Sciences · Terre et climat
El Niño et La Niña
El Niño est un réchauffement anormal des eaux du Pacifique tropical qui revient tous les deux à sept ans et dérègle le climat de la planète. La Niña est la phase inverse, un refroidissement.
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Le nom vient des pêcheurs péruviens, qui appelaient El Niño, « l’Enfant », en référence à l’Enfant Jésus, le courant chaud qui apparaissait certaines années vers Noël le long de leurs côtes et faisait fuir les poissons. Les scientifiques ont compris au XXe siècle que ce phénomène local était la partie visible d’une oscillation qui implique tout l’océan Pacifique et l’atmosphère au-dessus de lui. C’est la principale source de variation naturelle du climat d’une année à l’autre.
La situation normale
En temps ordinaire, les alizés, des vents réguliers soufflant d’est en ouest le long de l’équateur, poussent les eaux chaudes de surface vers l’ouest du Pacifique :
- à l'ouest, près de l’Indonésie et de l’Australie, l’eau chaude s’accumule : le niveau de la mer y est plus élevé d’environ 50 cm, l’air humide s’élève et provoque de fortes pluies ;
- à l'est, au large du Pérou et de l’Équateur, l’eau chaude chassée est remplacée par des eaux profondes froides et riches en nutriments qui remontent (upwelling) : c’est l’une des zones les plus poissonneuses du monde, et le climat côtier y est désertique.
Cette circulation atmosphérique au-dessus du Pacifique équatorial est appelée cellule de Walker, du nom du physicien britannique Gilbert Walker qui, dans les années 1920, a décrit l’oscillation de pression entre les deux rives du Pacifique, l'« oscillation australe ».
Que se passe-t-il pendant El Niño ?
- Les alizés faiblissent, voire s’inversent dans l’ouest du Pacifique.
- L’eau chaude reflue vers l’est, sous forme d’ondes qui traversent l’océan en quelques mois.
- L’upwelling s’affaiblit au large de l’Amérique du Sud : la surface de l’océan se réchauffe de plusieurs degrés.
- Les zones de pluie se déplacent vers le centre et l’est du Pacifique, ce qui modifie la circulation atmosphérique de toute la planète.
Le mécanisme s’auto-entretient : des eaux plus chaudes à l’est affaiblissent encore les alizés, qui laissent l’eau chaude progresser. Le météorologue norvégien Jacob Bjerknes a décrit cette rétroaction en 1969.
Pendant La Niña, c’est l’inverse : les alizés se renforcent, les eaux froides remontent davantage au large du Pérou et le Pacifique central se refroidit.
Fréquence et durée
| Caractéristique | El Niño | La Niña |
|---|---|---|
| Fréquence | tous les 2 à 7 ans, irrégulièrement | souvent après un El Niño, également irrégulière |
| Durée | en général 9 à 12 mois | souvent 1 à 2 ans, parfois 3 (2020-2023) |
| Pic | en général entre novembre et janvier | en général en hiver de l’hémisphère Nord |
| Critère officiel (NOAA) | anomalie de température d’au moins +0,5 °C dans le Pacifique central, sur plusieurs mois | anomalie d’au moins −0,5 °C |
Les épisodes El Niño les plus intenses de l’ère moderne sont ceux de 1982-1983, 1997-1998, 2015-2016 et 2023-2024.
Les conséquences dans le monde
Les effets d’El Niño varient selon les épisodes, mais certaines tendances reviennent souvent.
| Région | Effets fréquents d’El Niño | Effets fréquents de La Niña |
|---|---|---|
| Pérou, Équateur | Pluies diluviennes, inondations, effondrement de la pêche à l’anchois | Sécheresse côtière renforcée, pêche abondante |
| Indonésie, Australie | Sécheresse, feux de forêt | Pluies abondantes, inondations |
| Inde | Mousson souvent plus faible | Mousson souvent plus forte |
| Afrique australe | Sécheresse | Pluies plus abondantes |
| Afrique de l’Est | Pluies plus fortes en fin d’année | Sécheresse |
| Sud des États-Unis | Hiver plus humide | Hiver plus sec |
| Atlantique | Moins d’ouragans | Plus d’ouragans |
| Pacifique central et oriental | Plus de cyclones | Moins de cyclones |
El Niño provoque aussi un blanchissement massif des coraux, les eaux trop chaudes poussant les coraux à expulser les algues dont ils dépendent. Les conséquences économiques sont considérables : l’épisode de 1997-1998 a causé des dégâts estimés à plusieurs dizaines de milliards de dollars et des milliers de morts dans le monde.
Et en France ?
L’influence d’El Niño sur l’Europe est faible et peu prévisible. Le temps en France dépend surtout de la circulation atmosphérique de l’Atlantique Nord. En revanche, les territoires d’outre-mer du Pacifique (Nouvelle-Calédonie, Polynésie française) sont directement concernés : la Polynésie connaît davantage de cyclones lors des épisodes El Niño forts.
El Niño et la température mondiale
Pendant un épisode El Niño, l’océan libère de la chaleur vers l’atmosphère : la température moyenne mondiale augmente temporairement, d’environ 0,1 à 0,2 °C. À l’inverse, La Niña la fait baisser légèrement. C’est pourquoi les records de chaleur mondiaux tombent souvent pendant ou juste après un El Niño, comme en 1998, 2016 et 2023-2024. Ces variations se superposent à la tendance de fond du réchauffement climatique, sans la remettre en cause : une année La Niña d’aujourd’hui est plus chaude qu’une année El Niño des années 1980.
L’effet du réchauffement sur El Niño lui-même est encore étudié : certains modèles prévoient des épisodes extrêmes plus fréquents, mais les projections ne sont pas toutes concordantes. On s’attend en revanche à ce que les pluies et les sécheresses associées à El Niño s’intensifient dans un climat plus chaud.
Peut-on prévoir El Niño ?
Oui, dans une certaine mesure. Un réseau de bouées ancrées dans le Pacifique équatorial, des satellites et des flotteurs automatiques surveillent en permanence la température et le niveau de l’océan. Les modèles climatiques permettent d’annoncer un épisode avec quelques mois d’avance, ce qui aide les agriculteurs et les gouvernements à se préparer. Les prévisions faites au printemps de l’hémisphère Nord sont toutefois moins fiables. La distinction entre prévision du temps et du climat est expliquée dans la fiche climat et météo.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre El Niño et La Niña ?
El Niño est la phase chaude : les eaux du Pacifique central et oriental se réchauffent et les alizés faiblissent. La Niña est la phase froide : ces eaux se refroidissent et les alizés se renforcent. Leurs effets sur le climat mondial sont en grande partie opposés.
El Niño est-il causé par le réchauffement climatique ?
Non. El Niño est un phénomène naturel, connu depuis des siècles par les pêcheurs et identifié dans des archives climatiques bien plus anciennes, comme les coraux fossiles. Le réchauffement climatique pourrait en revanche modifier son intensité ou ses effets.
Combien de temps dure El Niño ?
En général 9 à 12 mois, avec un pic en fin d’année. Certains épisodes se prolongent ou se répètent sur deux années consécutives.