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Psychologie · Connaissance de soi

L’intelligence émotionnelle

L’intelligence émotionnelle est la capacité à percevoir, comprendre, utiliser et réguler ses émotions et celles des autres. Utile, elle a pourtant été très survendue depuis les années 1990.

Mis à jour le 4 min de lecture

L'intelligence émotionnelle (IE) désigne la capacité à reconnaître ses émotions et celles d’autrui, à les comprendre et à s’en servir pour guider sa pensée et son comportement. Le concept a été formulé scientifiquement en 1990, puis popularisé en 1995 par un best-seller qui lui prêtait un pouvoir prédictif supérieur au QI. La recherche confirme qu’il s’agit d’une compétence réelle et utile, mais beaucoup moins déterminante que ne le promettait la vulgarisation.

Origine du concept

AnnéeÉtape
1983Howard Gardner propose des intelligences « intrapersonnelle » et « interpersonnelle » (voir types d’intelligence)
1990Peter Salovey et John Mayer publient la première définition scientifique de l’intelligence émotionnelle
1995Daniel Goleman, journaliste scientifique, publie Emotional Intelligence (L’Intelligence émotionnelle, traduction française 1997), succès mondial
Années 2000Développement de tests : MSCEIT (aptitude), EQ-i de Reuven Bar-On, TEIQue de K. V. Petrides (traits)

Les quatre branches du modèle de Mayer et Salovey

Dans sa version révisée de 1997, le modèle distingue quatre capacités, des plus simples aux plus élaborées.

BrancheCapacitéExemple
1. PercevoirIdentifier les émotions sur les visages, la voix, en soiRemarquer la déception d’un collègue malgré son sourire
2. UtiliserMobiliser l’émotion adaptée à la tâcheProfiter d’une bonne humeur pour un travail créatif
3. ComprendreConnaître les causes et l’évolution des émotionsSavoir que l’agacement peut se transformer en colère
4. RégulerGérer ses émotions et influer sur celles d’autruiSe calmer avant de répondre à un courriel blessant

Le modèle de Goleman

Goleman élargit la notion à cinq domaines : conscience de soi, maîtrise de soi, motivation, empathie et aptitudes sociales. Ce modèle « mixte » mélange des capacités émotionnelles et des traits de personnalité ou des compétences professionnelles. Il est très utilisé en entreprise et en formation, mais critiqué par les chercheurs pour son caractère trop englobant.

Ce que dit la recherche

Ce qui est établi

  • L’IE mesurée comme une aptitude (test MSCEIT, avec des bonnes et des mauvaises réponses) est modérément corrélée au QI et se distingue en partie des traits de personnalité.
  • Elle est associée, modestement, à de meilleures relations sociales, au bien-être et à certaines performances professionnelles, notamment dans les métiers à forte charge émotionnelle (soin, relation client).
  • La régulation émotionnelle et la granularité émotionnelle (nommer finement ses émotions) sont liées à une meilleure santé mentale.

Ce qui a été exagéré

  • « L’IE compte deux fois plus que le QI » : cette affirmation de la vulgarisation n’est pas soutenue par les données. L’intelligence générale reste l’un des meilleurs prédicteurs de la réussite scolaire et professionnelle.
  • Les questionnaires d’auto-évaluation (« je comprends facilement les émotions des autres ») mesurent surtout la perception que l’on a de soi et recoupent fortement les Big Five, en particulier l’agréabilité et la stabilité émotionnelle.
  • L’IE n’est pas toujours vertueuse : comprendre les émotions d’autrui peut aussi servir à manipuler.

Comment développer son intelligence émotionnelle

Les programmes d’apprentissage socio-émotionnel à l’école et certaines formations pour adultes montrent des effets positifs modestes. Les pratiques suivantes sont les plus concrètes :

  1. Nommer précisément ses émotions plusieurs fois par jour : « frustré » plutôt que « mal ». Une roue des émotions peut aider.
  2. Repérer ses déclencheurs : noter les situations qui provoquent des réactions fortes (voir exercices de connaissance de soi).
  3. Mettre une pause entre l’émotion et l’action : respirer, différer une réponse écrite.
  4. Réévaluer la situation : chercher d’autres interprétations possibles. La réévaluation cognitive est l’une des stratégies de régulation les mieux étudiées et les plus efficaces, alors que la suppression (cacher son émotion) a des coûts.
  5. Pratiquer l'écoute active : reformuler ce que l’autre ressent avant de répondre.
  6. Exprimer ses besoins sans accuser, par exemple avec la communication non violente.

Intelligence émotionnelle et empathie

L’empathie — percevoir et partager l’état émotionnel d’autrui — est une composante de l’IE, mais pas sa totalité. On distingue l'empathie cognitive (comprendre ce que l’autre ressent) et l'empathie affective (le ressentir avec lui). Une empathie affective très forte, sans régulation, peut conduire à l’épuisement, en particulier chez les soignants.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre QI et QE ?

Le QI mesure l’intelligence générale (raisonnement, mémoire de travail, vocabulaire). Le « QE », expression popularisée par la vulgarisation, désigne l’intelligence émotionnelle ; il n’existe pas de quotient émotionnel standardisé comparable au QI.

Peut-on tester son intelligence émotionnelle en ligne ?

Les tests gratuits en ligne sont presque tous des questionnaires d’auto-évaluation, sans validation. Le test de référence en recherche, le MSCEIT, est un test payant administré par des professionnels.

Les femmes ont-elles une meilleure intelligence émotionnelle ?

En moyenne, les femmes obtiennent des scores légèrement supérieurs aux tests de perception des émotions, mais les différences sont faibles et les variations entre individus beaucoup plus importantes qu’entre sexes.

L’intelligence émotionnelle s’apprend-elle ?

En partie. Les capacités de perception et de régulation des émotions progressent avec l’entraînement et l’expérience, avec des effets modestes mais réels.

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