Philosophie · Œuvres et textes clés
Apologie de Socrate
L’Apologie de Socrate est le texte où Platon rapporte le discours de défense de Socrate à son procès, en 399 av. J.-C. Socrate y justifie une vie consacrée à l’examen et refuse de renoncer à philosopher.
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L'Apologie de Socrate est l’un des premiers écrits de Platon, probablement rédigé dans les années qui suivent le procès de 399 av. J.-C. Le mot apologie vient du grec apologia, « plaidoirie, discours de défense » : il ne s’agit pas d’un éloge. À la différence des autres œuvres de Platon, ce n’est presque pas un dialogue, mais un discours continu prononcé par Socrate devant le tribunal athénien. Platon, qui était présent, ne prétend pas en donner un compte rendu sténographique : il en offre une reconstruction fidèle à l’esprit de son maître. C’est le texte de référence pour connaître la figure de Socrate et le meilleur point d’entrée dans la philosophie platonicienne.
Le contexte du procès
En 399 av. J.-C., Athènes sort de la guerre du Péloponnèse (perdue en 404) et du régime des Trente Tyrans (404-403), dont certains membres, comme Critias, avaient fréquenté Socrate. La démocratie restaurée se méfie de ce philosophe qui questionne tout. Trois citoyens l’accusent : Mélétos, un jeune poète, Anytos, homme politique influent, et Lycon, un orateur.
Le procès se déroule devant un tribunal populaire d’environ 500 citoyens tirés au sort. Selon le texte, Socrate est reconnu coupable à une faible majorité : il aurait été acquitté si trente voix seulement avaient changé de camp.
Plan du texte
| Partie | Contenu |
|---|---|
| 1. Discours de défense (17a-35d) | Réponse aux anciennes accusations, puis aux nouvelles ; récit de l’oracle ; justification de sa mission |
| 2. Après le verdict de culpabilité (35e-38b) | Proposition d’une contre-peine |
| 3. Après la condamnation à mort (38c-42a) | Adresse aux juges qui l’ont condamné, puis à ceux qui l’ont acquitté |
La défense de Socrate
Les « anciens accusateurs »
Socrate distingue deux séries d’accusations. Les plus dangereuses ne sont pas celles de Mélétos, mais les calomnies répandues depuis longtemps, notamment par la comédie d’Aristophane, Les Nuées (423 av. J.-C.) : il serait un savant qui étudie les choses célestes et un sophiste qui rend fort le raisonnement faible. Socrate répond qu’il ne s’occupe pas de physique et qu’il ne se fait pas payer, à la différence des sophistes.
L’oracle de Delphes
Pour expliquer sa réputation, Socrate raconte que son ami Chéréphon a demandé à l’oracle de Delphes s’il existait un homme plus sage que Socrate. La Pythie a répondu que non. Étonné, car il a conscience de ne rien savoir, Socrate interroge ceux qui passent pour savants : hommes politiques, poètes, artisans. Il découvre qu’ils croient savoir ce qu’ils ne savent pas. Sa supériorité tient à une seule chose : il sait qu’il ne sait pas. C’est l’origine de la formule « Je sais que je ne sais rien », qui résume, sans le citer littéralement, ce passage (21d).
La réfutation de Mélétos
Socrate interroge Mélétos et le met en contradiction : comment pourrait-il à la fois ne croire à aucun dieu et introduire des divinités nouvelles ? Et comment corromprait-il volontairement les jeunes gens avec qui il doit vivre, au risque d’en subir lui-même le mal ?
La mission philosophique
Socrate se compare à un taon attaché à un cheval grand et noble mais un peu lent, la cité, qu’il a pour mission d’éveiller. Il invoque aussi son démon (daimonion), une voix intérieure qui, depuis l’enfance, le détourne de ce qu’il ne doit pas faire. Il déclare qu’il n’abandonnera pas la philosophie, même si on lui offrait l’acquittement à cette condition : il continuera d’exhorter chacun à prendre soin de son âme plutôt que de ses richesses et de sa réputation.
La contre-peine et la condamnation
Selon l’usage, l’accusé propose sa propre peine. Socrate, avec ironie, propose d’abord d’être nourri au Prytanée, honneur réservé aux bienfaiteurs de la cité, puis une amende modeste, portée à trente mines grâce à ses amis (dont Platon). Il refuse l’exil et refuse de se taire, car « une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue » (38a). Il est condamné à mort, à une majorité plus large qu’au premier vote.
Les dernières paroles
Aux juges qui l’ont condamné, il prédit que d’autres viendront leur demander des comptes. À ceux qui l’ont acquitté, il explique que la mort n’est pas à craindre : soit elle est un sommeil sans rêve, soit elle est un passage vers un autre lieu où il pourra converser avec les héros du passé. La dernière phrase est restée célèbre : voici l’heure de partir, lui pour mourir, eux pour vivre ; lequel des deux a le meilleur sort, nul ne le sait, sinon le dieu (42a, formulation variable selon les traductions).
Ce que le texte enseigne
- Une théorie du savoir : la conscience de son ignorance est la condition de la recherche. Le premier obstacle à la connaissance n’est pas l’ignorance, mais l’illusion de savoir (voir la vérité).
- Une éthique : il vaut mieux subir l’injustice que la commettre ; le soin de l’âme passe avant tout.
- Un conflit politique : le philosophe dérange la cité. Platon reprendra ce thème dans l'allégorie de la caverne, où celui qui revient libérer les prisonniers risque d’être tué.
Le récit se prolonge dans le Criton (Socrate refuse de s’évader de prison par respect des lois) et le Phédon (son dernier jour et sa mort par la ciguë).
Questions fréquentes
Que signifie le mot apologie dans « Apologie de Socrate » ?
Il vient du grec apologia, « discours de défense ». Le titre désigne la plaidoirie de Socrate devant ses juges, et non un éloge.
De quoi Socrate est-il accusé ?
D’impiété (ne pas reconnaître les dieux de la cité et en introduire de nouveaux) et de corruption de la jeunesse.
Socrate a-t-il vraiment dit « je sais que je ne sais rien » ?
Pas sous cette forme exacte. Dans l'Apologie (21d), il dit qu’il a sur les autres l’avantage de ne pas croire savoir ce qu’il ne sait pas. La formule courante en est un résumé.
Existe-t-il une autre Apologie de Socrate ?
Oui, celle de Xénophon, plus courte, qui présente un Socrate moins ironique et explique son attitude par le désir d’échapper aux maux de la vieillesse.