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Philosophie · Œuvres et textes clés

Ainsi parlait Zarathoustra

Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885) est l’œuvre la plus célèbre de Nietzsche. Sous forme de poème en prose, le prophète Zarathoustra y annonce le surhomme et l’éternel retour.

Mis à jour le 5 min de lecture

Ainsi parlait Zarathoustra. Un livre pour tous et pour personne (Also sprach Zarathustra. Ein Buch für Alle und Keinen) est écrit par Friedrich Nietzsche entre 1883 et 1885, en quatre parties, rédigées chacune en quelques jours ou semaines, en Italie (Rapallo, Nice) et en Suisse (Sils-Maria). Les trois premières parties paraissent en 1883-1884 ; la quatrième est imprimée à compte d’auteur à une quarantaine d’exemplaires en 1885, distribués à quelques proches. Nietzsche le considérait comme son œuvre la plus importante : « le plus grand présent qui ait jamais été fait » à l’humanité (Ecce Homo).

Qui est Zarathoustra ?

Zarathoustra (ou Zoroastre) est le prophète de la religion de l’ancienne Perse, le mazdéisme, qui pense le monde comme un combat entre le Bien et le Mal. Nietzsche le choisit précisément pour cette raison : celui qui a inventé la morale, l’opposition du bien et du mal, doit être le premier à reconnaître son erreur et à la dépasser (Ecce Homo, « Pourquoi je suis un destin », § 3). Le Zarathoustra de Nietzsche n’a rien à voir avec le personnage historique : c’est un porte-parole, un sage solitaire, ironique, souvent incompris.

Un style unique

Le livre n’est pas un traité, mais un poème philosophique en prose rythmée, fait de discours, de paraboles, de chants, de visions. Il imite parfois le style de la Bible de Luther (« En vérité, je vous le dis »), qu’il parodie. Chaque discours se termine par « Ainsi parlait Zarathoustra ». Cette forme rend le livre fascinant et difficile : Nietzsche avertit qu’il faut le lire comme une musique, et qu’il ne sera compris que par peu de lecteurs.

Le Prologue

À 30 ans, Zarathoustra se retire dans la montagne. Après dix ans de solitude, plein de sagesse comme une abeille qui a trop amassé de miel, il décide de redescendre parmi les hommes. Dans la forêt, il rencontre un vieil ermite qui ne sait pas encore que « Dieu est mort ».

Arrivé en ville, sur la place du marché, il annonce : « Je vous enseigne le surhomme. L’homme est quelque chose qui doit être surmonté. » La foule, qui attend un funambule, se moque de lui. Il décrit alors l’opposé du surhomme : le dernier homme, qui ne désire plus rien de grand, cherche seulement le confort et la sécurité. « Nous avons inventé le bonheur, disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil. » La foule réclame : « Donne-nous ce dernier homme ! »

Le funambule tombe et meurt ; Zarathoustra l’emporte. Il comprend qu’il ne doit pas parler à la foule, mais chercher des compagnons, des créateurs.

Première partie (1883)

Les discours exposent les idées principales :

DiscoursThème
« Des trois métamorphoses »L’esprit devient chameau (il porte les valeurs), puis lion (il les détruit : « je veux »), puis enfant (il crée : « un oui sacré »)
« Des contempteurs du corps »Le corps est la « grande raison » ; l’esprit n’en est que l’instrument
« De la nouvelle idole »L’État, « le plus froid de tous les monstres froids »
« Des mouches de la place publique »Fuir la foule et le bruit
« De l’ami »L’ami comme ennemi qui nous fait grandir
« Mille et un buts »Chaque peuple a créé ses tables de valeurs ; l’humanité n’a pas encore de but
« De la vertu qui donne »La générosité de celui qui déborde

Deuxième partie (1883)

Zarathoustra approfondit sa critique : des prêtres, des vertueux, des savants, des poètes, de la pitié. Il annonce la volonté de puissance (« De la victoire sur soi-même ») : « Partout où j’ai trouvé du vivant, j’ai trouvé de la volonté de puissance. » La vie est « ce qui doit toujours se surmonter soi-même ». Il dénonce l’esprit de vengeance et le ressentiment, qui s’en prennent au temps et au passé (« De la rédemption ») : il faut transformer tout « cela fut » en « ainsi l’ai-je voulu ».

