Langue française · Grammaire et conjugaison
Le ne explétif
Le ne explétif est un ne sans valeur négative et facultatif, employé dans la langue soutenue après craindre que, éviter que, avant que, à moins que ou une comparaison.
Mis à jour le 3 min de lecture
Dans Je crains qu’il ne pleuve, le ne ne nie rien : je crains qu’il pleuve. Ce ne est dit explétif (du latin explere, « remplir »), car il n’ajoute pas de sens logique à la phrase. Il est toujours facultatif et appartient à la langue soutenue.
Après les verbes de crainte
Craindre que, avoir peur que, redouter que, trembler que, appréhender que :
- Je crains qu’il ne soit trop tard.
- Elle a peur que tu ne te perdes.
- Nous redoutons qu’il ne neige.
Ces verbes sont suivis du subjonctif. Le ne est fréquent à l’affirmative, rare à la négative (je ne crains pas qu’il vienne).
Après les verbes d’empêchement et de précaution
Empêcher que, éviter que, prendre garde que :
- Évitez qu’il ne se blesse.
- Ferme la porte pour empêcher que le chat ne sorte.
Après les verbes de doute et de négation, à la forme négative
Douter que, nier que, disconvenir que employés négativement ou interrogativement :
- Je ne doute pas qu’il ne réussisse.
- Niez-vous qu’il ne soit coupable ?
Cet emploi est aujourd’hui très littéraire.
Après certaines conjonctions
| Conjonction | Exemple | Remarque |
|---|---|---|
| avant que | Partons avant qu’il ne pleuve. | fréquent, facultatif |
| à moins que | Je viendrai, à moins qu’il ne neige. | fréquent, facultatif |
| de peur que, de crainte que | Il se cache de peur qu’on ne le voie. | fréquent |
| sans que | Il est sorti sans qu’on le voie. | ne explétif déconseillé |
Dans les comparaisons d’inégalité
Après plus… que, moins… que, autre… que, meilleur… que, pire… que, mieux… que, suivis d’un verbe à l’indicatif :
- Il est plus intelligent que je ne le pensais.
- C’est moins difficile qu’on ne le dit.
- La situation est autre qu’il ne l’imaginait.
Pas de ne après une comparaison d’égalité : Il est aussi grand que je le pensais.
Après « il s’en faut que », « peu s’en faut que »
Peu s’en fallut qu’il ne tombe. Emploi littéraire.
Faut-il l’employer ?
Le ne explétif n’est jamais obligatoire. Il signale un registre soutenu ; son absence n’est pas une faute :
- Avant qu’il parte : correct, courant.
- Avant qu’il ne parte : correct, soutenu.
Il est en revanche fautif de le remplacer par une vraie négation : « avant qu’il ne parte pas » dit le contraire de ce que l’on veut dire. Voir les registres de langue.
Le ne employé seul, à valeur négative
À ne pas confondre avec le ne explétif : dans la langue soutenue, ne peut exprimer seul une vraie négation avec quelques verbes, pas étant omis :
- Je ne sais que faire. (je ne sais pas)
- Je n'ose le dire.
- Il ne cesse de pleuvoir.
- Je ne puis accepter.
- Si je ne me trompe…
- Il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre.
Ici, le ne a bien un sens négatif. Pour la forme négative en général, voir les types et formes de phrases.
Mini exercice corrigé
Ne explétif ou négation ?
- Je crains qu’il ne soit malade. → explétif (je crains qu’il soit malade)
- Je crains qu’il ne soit pas malade. → négation
- Elle est plus âgée qu’elle ne paraît. → explétif
- Je ne saurais vous dire. → négation (je ne peux pas vous dire)
- Viens avant qu’il ne fasse nuit. → explétif
Questions fréquentes
Doit-on dire « avant qu’il ne parte » ou « avant qu’il parte » ?
Les deux sont corrects. Le ne explétif ajoute une nuance soutenue, sans changer le sens.
Pourquoi « sans que ne » est-il critiqué ?
Parce que sans que exprime déjà l’absence : ajouter ne crée une négation redondante. L’usage soigné l’évite.
Le ne explétif existe-t-il dans d’autres langues ?
On trouve des phénomènes comparables en italien et en espagnol ; ils viennent d’une construction latine (timeo ne, « je crains que »), où ne introduisait la chose redoutée.