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Philosophie · Œuvres et textes clés

Cogito ergo sum (« Je pense, donc je suis »)

« Cogito ergo sum » signifie « Je pense, donc je suis ». Par cette formule, Descartes établit la première vérité certaine : même si je doute de tout, je ne peux pas douter que j’existe pendant que je pense.

Mis à jour le 4 min de lecture

« Je pense, donc je suis » est la phrase la plus célèbre de la philosophie française. René Descartes l’écrit d’abord en français, dans la quatrième partie du Discours de la méthode (1637). La version latine « ego cogito, ergo sum » apparaît dans les Principes de la philosophie (1644, I, 7) ; la forme abrégée « cogito ergo sum » est devenue l’usage courant. Le mot cogito (« je pense ») désigne depuis, par extension, l’expérience même de la conscience de soi.

Les textes exacts

OuvrageDateFormule
Discours de la méthode, IV1637« je pense, donc je suis »
Méditations métaphysiques, II1641 (latin), 1647 (français)« Je suis, j’existe » (ego sum, ego existo)
Principes de la philosophie, I, 71644 (latin)« ego cogito, ergo sum »

Le passage du Discours dit : « je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi, qui le pensais, fusse quelque chose. Et remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n’étaient pas capables de l’ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir, sans scrupule, pour le premier principe de la philosophie que je cherchais. »

Fait notable : la formule « je pense, donc je suis » n’apparaît pas dans les Méditations, qui disent seulement « je suis, j’existe », vrai « toutes les fois que je le prononce, ou que je le conçois en mon esprit ».

Le raisonnement, étape par étape

  1. Je doute de tout ce qui peut être mis en doute : les sens, le monde, mon corps, les mathématiques (hypothèse du malin génie).
  2. Douter, c’est penser. Si je doute, je pense ; si je suis trompé, c’est que je pense quelque chose de faux.
  3. Pour penser, il faut être. Le malin génie ne peut jamais faire que je ne sois rien pendant que je pense être quelque chose.
  4. Donc je suis, au moins tant que je pense.
  5. Ce que je suis : « une chose qui pense », un esprit, dont l’existence est connue avant et indépendamment de celle du corps.

Le doute, poussé à l’extrême, se retourne ainsi en certitude : plus je doute, plus je suis assuré d’exister.

Raisonnement ou intuition ?

Le « donc » laisse penser à un syllogisme : « tout ce qui pense est ; or je pense ; donc je suis ». Descartes le refuse dans ses réponses aux secondes objections : le cogito n’est pas déduit d’une majeure générale, il est connu « par une simple inspection de l’esprit ». C’est une intuition, où pensée et existence sont saisies ensemble, dans l’acte même de penser. C’est pourquoi la vérité vaut « toutes les fois » que je la pense, au présent et à la première personne.

Ce que « penser » veut dire

Chez Descartes, penser ne se limite pas à raisonner. La pensée désigne tout ce qui se passe en nous et dont nous avons immédiatement conscience : douter, comprendre, affirmer, nier, vouloir, imaginer, sentir. « Je pense » équivaut donc à « j’ai conscience ». C’est l’origine de la notion moderne de conscience.

Les objections au cogito

AuteurObjection
Gassendi (Cinquièmes objections, 1641)On pourrait aussi bien dire « je me promène, donc je suis » ; Descartes répond que seule la pensée de se promener est certaine
Hobbes (Troisièmes objections)De « je pense », on ne peut conclure que le sujet pensant est un esprit plutôt qu’un corps
Lichtenberg (XVIIIe siècle)Il faudrait dire « ça pense », comme on dit « il tonne » : rien ne prouve un sujet
Nietzsche (Par-delà bien et mal, 1886)Le « je » est une croyance grammaticale, pas une certitude immédiate
FreudLa conscience ne connaît pas tout ce qui se passe dans le psychisme : l’inconscient échappe au cogito

Antécédents et postérité

Saint Augustin avait déjà formulé contre les sceptiques un argument proche : « si fallor, sum », « si je me trompe, je suis » (La Cité de Dieu, XI, 26). Arnauld le signale à Descartes, qui répond que l’usage qu’il en fait est différent : chez lui, le cogito fonde tout le savoir.

Après Descartes, le cogito devient le point de départ de la philosophie du sujet : Kant parle du « je pense » qui doit pouvoir accompagner toutes mes représentations ; Husserl, dans les Méditations cartésiennes (1931), en fait le point de départ de la phénoménologie ; Sartre parle d’un « cogito préréflexif ». Il est aussi critiqué par les « philosophes du soupçon » (Nietzsche, Marx, Freud), pour qui la conscience ne sait pas tout d’elle-même.

Questions fréquentes

Que veut dire « cogito ergo sum » ?

« Je pense, donc je suis. » Le fait même de penser, et même de douter, prouve que celui qui pense existe.

Dans quel livre Descartes écrit-il « je pense, donc je suis » ?

Dans le Discours de la méthode (1637), quatrième partie. La version latine figure dans les Principes de la philosophie (1644). Les Méditations métaphysiques (1641) disent « je suis, j’existe ».

Le cogito prouve-t-il que j’ai un corps ?

Non. Il prouve seulement que j’existe comme chose qui pense. L’existence du corps n’est établie qu’à la sixième Méditation, après la preuve de l’existence de Dieu.

Peut-on douter du cogito ?

Pour Descartes, non : douter est encore penser. Ses critiques contestent moins la certitude de la pensée que la conclusion qu’elle serait celle d’un « moi » substantiel et transparent à lui-même.

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