Troisième partie (1884)

C’est la partie de l'éternel retour, la « pensée abyssale ». Dans « De la vision et de l’énigme », Zarathoustra rencontre un nain, l’esprit de pesanteur, devant un portique nommé « Instant », où se rejoignent deux chemins infinis : le passé et l’avenir. Tout ce qui peut arriver n’est-il pas déjà arrivé ? Il voit ensuite un jeune berger dans la bouche duquel un serpent s’est glissé ; il lui crie de mordre ; le berger tranche la tête du serpent et se relève, transfiguré, riant.

Dans « Le convalescent », Zarathoustra affronte cette pensée et en tombe malade sept jours. Ses animaux, l’aigle et le serpent, lui chantent : « Tout va, tout revient, la roue de l’être tourne éternellement. » Le plus terrible pour lui est que même l’homme petit, le dernier homme, revient éternellement. La partie se termine par les chants d'affirmation (« Les sept sceaux ») : « Car je t’aime, ô éternité ! »

Quatrième partie (1885)

Zarathoustra, vieilli, reçoit dans sa caverne les hommes supérieurs, qui ont entendu son cri de détresse : deux rois, le dernier pape, le magicien, le plus laid des hommes (le meurtrier de Dieu), le mendiant volontaire, l’ombre, le consciencieux de l’esprit. Ce sont des hommes qui ont perdu leurs anciennes valeurs sans encore en créer de nouvelles. Ils finissent par adorer un âne, parodie de religion. Zarathoustra comprend qu’ils ne sont pas ceux qu’il attendait. Le livre se termine sur un signe : un lion et une nuée de colombes, et Zarathoustra quitte sa caverne « ardent et fort comme un soleil du matin ».

Les notions clés

NotionSens
Mort de DieuEffondrement des valeurs suprêmes de la civilisation occidentale
SurhommeIdéal de l’homme qui crée ses valeurs et affirme la vie
Dernier hommeL’homme du confort et de la médiocrité, figure du nihilisme passif
Volonté de puissanceTendance fondamentale de la vie à croître et à se surmonter
Éternel retourPensée que tout revient éternellement ; épreuve de l’affirmation
Amor fatiAmour du destin, consentement total à ce qui est

Postérité

Le livre a eu un immense succès à partir des années 1890. Richard Strauss en tire un poème symphonique (Ainsi parlait Zarathoustra, 1896), dont l’introduction est devenue célèbre grâce au film 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick (1968). Le livre a été lu par des soldats allemands pendant la Première Guerre mondiale et récupéré par le nazisme, au prix de graves contresens. Il a influencé Rilke, Thomas Mann, Gide, Kazantzakis, Heidegger, Deleuze.

Questions fréquentes

Pourquoi « un livre pour tous et pour personne » ?

Parce que le livre s’adresse à chacun, mais que peu de lecteurs sont capables de le comprendre vraiment et d’en vivre l’enseignement. Le sous-titre exprime la solitude du penseur.

Quel est le message principal de Zarathoustra ?

Que l’homme, après la mort de Dieu, doit se dépasser lui-même en créant de nouvelles valeurs et en affirmant la vie au point de vouloir son éternel retour.

Faut-il lire Zarathoustra pour découvrir Nietzsche ?

Ce n’est pas le plus facile, en raison de son style poétique et symbolique. Beaucoup de lecteurs commencent par Le Gai Savoir, Par-delà bien et mal ou La Généalogie de la morale, plus argumentés, avant d’aborder Zarathoustra.

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