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Sciences · Terre et climat

L’empreinte carbone

L’empreinte carbone est la quantité totale de gaz à effet de serre émise, directement ou non, par une personne, un produit ou un pays. Celle d’un Français est d’environ 9 tonnes d’équivalent CO2 par an.

Mis à jour le 5 min de lecture

Rouler en voiture, chauffer son logement, manger un steak, acheter un téléphone ou prendre l’avion : presque chaque activité libère des gaz à effet de serre, soit directement, soit au cours de la fabrication et du transport des biens. L’empreinte carbone additionne toutes ces émissions pour mesurer la contribution réelle d’une personne ou d’un pays au réchauffement climatique. C’est l’indicateur de référence pour savoir où agir en priorité.

L’équivalent CO2 : une unité commune

Le dioxyde de carbone n’est pas le seul gaz à effet de serre (voir effet de serre). Pour additionner des gaz différents, on convertit chacun en équivalent CO2 (CO2e) grâce à son pouvoir de réchauffement global (PRG), qui compare son effet à celui du CO2 sur 100 ans.

GazPrincipales sourcesPouvoir de réchauffement sur 100 ans (approximatif)
Dioxyde de carbone (CO2)Combustion du pétrole, du gaz et du charbon, déforestation, ciment1 (référence)
Méthane (CH4)Élevage de ruminants, rizières, décharges, fuites de gazenviron 28 à 30
Protoxyde d’azote (N2O)Engrais azotés, certains procédés industrielsenviron 270
Gaz fluorés (HFC, SF6)Climatisation, réfrigération, équipements électriquesde quelques centaines à plus de 20 000

Une tonne de méthane équivaut donc à environ 28 tonnes de CO2 sur un siècle.

Empreinte carbone et émissions territoriales

Pour un pays, on distingue deux façons de compter :

  • Les émissions territoriales : ce qui est émis sur le territoire national (usines, voitures, chauffage, agriculture). C’est la base des inventaires officiels de l'accord de Paris.
  • L’empreinte carbone : les émissions liées à ce que consomment les habitants, y compris les importations (un téléviseur fabriqué en Asie, des vêtements, des fruits importés), et sans les exportations.

Pour la France, l’empreinte est nettement supérieure aux émissions territoriales : environ la moitié de l’empreinte carbone des Français est émise à l’étranger, pour fabriquer ce qu’ils importent. Les émissions territoriales françaises ont baissé depuis 1990, en partie parce que des industries ont été délocalisées ; l’empreinte a baissé plus lentement.

Les ordres de grandeur

IndicateurValeur approximative
Empreinte carbone moyenne d’un Françaisenviron 9 tonnes d’équivalent CO2 par an
Émissions territoriales par Françaisenviron 6 tonnes
Moyenne mondiale (émissions totales divisées par la population)environ 7 tonnes
Moyenne d’un habitant des États-Unisenviron 2 fois celle d’un Français
Objectif compatible avec la neutralité carbone en 2050environ 2 tonnes par personne

Ces chiffres sont des moyennes : l’empreinte des 10 % les plus aisés est plusieurs fois supérieure à celle des 50 % les plus modestes, en France comme dans le monde.

Les grands postes de l’empreinte d’un Français

Selon les estimations de l’ADEME et de divers organismes, l’empreinte individuelle moyenne se répartit à peu près ainsi :

PostePart approximativePrincipales sources
Transportsenviron 25 à 30 %Voiture individuelle, avion
Alimentationenviron 20 à 25 %Viande rouge et produits laitiers, surtout à cause du méthane des ruminants
Logementenviron 15 à 20 %Chauffage au fioul ou au gaz, construction
Biens de consommationenviron 10 à 15 %Électronique, vêtements, ameublement
Services publics et marchandsenviron 15 à 20 %Santé, éducation, administration, réseaux, commerces

La part des services publics, de l’ordre d’une tonne et demie par personne, ne dépend pas directement des choix individuels.

