sécheresse et changement climatique

Selon le sixième rapport du GIEC (2021), l’influence humaine a probablement augmenté la probabilité des sécheresses agricoles et écologiques dans plusieurs régions, dont l’Europe de l’Ouest et du Centre et le pourtour méditerranéen. Chaque degré supplémentaire accroît l’évaporation. En France, Météo-France projette une augmentation de la sécheresse des sols en toute saison au cours du XXIe siècle : les sécheresses aujourd’hui exceptionnelles pourraient devenir habituelles dans un climat plus chaud de 3 à 4 °C.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il pour sortir d’une sécheresse ?

Cela dépend du type de sécheresse. Quelques jours de pluie suffisent à humidifier les sols en surface, mais une nappe profonde peut mettre un ou plusieurs hivers pluvieux à se reconstituer.

Un orage met-il fin à une sécheresse ?

Rarement. L’eau d’un orage violent ruisselle sur un sol durci au lieu de s’infiltrer, et peut provoquer des inondations. Il faut des pluies régulières et modérées, surtout en automne et en hiver, pour recharger les réserves.

La France manque-t-elle d’eau ?

Globalement, la France reçoit chaque année beaucoup plus d’eau qu’elle n’en consomme. Mais la ressource est inégalement répartie dans l’espace et dans le temps : les tensions apparaissent en été, quand les besoins sont les plus forts et les débits les plus faibles, et elles s’accentuent avec le réchauffement.

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