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Psychologie · Fonctionnement de l’esprit

Le biais de confirmation

Le biais de confirmation est la tendance à rechercher, interpréter et retenir les informations qui confirment ce que l’on croit déjà, en négligeant celles qui le contredisent.

Mis à jour le 5 min de lecture

Le biais de confirmation est la tendance à privilégier les informations qui vont dans le sens de nos croyances, de nos hypothèses ou de nos attentes. Il agit à trois niveaux : ce que l’on cherche, la façon dont on interprète ce que l’on trouve, et ce dont on se souvient. C’est l’un des biais cognitifs les plus répandus et les plus lourds de conséquences, de la vie quotidienne à la science, la médecine ou la justice.

Les trois formes du biais

FormeDescriptionExemple
Recherche sélectiveOn cherche des informations qui confirmentTaper « preuves que le régime X fonctionne » plutôt que « le régime X est-il efficace ? »
Interprétation biaiséeUn même fait est lu différemment selon ses croyancesDeux supporters voient des fautes différentes dans le même match
Mémoire sélectiveOn retient mieux ce qui confirmeSe souvenir des fois où son intuition était juste, oublier les autres

Les expériences fondatrices

La tâche 2-4-6 de Wason (1960)

Le psychologue britannique Peter Wason présente aux participants la suite 2-4-6 et leur dit qu’elle obéit à une règle. Ils doivent la découvrir en proposant d’autres suites, l’expérimentateur répondant si elles respectent la règle ou non.

La plupart des participants supposent une règle comme « nombres pairs croissant de 2 » et proposent des suites qui la confirment (8-10-12, 20-22-24). Toutes sont acceptées, et ils annoncent leur règle avec assurance… à tort. La règle était simplement « trois nombres croissants ». Pour la découvrir, il fallait tester des suites qui pourraient infirmer son hypothèse (1-2-3, 5-17-90).

La tâche de sélection de Wason (1966)

Quatre cartes portent d’un côté une lettre, de l’autre un chiffre. On voit E, K, 4 et 7. Règle : « Si une carte a une voyelle d’un côté, elle a un chiffre pair de l’autre. » Quelles cartes retourner pour vérifier la règle ?

La plupart des gens choisissent E et 4. La bonne réponse est E et 7 : seule une voyelle derrière le 7 pourrait réfuter la règle ; le 4, lui, ne peut que la confirmer. Moins de 10 % des participants réussissent généralement cette version abstraite.

Interprétation des preuves (1979)

Charles Lord, Lee Ross et Mark Lepper ont présenté à des partisans et des opposants de la peine de mort deux études fictives, l’une favorable à son effet dissuasif, l’autre défavorable. Chacun a jugé plus solide l’étude qui allait dans son sens et critiqué la méthode de l’autre. Résultat : après avoir lu les mêmes éléments mitigés, les deux camps se sont dits plus convaincus qu’avant.

Des exemples concrets

  • Médias et réseaux sociaux : on suit les sources qui partagent nos opinions ; les algorithmes de recommandation amplifient la tendance.
  • Santé : un patient convaincu qu’un remède marche attribue chaque amélioration au remède et chaque rechute à autre chose.
  • Diagnostic médical : un médecin qui a une hypothèse précoce peut sous-pondérer les symptômes qui ne cadrent pas.
  • Enquêtes judiciaires : la « vision tunnel » consiste à chercher des preuves contre un suspect désigné tôt ; elle est impliquée dans des erreurs judiciaires.
  • Croyances paranormales : on se souvient du rêve « prémonitoire » qui s’est réalisé, pas des centaines d’autres.
  • Première impression : on remarque ensuite ce qui la confirme (voir première impression).
  • Recrutement : un recruteur favorablement impressionné pose des questions plus faciles au candidat.

Pourquoi ce biais existe

  • Économie cognitive : vérifier toutes les hypothèses alternatives coûte cher ; tester celle qui vient à l’esprit est plus rapide.
  • Protection de l’image de soi : avoir eu tort est désagréable, ce que la dissonance cognitive décrit.
  • Identité de groupe : certaines croyances signalent l’appartenance à un groupe ; les remettre en cause a un coût social.
  • Fonction argumentative : selon Hugo Mercier et Dan Sperber, la raison aurait évolué d’abord pour convaincre et évaluer les arguments des autres, plus que pour chercher seule la vérité ; d’où notre talent pour trouver des arguments en faveur de nos positions, et pour critiquer ceux des autres.

Comment s’en protéger

  1. Chercher activement ce qui pourrait réfuter : « Quelle observation me prouverait que j’ai tort ? » C’est le principe de réfutabilité de Karl Popper, au cœur de la méthode scientifique.
  2. Formuler des recherches neutres : « effets du café sur la santé » plutôt que « bienfaits du café ».
  3. Considérer l’hypothèse opposée : la consigne « envisagez le contraire » réduit le biais dans les expériences.
  4. Lire des sources de sensibilités différentes, en cherchant leurs meilleurs arguments plutôt que les plus faibles.
  5. Noter ses prédictions avant de connaître le résultat, pour éviter de réécrire après coup ce que l’on « savait ».
  6. Discuter avec des personnes en désaccord, de bonne foi : le débat contradictoire corrige les biais individuels.
  7. Pour les décisions importantes, demander à quelqu’un de jouer l’avocat du diable.

La science elle-même est organisée pour corriger ce biais : groupes de contrôle, essais en double aveugle, publication des méthodes, relecture par les pairs, réplication. Voir aussi la pensée critique.

Questions fréquentes

Quel est un exemple simple de biais de confirmation ?

Une personne persuadée que les gens d’un signe astrologique sont têtus remarque chaque fois qu’un « Taureau » se montre obstiné, et ne remarque pas les Taureaux conciliants ni les obstinés d’autres signes.

Qui a découvert le biais de confirmation ?

Le psychologue britannique Peter Wason l’a mis en évidence expérimentalement dans les années 1960, notamment avec la tâche 2-4-6. L’idée est bien plus ancienne : Francis Bacon la décrivait déjà en 1620 dans le Novum Organum.

Les scientifiques sont-ils touchés par ce biais ?

Oui, comme tout le monde. C’est pourquoi la méthode scientifique repose sur des procédures collectives (expériences contrôlées, relecture critique, réplication) plutôt que sur l’objectivité individuelle des chercheurs.

Quelle différence entre biais de confirmation et dissonance cognitive ?

Le biais de confirmation décrit le traitement sélectif de l’information. La dissonance cognitive est l’inconfort ressenti face à une contradiction entre ses croyances ou entre croyances et actes ; ce malaise est l’un des moteurs du biais de confirmation.

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