Psychologie · Fonctionnement de l’esprit
La créativité
La créativité est la capacité à produire des idées ou des œuvres à la fois nouvelles et adaptées à leur contexte. Elle n’est pas réservée aux artistes et se cultive.
Mis à jour le 4 min de lecture
La créativité a longtemps été considérée comme un don mystérieux, réservé à quelques génies inspirés. La psychologie l’étudie scientifiquement depuis 1950, date à laquelle le psychologue américain Joy Paul Guilford, président de l’Association américaine de psychologie, appelle ses collègues à s’y intéresser. On sait aujourd’hui qu’elle repose sur des processus mentaux ordinaires, présents chez chacun à des degrés divers.
Une idée seulement originale mais sans pertinence relève de la bizarrerie ; une idée seulement pertinente mais banale n’est pas créative.
Petite et grande créativité
Les psychologues James Kaufman et Ronald Beghetto distinguent en 2009 quatre niveaux :
| Niveau | Description | Exemple |
|---|---|---|
| Mini-c | Découverte personnelle, nouvelle pour soi | Un élève comprend une notion à sa façon |
| Little-c | Créativité du quotidien | Inventer une recette, aménager un espace |
| Pro-c | Créativité professionnelle reconnue | Un designer, un chercheur, un architecte |
| Big-C | Œuvres qui transforment un domaine | Darwin, Picasso, Marie Curie |
Pensée divergente et convergente
Guilford distingue deux modes :
- la pensée divergente : produire de nombreuses idées différentes à partir d’un point de départ (« combien d’usages pour une brique ? ») ;
- la pensée convergente : trouver la meilleure réponse unique.
La créativité suppose les deux : générer des idées, puis les sélectionner et les améliorer. Les tests de créativité les plus utilisés, comme les tests de Torrance (1966), mesurent surtout la pensée divergente : fluidité (nombre d’idées), flexibilité (variété), originalité (rareté) et élaboration (détail).
Les quatre étapes du processus créatif
En 1926, le psychologue britannique Graham Wallas décrit le processus créatif en quatre phases, à partir de témoignages de scientifiques comme Henri Poincaré :
- Préparation : on étudie le problème, on accumule des connaissances.
- Incubation : on cesse d’y penser consciemment.
- Illumination : la solution surgit, parfois soudainement (« eurêka »).
- Vérification : on teste et on développe l’idée.
L'incubation a été étudiée expérimentalement. Une méta-analyse de 2009 (Sio et Ormerod) confirme un effet positif des pauses sur la résolution de problèmes créatifs, surtout lorsqu’elles sont occupées par une tâche peu exigeante. Le sommeil semble aussi favoriser la découverte de solutions cachées dans certaines études (voir sommeil et mémoire).
Ce qui favorise la créativité
- La connaissance du domaine : on n’invente rien à partir de rien. Les grands créateurs ont souvent travaillé une dizaine d’années dans leur domaine avant leurs œuvres majeures.
- L’ouverture à l’expérience, le trait des Big Five le plus lié à la créativité.
- La motivation intrinsèque : selon les travaux de Teresa Amabile, on est plus créatif quand on est motivé par l’intérêt de la tâche que par une récompense extérieure ou une évaluation.
- La quantité : les créateurs prolifiques produisent aussi beaucoup d’idées médiocres. Le nombre d’idées prédit le nombre de bonnes idées.
- Les contraintes : des contraintes bien choisies (un format, un budget, une règle) stimulent souvent plus qu’une liberté totale.
- La marche : en 2014, Marily Oppezzo et Daniel Schwartz (Stanford) ont observé que marcher augmentait nettement la production d’idées dans un test de pensée divergente.
- La diversité des expériences : vivre à l’étranger, croiser des disciplines, rencontrer des personnes différentes.
Les mythes sur la créativité
| Mythe | Ce que dit la recherche |
|---|---|
| « Les créatifs utilisent leur cerveau droit » | Faux : la créativité mobilise des réseaux répartis dans les deux hémisphères, notamment le réseau du mode par défaut et le réseau de contrôle exécutif |
| « Le brainstorming en groupe produit plus d’idées » | Faux : depuis les années 1950, les études montrent que le même nombre de personnes travaillant d’abord seules produit plus d’idées, et souvent de meilleure qualité (Diehl et Stroebe, 1987) |
| « La créativité est un don inné » | Elle a une part héréditaire, mais dépend beaucoup des connaissances, de la pratique et du contexte |
| « Créativité et folie vont ensemble » | Les liens sont faibles et complexes : certaines études trouvent plus de troubles de l’humeur chez des artistes, mais la plupart des créateurs n’en ont pas, et les troubles sévères nuisent à la production |
| « Les enfants sont plus créatifs que les adultes » | Ils sont plus spontanés, mais la créativité experte demande des connaissances que seul l’adulte possède |
Créativité et intelligence
Créativité et intelligence sont modérément corrélées. On a proposé un effet de seuil : au-delà d’un QI d’environ 120, l’intelligence ne prédirait plus la créativité. Les études récentes trouvent ce seuil pour la créativité potentielle, mesurée par des tests, moins pour les réalisations créatives réelles.
Questions fréquentes
Peut-on apprendre à être créatif ?
Oui, dans une certaine mesure. Les formations à la créativité ont des effets positifs dans les méta-analyses, notamment celles qui enseignent des techniques de génération et de sélection d’idées.
La créativité diminue-t-elle avec l’âge ?
La pensée divergente diminue un peu en moyenne avec l’âge, mais l’expérience et les connaissances accumulées compensent souvent. De nombreux créateurs ont produit des œuvres majeures tard dans leur vie.
L’ennui favorise-t-il la créativité ?
Quelques études suggèrent qu’une tâche ennuyeuse, en laissant l’esprit vagabonder, peut améliorer ensuite la production d’idées. L’effet est modeste et reste à confirmer.