Psychologie · Fonctionnement de l’esprit
L’effet placebo
L’effet placebo est l’amélioration due au contexte du soin et aux attentes, non au principe actif d’un traitement. Réel sur la douleur, il ne guérit ni infections ni tumeurs.
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Le mot placebo est la forme latine de « je plairai ». Il désignait au Moyen Âge les pleureuses payées pour chanter aux funérailles les vêpres des morts, qui commencent par Placebo Domino, puis, à partir du XVIIIe siècle, un remède donné pour faire plaisir au patient plutôt que pour le soigner. Aujourd’hui, l'effet placebo est un objet de recherche à part entière, et le placebo est l’outil indispensable des essais cliniques.
Pourquoi on se sent mieux après un placebo
L’amélioration observée dans un groupe placebo n’est pas entièrement un « vrai » effet placebo. Elle mêle plusieurs phénomènes :
| Phénomène | Explication |
|---|---|
| Évolution naturelle | Beaucoup de maux (rhume, mal de dos) guérissent d’eux-mêmes |
| Régression à la moyenne | On consulte quand les symptômes sont au pire : ils ont tendance à diminuer ensuite, quoi qu’on fasse |
| Biais de réponse | On rapporte une amélioration pour faire plaisir au soignant ou parce qu’on l’espère |
| Effet placebo proprement dit | Changement réel de la perception des symptômes sous l’effet des attentes et du conditionnement |
C’est pourquoi les études les plus rigoureuses comparent un groupe placebo à un groupe sans aucun traitement.
Les mécanismes
- Les attentes : croire qu’un traitement va agir modifie la façon dont le cerveau traite la douleur ou l’inconfort.
- Le conditionnement : si l’on a souvent été soulagé par un comprimé, le geste de prendre un comprimé peut à lui seul déclencher une réponse apprise.
- Des mécanismes biologiques : en 1978, Jon Levine et ses collègues ont montré que la naloxone, qui bloque les opioïdes, supprimait l’effet antidouleur d’un placebo chez des patients opérés des dents. Le placebo peut donc mobiliser les endorphines naturelles. D’autres études impliquent la dopamine, notamment dans la maladie de Parkinson.
Le contexte compte : un comprimé coûteux, une injection, une couleur ou un nom de marque augmentent l’effet dans certaines études.
Sur quoi le placebo agit-il vraiment ?
En 2001 puis 2010, les chercheurs danois Asbjørn Hróbjartsson et Peter Gøtzsche ont analysé des centaines d’essais qui comparaient placebo et absence de traitement. Leurs conclusions :
- effet modeste mais réel sur les symptômes subjectifs : douleur, nausée, fatigue, certains troubles fonctionnels ;
- pas d’effet notable sur les mesures objectives : tension artérielle, taux sanguins, taille d’une tumeur, infections.
L’estimation, souvent citée, selon laquelle un tiers des patients répondraient au placebo vient d’un article d’Henry Beecher de 1955, The Powerful Placebo, dont la méthode a été très critiquée : il ne distinguait pas l’effet placebo de l’évolution naturelle.
L’effet nocebo
C’est l’inverse : des attentes négatives provoquent des symptômes désagréables. Dans les essais cliniques, des participants qui reçoivent un placebo rapportent souvent les effets indésirables décrits dans la notice (maux de tête, nausées, fatigue). Lire la liste des effets secondaires d’un médicament peut suffire à les ressentir davantage. Ce phénomène explique en partie les plaintes associées à certains traitements bien tolérés en double aveugle.
Le placebo ouvert
En 2010, Ted Kaptchuk et ses collègues de Harvard ont donné à des patients atteints du syndrome de l’intestin irritable des comprimés en leur disant clairement qu’il s’agissait de placebos sans principe actif. Ces patients ont rapporté une amélioration plus importante que le groupe sans traitement. Des résultats similaires ont été obtenus pour certaines douleurs chroniques. Ces études restent petites, mais elles suggèrent que le rituel du soin compte, même sans tromperie.
Le placebo dans les essais cliniques
Pour savoir si un médicament agit, on le compare à un placebo d’apparence identique, dans un essai randomisé en double aveugle : ni le patient ni le médecin ne savent qui reçoit quoi (voir méthode scientifique). Seule la différence entre les deux groupes est attribuée au médicament. C’est ce dispositif qui a permis de montrer que de nombreux traitements populaires n’ont pas d’effet au-delà du placebo, comme l’homéopathie selon les grandes synthèses scientifiques.
Questions fréquentes
Un médecin peut-il prescrire un placebo ?
Prescrire un placebo en trompant le patient pose un problème éthique de consentement. La relation de soin, l’écoute et les explications, qui renforcent l’effet du contexte, sont en revanche des leviers légitimes.
L’effet placebo prouve-t-il que « tout est dans la tête » ?
Non. Il montre que le cerveau module la perception des symptômes, notamment la douleur. Les douleurs soulagées par un placebo ne sont pas imaginaires.
L’effet placebo marche-t-il chez les animaux ?
Des réponses conditionnées existent chez l’animal. Chez les animaux de compagnie, une part de l'« effet placebo » vient surtout de l’observation biaisée des propriétaires, qui jugent l’animal amélioré.