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Philosophie · Œuvres et textes clés

Le Banquet de Platon

Le Banquet est un dialogue de Platon (vers 380 av. J.-C.) où des convives font chacun l’éloge d’Éros, l’amour. Socrate, inspiré par Diotime, y montre que l’amour est désir du beau et élan vers le Bien.

Mis à jour le 5 min de lecture

Le Banquet (Sumposion, littéralement « le fait de boire ensemble ») est l’un des dialogues les plus célèbres de Platon, écrit vers 385-370 av. J.-C. La scène se passe en 416 av. J.-C., chez le poète tragique Agathon, qui fête sa première victoire au concours de tragédie. Les convives décident de ne pas trop boire et de faire, chacun à son tour, un éloge d’Éros, le dieu de l’amour. Le dialogue, d’une grande richesse littéraire, mêle comédie, poésie et philosophie ; il est à l’origine de l’expression « amour platonique ».

Une narration en cascade

Le récit est rapporté de manière indirecte : Apollodore raconte à un ami ce que lui a raconté Aristodème, qui était présent au banquet, plusieurs années plus tôt. Cette mise à distance souligne le caractère légendaire de la soirée et l’importance de la mémoire de Socrate.

Les sept discours

OrateurQui il estThèse sur l’amour
PhèdreJeune homme passionné de discoursÉros est le plus ancien des dieux ; il inspire le courage et le sacrifice (Alceste, Achille)
PausaniasAmant d’AgathonIl y a deux Éros : le céleste (amour de l’âme, noble) et le vulgaire (amour du corps)
ÉryximaqueMédecinL’amour est une force cosmique d’harmonie entre les contraires, dans les corps, la musique, les saisons
AristophanePoète comiqueMythe de l’androgyne : l’amour est le désir de retrouver sa moitié perdue
AgathonPoète tragique, hôteÉros est le plus beau, le plus jeune, le plus vertueux des dieux
Socrate (Diotime)PhilosopheL’amour est désir de ce qui manque, désir d’engendrer dans la beauté, élan vers le Beau en soi
AlcibiadeHomme politique, ivreÉloge de Socrate, figure vivante de l’Éros philosophe

Le discours d’Aristophane : le mythe de l’androgyne

C’est l’un des passages les plus célèbres de la littérature grecque. À l’origine, les humains étaient des êtres doubles, ronds, avec quatre bras, quatre jambes, deux visages. Il y avait trois sexes : l’homme double (fils du Soleil), la femme double (fille de la Terre) et l'androgyne, mi-homme mi-femme (enfant de la Lune). Ces êtres, puissants et orgueilleux, voulurent escalader le ciel. Pour les affaiblir, Zeus les coupa en deux, « comme on coupe des cormes pour les sécher ».

Depuis, chaque moitié cherche l’autre et désire s’unir à elle : c’est l’origine de l’amour, qui est « le désir et la poursuite de ce tout ». Les descendants de l’androgyne aiment l’autre sexe ; ceux des êtres doubles masculins ou féminins aiment leur propre sexe. Ce mythe est à l’origine de l’expression « trouver sa moitié » ou « son âme sœur ».

Le discours de Socrate et Diotime

Éros est manque

Socrate commence par interroger Agathon et le pousse à admettre une contradiction : on désire ce qu’on n’a pas. Si Éros est désir du beau, il n’est pas beau lui-même. L’amour est manque.

Le mythe de la naissance d’Éros

Socrate rapporte alors l’enseignement d’une prêtresse de Mantinée, Diotime, peut-être un personnage fictif. Éros n’est ni dieu ni mortel, mais un démon (daimôn), intermédiaire entre les dieux et les hommes. Il est né le jour de la naissance d’Aphrodite, de l’union de Poros (l’Expédient, la Ressource) et de Pénia (la Pauvreté). De sa mère, il tient d’être toujours pauvre, rude, sans gîte, va-nu-pieds ; de son père, d’être toujours en quête du beau et du bon, rusé, chasseur, inventif.

Éros est donc philosophe : il n’est ni savant ni ignorant, mais entre les deux, désireux de la sagesse qu’il n’a pas. Les dieux ne philosophent pas, car ils sont sages ; les ignorants non plus, car ils croient savoir.

Enfanter dans la beauté

L’amour ne vise pas seulement le beau : il vise à posséder le bien pour toujours. Les mortels ne pouvant être immortels, ils cherchent à engendrer dans la beauté, selon le corps (avoir des enfants) ou selon l’âme (produire des œuvres, des lois, des vertus, comme Homère ou Solon).

L’échelle de l’amour

Diotime décrit enfin l'ascension de l’amour, de degré en degré :

  1. aimer un beau corps ;
  2. comprendre que la beauté est la même dans tous les beaux corps ;
  3. aimer la beauté des âmes, supérieure à celle des corps ;
  4. aimer la beauté des activités et des lois ;
  5. aimer la beauté des connaissances ;
  6. contempler enfin, « tout à coup », le Beau en soi, éternel, sans naissance ni mort, pur, toujours identique à lui-même, dont toutes les choses belles participent.

C’est en contemplant le Beau en soi que l’homme engendre non des images de la vertu, mais la vertu véritable, et devient, autant que possible, immortel. On retrouve ici la théorie des Idées exposée dans l'allégorie de la caverne.

Le discours d’Alcibiade

À ce moment, Alcibiade, ivre, fait irruption avec des joueurs de flûte. Il refuse de faire l’éloge d’Éros et fait celui de Socrate. Il le compare aux silènes, statuettes grotesques qui contiennent à l’intérieur des figures de dieux : laid à l’extérieur, Socrate est plein de trésors à l’intérieur. Il raconte comment il a tenté, en vain, de séduire Socrate, qui a résisté à sa beauté ; il évoque son courage à la guerre, son endurance au froid, son indifférence au vin. Socrate apparaît ainsi comme l’incarnation de l’Éros décrit par Diotime : pauvre, va-nu-pieds, toujours en quête de sagesse.

Le banquet se termine à l’aube : tous se sont endormis sauf Socrate, Agathon et Aristophane, avec qui Socrate discute de la comédie et de la tragédie. Puis Socrate s’en va au Lycée, se baigne et passe sa journée comme d’habitude.

L’amour platonique

L’expression « amour platonique », au sens d’un amour chaste, sans relation charnelle, vient d’une lecture du Banquet par l’humaniste florentin Marsile Ficin (amor platonicus, XVe siècle). Elle simplifie la pensée de Platon : l’amour des corps n’est pas condamné, il est la première marche d’une ascension vers le Beau. Le contexte est celui de la paiderastia athénienne, relation éducative entre un homme adulte et un jeune homme, que Platon transforme en relation philosophique.

Questions fréquentes

Quel est le sujet du Banquet de Platon ?

L’amour (Éros). Chaque convive en fait l’éloge, et Socrate montre que l’amour véritable est un désir du beau qui conduit, par degrés, à la contemplation du Beau en soi.

Qu’est-ce que le mythe de l’androgyne ?

Un mythe raconté par Aristophane : les premiers humains étaient doubles, et Zeus les a coupés en deux. L’amour est le désir de chaque moitié de retrouver l’autre pour reformer l’unité perdue.

Qui est Diotime ?

Une prêtresse de Mantinée dont Socrate dit tenir son enseignement sur l’amour. On ignore si elle a existé ; beaucoup de spécialistes pensent que c’est un personnage inventé par Platon.

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