Psychologie · Fonctionnement de l’esprit
Les types d’intelligence
La psychologie distingue plusieurs capacités intellectuelles, toutes corrélées entre elles : c’est le facteur g. Les « intelligences multiples » de Gardner, très populaires, sont peu soutenues par les données.
Mis à jour le 5 min de lecture
Il n’existe pas de définition unique de l'intelligence, mais la plupart des chercheurs s’accordent sur une formule large : la capacité à raisonner, résoudre des problèmes, comprendre des idées complexes, apprendre rapidement et tirer parti de l’expérience. La question de savoir s’il existe une ou plusieurs intelligences oppose depuis un siècle deux visions. La recherche montre qu’il existe bien des capacités distinctes, mais qu’elles sont toutes liées par un facteur commun ; les théories qui découpent l’intelligence en modules indépendants, comme celle des intelligences multiples, manquent de preuves.
Le facteur g : une intelligence générale
En 1904, le psychologue britannique Charles Spearman constate que les élèves qui réussissent bien dans une matière ont tendance à réussir dans les autres. Statistiquement, toutes les épreuves cognitives sont positivement corrélées. Il en déduit l’existence d’un facteur général d’intelligence, le facteur g, auquel s’ajoutent des aptitudes spécifiques.
Ce constat, appelé « variété positive » (positive manifold), est l’un des résultats les plus reproduits de la psychologie : il se retrouve dans toutes les batteries de tests, dans de nombreux pays.
Le modèle CHC : une hiérarchie de capacités
Le modèle aujourd’hui dominant est le modèle Cattell-Horn-Carroll (CHC), issu des travaux de Raymond Cattell, John Horn et de la vaste synthèse de John Carroll (1993). Il organise l’intelligence en trois niveaux : le facteur g au sommet, une dizaine de grandes capacités au milieu, de nombreuses aptitudes spécifiques à la base.
| Grande capacité | Description |
|---|---|
| Intelligence fluide (Gf) | Raisonner face à des problèmes nouveaux, indépendamment des connaissances |
| Intelligence cristallisée (Gc) | Connaissances et vocabulaire acquis par l’expérience et la culture |
| Mémoire de travail (Gwm) | Maintenir et manipuler des informations à court terme |
| Mémoire à long terme et récupération (Gl, Gr) | Stocker et retrouver efficacement des informations |
| Traitement visuo-spatial (Gv) | Se représenter et manipuler des formes dans l’espace |
| Traitement auditif (Ga) | Analyser les sons, notamment ceux du langage |
| Vitesse de traitement (Gs) | Effectuer rapidement des tâches simples |
| Aptitudes quantitatives (Gq) | Connaissances et raisonnement mathématiques |
La distinction fluide/cristallisée est particulièrement utile : l’intelligence fluide culmine chez le jeune adulte puis décline progressivement, tandis que l’intelligence cristallisée continue souvent de progresser jusqu’à un âge avancé.
Le QI : ce qu’il mesure
Les premiers tests d’intelligence sont créés en 1905 par Alfred Binet et Théodore Simon, en France, pour repérer les enfants ayant besoin d’un enseignement adapté. Le psychologue allemand William Stern propose en 1912 la notion de quotient intellectuel. Les tests modernes, comme les échelles de Wechsler (WISC pour les enfants, WAIS pour les adultes), situent une personne par rapport à sa classe d’âge :
| QI | Proportion de la population (environ) |
|---|---|
| 130 et plus | 2 % |
| 115 à 130 | 14 % |
| 85 à 115 | 68 % |
| 70 à 85 | 14 % |
| Moins de 70 | 2 % |
La moyenne est fixée à 100 et l’écart-type à 15. Le QI est l’un des meilleurs prédicteurs connus de la réussite scolaire et, dans une moindre mesure, professionnelle. Il ne mesure pas la créativité, la sagesse, les compétences sociales ou la motivation.
Les intelligences multiples de Gardner
En 1983, dans Frames of Mind (Les Formes de l’intelligence), le psychologue Howard Gardner propose qu’il n’existe pas une intelligence mais plusieurs, relativement indépendantes :
| Intelligence | Exemple de domaine |
|---|---|
| Linguistique | Écrivains, orateurs |
| Logico-mathématique | Scientifiques, mathématiciens |
| Spatiale | Architectes, navigateurs |
| Musicale | Musiciens, compositeurs |
| Corporelle-kinesthésique | Danseurs, sportifs, artisans |
| Interpersonnelle | Comprendre les autres |
| Intrapersonnelle | Se comprendre soi-même |
| Naturaliste (ajoutée dans les années 1990) | Classer et reconnaître les espèces |
Gardner a aussi évoqué une possible intelligence existentielle, sans l’intégrer pleinement.
Pourquoi la théorie est critiquée
- Peu de validation empirique : Gardner n’a pas proposé de tests pour mesurer ces intelligences, et les tentatives de mesure montrent qu’elles sont corrélées entre elles, ce qui contredit l’idée de modules indépendants et confirme plutôt l’existence d’un facteur g.
- Une confusion entre intelligence et talent : les capacités musicales ou sportives sont réelles, mais les appeler « intelligences » relève d’un choix de vocabulaire plus que d’une découverte.
- Des applications scolaires non démontrées : enseigner selon l'« intelligence dominante » des élèves n’a pas montré d’effet positif, de même que l’adaptation aux « styles d’apprentissage » (voir apprendre efficacement). Gardner lui-même a pris ses distances avec cette confusion.
Le succès de la théorie tient à son message bienveillant — chacun est intelligent à sa façon — et à son utilité pour valoriser des compétences négligées par l’école. Mais c’est un cadre de réflexion pédagogique, pas un modèle scientifique validé de l’intelligence.
D’autres théories
- La théorie triarchique de Robert Sternberg (1985) distingue l’intelligence analytique, créative et pratique. Elle a inspiré des recherches, mais la séparation de ces composantes et leur indépendance vis-à-vis de g restent discutées.
- L'intelligence émotionnelle (Salovey et Mayer, 1990) : la capacité à percevoir et réguler les émotions. Mesurée comme une aptitude, elle est modérément liée au QI.
Hérédité et environnement
Les études de jumeaux et d’adoption estiment l’héritabilité du QI à environ 50 % à l’âge adulte, moins chez l’enfant. Cela ne signifie pas que l’intelligence est fixée : l’héritabilité décrit des différences dans une population donnée, et l’environnement — scolarisation, nutrition, stimulation, santé — a des effets mesurables. Chaque année de scolarité supplémentaire est associée, selon une méta-analyse de 2018, à un gain de un à cinq points de QI.
Questions fréquentes
Combien existe-t-il de types d’intelligence ?
Cela dépend du modèle. Le modèle scientifique dominant (CHC) décrit une intelligence générale et une dizaine de grandes capacités. La théorie de Gardner en propose huit, mais elle est peu soutenue par les données.
Les intelligences multiples sont-elles scientifiques ?
Elles sont peu validées empiriquement : les « intelligences » proposées ne sont pas indépendantes les unes des autres, et la théorie n’a pas donné lieu à des mesures fiables. Elle reste influente en pédagogie.
Le QI mesure-t-il toute l’intelligence ?
Non. Il mesure bien le raisonnement, la mémoire de travail, la vitesse de traitement et les connaissances verbales, mais pas la créativité, la sagesse pratique, les compétences sociales ou la motivation.
Peut-on augmenter son intelligence ?
L’éducation augmente les scores de QI, et l’intelligence cristallisée progresse avec l’apprentissage. L’entraînement cérébral sur des jeux, en revanche, n’améliore pas durablement l’intelligence générale.