Quelques exemples concrets

Les valeurs suivantes sont des ordres de grandeur, qui varient selon les méthodes de calcul et les hypothèses :

Activité ou produitEmpreinte approximative
Aller-retour Paris-New York en avion, par passagerde l’ordre de 1,5 à 2 tonnes de CO2e
10 000 km en voiture thermique moyenne, seul à bordenviron 2 tonnes de CO2e
1 kg de bœufde l’ordre de 25 à 35 kg de CO2e
1 kg de pouletde l’ordre de 5 à 10 kg de CO2e
1 kg de lentillesmoins de 1 kg de CO2e
Fabrication d’un smartphonequelques dizaines de kg de CO2e
1 kWh d’électricité en Francequelques dizaines de grammes, l’un des plus faibles d’Europe grâce au nucléaire et aux renouvelables
1 kWh d’électricité produite au charbonenviron 1 kg de CO2e

Pour un appareil électronique, l’essentiel de l’empreinte vient de la fabrication, pas de l’usage : prolonger sa durée de vie est le geste le plus efficace.

Comment calculer son empreinte carbone ?

L’ADEME propose un simulateur gratuit, « Nos gestes climat », qui estime l’empreinte annuelle d’une personne en une dizaine de minutes à partir de ses habitudes de transport, d’alimentation, de logement et de consommation.

Pour les entreprises, la méthode du Bilan Carbone, créée par l’ADEME en 2004, et les normes internationales classent les émissions en trois catégories : les émissions directes (scope 1), celles liées à l’énergie achetée (scope 2) et toutes les autres émissions indirectes de la chaîne de valeur (scope 3), souvent de loin les plus importantes. En France, les entreprises de plus de 500 salariés doivent publier un bilan de leurs émissions de gaz à effet de serre.

Comment réduire son empreinte carbone ?

Les gestes n’ont pas tous le même poids. Parmi les plus efficaces :

  1. Réduire l’avion, surtout les vols long-courriers : un seul aller-retour transatlantique peut représenter près d’un cinquième de l’empreinte annuelle moyenne.
  2. Moins utiliser la voiture seule : transports en commun, vélo, covoiturage, et pour les trajets indispensables, un véhicule plus léger ou électrique.
  3. Manger moins de viande rouge et davantage de végétaux, de légumineuses, de produits de saison.
  4. Isoler son logement et remplacer un chauffage au fioul ou au gaz par une pompe à chaleur ou un réseau de chaleur.
  5. Acheter moins et plus durable : faire durer et réparer les appareils, privilégier l’occasion.

Les études, comme celle du cabinet Carbone 4 « Faire sa part ? » (2019), estiment qu’une personne très engagée peut réduire son empreinte d’environ 25 % par ses seuls gestes individuels, et environ deux fois plus avec des investissements (rénovation, véhicule). Le reste dépend des entreprises et des politiques publiques : production d’électricité, transports collectifs, industrie, agriculture. Les leviers de production sont présentés dans la fiche énergies renouvelables.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre empreinte carbone et empreinte écologique ?

L’empreinte carbone ne compte que les gaz à effet de serre. L’empreinte écologique mesure la surface de terre et de mer nécessaire pour produire les ressources consommées et absorber les émissions de CO2 ; elle sert à calculer le jour du dépassement (voir ressources naturelles).

Compenser ses émissions annule-t-il son empreinte ?

Non. La compensation consiste à financer des projets censés éviter ou absorber des émissions, par exemple en plantant des arbres. Sa fiabilité est très variable et contestée pour de nombreux projets. Les organismes spécialisés recommandent de réduire d’abord ses émissions, la compensation ne pouvant être qu’un complément.

La voiture électrique a-t-elle vraiment une empreinte plus faible ?

Sa fabrication, surtout celle de la batterie, émet davantage qu’une voiture thermique. Mais en France, où l’électricité est très peu carbonée, cette « dette » est remboursée en quelques dizaines de milliers de kilomètres ; sur l’ensemble de sa vie, une voiture électrique de taille moyenne émet plusieurs fois moins qu’une voiture thermique équivalente, selon l’ADEME.

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