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Philosophie · Œuvres et textes clés

La République de Platon

La République est le dialogue majeur de Platon (vers 375 av. J.-C.). Pour définir la justice, Socrate y construit une cité idéale gouvernée par des philosophes et expose la théorie des Idées.

Mis à jour le 5 min de lecture

La République (en grec Politeia, « le régime politique, la constitution ») est le plus long et le plus célèbre dialogue de Platon, écrit vers 375 av. J.-C., pendant sa période de maturité. Son sous-titre traditionnel est « De la justice ». Socrate y raconte une conversation tenue au Pirée, chez le vieux Céphale, avec notamment Thrasymaque, Glaucon et Adimante (les frères de Platon). Partie de la question « qu’est-ce que la justice ? », la discussion embrasse la politique, l’éducation, la psychologie, la théorie de la connaissance, l’art et le destin de l’âme. L’ouvrage est divisé en dix livres.

Résumé livre par livre

LivreThème principal
IDéfinitions de la justice ; Thrasymaque : la justice est l’intérêt du plus fort
IIAnneau de Gygès ; naissance de la cité ; éducation des gardiens
IIISuite de l’éducation : poésie, musique, gymnastique ; mythe des métaux
IVLes quatre vertus de la cité ; tripartition de l’âme ; définition de la justice
VÉgalité des hommes et des femmes gardiens ; communauté des biens et des enfants ; philosophe-roi
VILe naturel philosophe ; l’Idée du Bien et l’analogie du Soleil ; la ligne divisée
VIIAllégorie de la caverne ; formation des philosophes (mathématiques, dialectique)
VIIIDégénérescence des régimes : timocratie, oligarchie, démocratie, tyrannie
IXL’homme tyrannique ; le juste est plus heureux que l’injuste
XCritique de la poésie imitative ; immortalité de l’âme ; mythe d’Er

Livre I : qu’est-ce que la justice ?

Plusieurs définitions sont réfutées : rendre à chacun ce qu’on lui doit (Céphale), faire du bien à ses amis et du mal à ses ennemis (Polémarque). Le sophiste Thrasymaque soutient que la justice n’est que « l’intérêt du plus fort » : les lois servent ceux qui gouvernent. Socrate le réfute, mais le livre se termine sans définition.

Livres II à IV : la cité juste et l’âme juste

Glaucon relance le débat avec le mythe de l’anneau de Gygès : un berger trouve un anneau qui le rend invisible, et en profite pour séduire la reine et prendre le pouvoir. Personne, selon Glaucon, ne serait juste s’il était sûr de l’impunité. Pour répondre, Socrate propose d’observer la justice « en grand », dans une cité, avant de la chercher dans l’âme individuelle.

La cité naît des besoins et de la division du travail. Elle comprend trois classes :

Classe de la citéPartie de l’âmeVertu
Gouvernants (philosophes)Raison (logistikon)Sagesse
Gardiens (guerriers)Cœur, ardeur (thumoeides)Courage
Producteurs (artisans, paysans)Désir (epithumètikon)Tempérance (partagée par tous)

La justice est la quatrième vertu : elle consiste à ce que chaque partie fasse sa propre tâche. Dans l’âme comme dans la cité, l’injustice est un désordre où le désir commande à la raison. Le mythe des métaux (livre III), « noble mensonge », justifie cette hiérarchie : les dieux auraient mêlé de l’or aux gouvernants, de l’argent aux gardiens, du fer et du bronze aux producteurs.

Livres V à VII : le philosophe-roi

Socrate affronte trois « vagues » de paradoxes : les femmes peuvent être gardiennes au même titre que les hommes ; les gardiens n’ont ni famille ni propriété privée ; et surtout, il faut que les philosophes gouvernent. Les maux des cités ne cesseront pas tant que les philosophes ne seront pas rois, ou que les rois ne deviendront pas philosophes.

Pourquoi les philosophes ? Parce qu’eux seuls connaissent ce qui est, et non ce qui paraît. Les livres VI et VII développent la théorie de la connaissance :

  • L’analogie du Soleil : le Bien est au monde intelligible ce que le Soleil est au monde visible.
  • La ligne divisée : quatre degrés de connaissance, de l’image à l’intellection des Idées.
  • L'allégorie de la caverne : les hommes prennent des ombres pour la réalité ; l’éducation est une conversion du regard.

La formation des gouvernants dure jusqu’à cinquante ans : arithmétique, géométrie, astronomie, harmonie, puis dialectique, la science suprême.

Livres VIII et IX : la décadence des régimes

Platon décrit la dégradation de la cité idéale (aristocratie, gouvernement des meilleurs) en quatre régimes de plus en plus mauvais, chacun correspondant à un type d’homme :

  1. Timocratie : gouvernement de l’honneur (modèle : Sparte).
  2. Oligarchie : gouvernement des riches.
  3. Démocratie : règne de la liberté et de l’égalité, où tous les désirs se valent.
  4. Tyrannie : née de l’excès de liberté démocratique, elle soumet tout au désir d’un seul.

Le tyran, esclave de ses passions, est le plus malheureux des hommes : le juste est donc plus heureux que l’injuste, ce qui répond à Glaucon.

Livre X : la poésie et le mythe d’Er

Platon condamne la poésie imitative : l’artiste imite les choses sensibles, qui sont elles-mêmes des copies des Idées. Il est donc « au troisième rang » par rapport à la vérité, et il flatte les passions. Le livre se termine par le mythe d’Er, soldat mort au combat qui revient à la vie et raconte le jugement des âmes et le choix de leur vie suivante : chacun est responsable de son choix, « le dieu est hors de cause ».

Débats et postérité

  • Utopie ou programme ? La cité de Platon est souvent lue comme la première utopie politique. Aristote, dans la Politique, critique la communauté des biens et des familles.
  • Accusation de totalitarisme : Karl Popper, dans La Société ouverte et ses ennemis (1945), voit en Platon un ennemi de la société ouverte (voir Karl Popper).
  • Égalité des sexes : le livre V est l’un des premiers textes à admettre que les femmes peuvent exercer les plus hautes fonctions.
  • Éducation : Rousseau, dans l'Émile, la considère comme « le plus beau traité d’éducation qu’on ait jamais fait ».

Questions fréquentes

Quelle est la définition de la justice dans La République ?

La justice est l’ordre dans lequel chaque partie remplit sa fonction propre : dans la cité, chaque classe fait sa tâche ; dans l’âme, la raison gouverne, le cœur la soutient et le désir obéit.

Qui sont les personnages de La République ?

Socrate, le narrateur ; Céphale et son fils Polémarque ; le sophiste Thrasymaque ; Glaucon et Adimante, frères de Platon, qui sont les principaux interlocuteurs à partir du livre II.

Quels livres de La République lire en priorité ?

Le livre I (la discussion avec Thrasymaque), le début du livre II (l’anneau de Gygès), le livre IV (la justice) et les livres VI et VII (la ligne et la caverne).

Pourquoi Platon veut-il chasser les poètes de la cité ?

Parce que la poésie imitative s’adresse aux passions plutôt qu’à la raison et donne des images éloignées de la vérité. Il admet toutefois les hymnes aux dieux et les éloges des hommes vertueux.

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