Sciences · Terre et climat
La désertification
La désertification est la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches, causée par les variations du climat et les activités humaines. Ce n’est pas l’avancée du désert, mais la perte de fertilité des sols.
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L’image d’un Sahara qui avance comme une marée de sable est trompeuse. La désertification se produit par plaques, souvent loin des déserts : des sols surexploités perdent leur couverture végétale, s’érodent, se compactent ou se salinisent, jusqu’à ne plus pouvoir nourrir ceux qui en vivent. Elle menace des centaines de millions de personnes, surtout dans les régions les plus pauvres du monde.
La définition officielle
Le 17 juin est devenu la Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse.
Les zones sèches couvrent environ 40 % des terres émergées et abritent plus de 2 milliards de personnes. Les déserts hyperarides eux-mêmes, comme le cœur du Sahara, ne sont pas concernés : ils sont déjà désertiques (voir déserts du monde).
Désertification, sécheresse, aridité
| Notion | Nature | Durée |
|---|---|---|
| Aridité | Caractère permanent d’un climat sec | Permanente |
| Sécheresse | Déficit temporaire d’eau par rapport à la normale | Mois à années |
| Désertification | Dégradation durable des terres | Années à décennies, parfois irréversible |
Une sécheresse peut révéler ou accélérer la désertification, mais ce sont souvent les pratiques humaines qui rendent les sols incapables de s’en remettre.
Les causes
Les causes humaines
| Cause | Mécanisme |
|---|---|
| Surpâturage | Les troupeaux trop nombreux consomment la végétation et tassent le sol |
| Surexploitation des cultures | Les jachères raccourcies épuisent les sols |
| Déforestation et collecte de bois | La couverture arborée disparaît, le sol est exposé au vent et à la pluie |
| Irrigation mal conduite | Sans drainage, l’eau évaporée laisse des sels qui stérilisent les terres |
| Surexploitation des nappes | La végétation qui dépend de l’eau souterraine dépérit |
Ces pratiques sont souvent liées à la pauvreté, à la croissance démographique et à l’insécurité foncière : sans garantie de rester sur une terre, un paysan a peu de raisons d’y investir à long terme.
Les causes climatiques
Les sécheresses répétées, comme celles qui ont frappé le Sahel dans les années 1970 et 1980, affaiblissent la végétation. Le réchauffement climatique augmente l’évaporation et, dans plusieurs régions, la fréquence des sécheresses.
Les mécanismes de dégradation
Sans couverture végétale, le sol subit :
- l'érosion hydrique : les pluies violentes arrachent la couche fertile superficielle (voir érosion) ;
- l'érosion éolienne : le vent emporte les particules fines, à l’origine de tempêtes de poussière ;
- la formation de croûtes : la surface se scelle et l’eau ne s’infiltre plus ;
- la salinisation : le sel remonte et s’accumule en surface ;
- la perte de matière organique et de vie biologique (voir sols et pédologie).
Ces processus s’auto-entretiennent : un sol dégradé porte moins de plantes, ce qui l’expose davantage.
Les régions touchées
- Le Sahel, bande semi-aride au sud du Sahara, du Sénégal au Soudan.
- L’Asie centrale, où l’assèchement de la mer d’Aral, provoqué par le détournement des fleuves Amou-Daria et Syr-Daria pour l’irrigation du coton à partir des années 1960, a créé un désert de sel.
- Le nord de la Chine, avec ses tempêtes de poussière.
- Le pourtour méditerranéen, y compris le sud de l’Espagne, de l’Italie et de la Grèce.
- L’Australie, l’Amérique latine (nord-est du Brésil, Patagonie) et les Grandes Plaines américaines, frappées dans les années 1930 par le Dust Bowl, désastre lié au labour intensif de prairies suivi de sécheresses.
Les conséquences
- baisse des rendements agricoles et insécurité alimentaire ;
- appauvrissement et migrations des populations rurales ;
- perte de biodiversité ;
- tempêtes de poussière nuisibles à la santé, jusqu’à des milliers de kilomètres ;
- libération du carbone stocké dans les sols, qui contribue au réchauffement.
Les solutions
Parmi les autres solutions éprouvées :
- l’agroforesterie et la régénération naturelle assistée, qui protègent les jeunes arbres poussant spontanément dans les champs ; au Niger, elle a permis de reverdir des millions d’hectares ;
- les cordons pierreux et demi-lunes, qui freinent le ruissellement ;
- la gestion des pâturages et la rotation des troupeaux ;
- l’irrigation économe, comme le goutte-à-goutte, avec drainage ;
- les grands programmes de restauration, comme la Grande Muraille verte, lancée en 2007 par l’Union africaine pour restaurer des terres dégradées sur une bande traversant l’Afrique du Sénégal à Djibouti, ou la restauration du plateau de Loess en Chine.
L’objectif de neutralité en matière de dégradation des terres, adopté dans le cadre de l’ONU, vise à compenser chaque hectare dégradé par un hectare restauré.
Questions fréquentes
Le Sahara avance-t-il ?
Ses limites fluctuent selon les années de pluie, mais il n’avance pas comme un front. Les satellites ont même montré un reverdissement partiel du Sahel depuis les années 1980, après les grandes sécheresses. La désertification se produit surtout par dégradation locale des terres.
La France est-elle concernée par la désertification ?
Certaines zones du pourtour méditerranéen et de Corse sont considérées comme sensibles à la dégradation des terres, en raison des sécheresses, des incendies et de l’érosion. La France est partie à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, surtout en tant que pays donateur.
Peut-on reverdir un désert ?
On peut restaurer des terres dégradées en zone sèche, mais on ne transforme pas durablement un vrai désert hyperaride en forêt. Les projets de plantation massive d’arbres échouent souvent quand les espèces ou les besoins en eau sont mal choisis.