Psychologie · Fonctionnement de l’esprit
La maîtrise de soi et la volonté
La maîtrise de soi est la capacité à réguler ses impulsions pour atteindre des buts à long terme. Elle repose moins sur la force de volonté que sur l’organisation de son environnement.
Mis à jour le 4 min de lecture
Résister à un dessert, se mettre au travail au lieu de regarder une série, garder son calme face à une provocation : la maîtrise de soi (ou contrôle de soi, autocontrôle) est au cœur de nombreuses réussites et de nombreux échecs. C’est l’un des sujets les plus étudiés de la psychologie, et l’un de ceux où les résultats célèbres ont été le plus révisés.
Ce que la maîtrise de soi prédit
L’étude de Dunedin, en Nouvelle-Zélande, a suivi environ 1 000 personnes nées en 1972-1973. En 2011, Terrie Moffitt et ses collègues montrent que les enfants qui avaient le plus de maîtrise de soi entre 3 et 11 ans étaient, à 32 ans, en meilleure santé, plus aisés financièrement et moins souvent condamnés, même en tenant compte de leur QI et de leur milieu social. Le trait proche de conscienciosité dans les Big Five est lui aussi l’un des meilleurs prédicteurs de la réussite scolaire et professionnelle.
Le test du marshmallow revisité
À la fin des années 1960, à l’université Stanford, Walter Mischel propose à des enfants de 4-5 ans de manger tout de suite une friandise, ou d’attendre le retour de l’expérimentateur, environ 15 minutes plus tard, pour en avoir deux. Des suivis publiés en 1988 et 1990 montrent que les enfants qui attendaient le plus longtemps avaient, adolescents, de meilleurs résultats scolaires.
En 2018, Tyler Watts, Greg Duncan et Haonan Quan ont reproduit l’étude sur un échantillon beaucoup plus large et plus diversifié socialement. Le lien entre la capacité d’attendre et la réussite ultérieure était environ deux fois plus faible, et il diminuait encore fortement une fois pris en compte le milieu familial et les capacités cognitives. D’autres études montrent que les enfants attendent moins quand ils n’ont pas confiance en l’adulte qui promet la récompense : pour un enfant qui vit dans l’incertitude, prendre tout de suite est un choix rationnel.
Mischel lui-même insistait d’ailleurs sur les stratégies des enfants qui réussissaient : détourner le regard, chanter, imaginer que la friandise est une image, plutôt que serrer les dents.
Le mythe de l’épuisement de la volonté
En 1998, Roy Baumeister et ses collègues publient une expérience célèbre : des étudiants qui ont dû résister à des cookies et manger des radis abandonnent plus vite un puzzle insoluble ensuite. Ils en déduisent que la volonté serait une ressource limitée, qui s’épuise comme un muscle : c’est l'épuisement de l’ego (ego depletion). Des centaines d’études semblent le confirmer.
La « grit », ou persévérance passionnée
La psychologue Angela Duckworth a popularisé en 2007 la notion de grit : la persévérance et la passion pour des objectifs à long terme. Une méta-analyse de Marcus Credé et ses collègues (2017) montre que la grit prédit modestement la réussite et qu’elle se confond largement avec la conscienciosité. C’est une qualité utile, mais pas un facteur nouveau ni décisif.
Ce qui marche vraiment
Les recherches de Wilhelm Hofmann et de ses collègues ont montré en 2012 que les personnes ayant beaucoup de maîtrise de soi ne résistent pas plus souvent aux tentations : elles en rencontrent moins. Leur secret tient davantage à l’organisation qu’à la résistance.
| Stratégie | Exemple |
|---|---|
| Choisir la situation | Ne pas acheter de gâteaux plutôt que lutter devant le placard |
| Modifier l’environnement | Téléphone dans une autre pièce pendant le travail |
| Automatiser par les habitudes | Sport à heure fixe : plus besoin de décider |
| Se lier les mains à l’avance | Virement automatique vers l’épargne, rendez-vous de sport avec un ami |
| Plans « si… alors… » | « Si on me propose une cigarette, alors je dis que j’ai arrêté » |
| Distance psychologique | Se parler à la deuxième ou troisième personne pour prendre du recul |
| Penser à l’objectif plutôt qu’à l’interdit | « Je veux être en forme » plutôt que « je ne dois pas manger ça » |
Maîtrise de soi et âge
La capacité de contrôle progresse fortement entre 3 et 7 ans, puis continue de se développer jusqu’au début de l’âge adulte, avec la maturation du cortex préfrontal (voir cerveau de l’adolescent). Le tempérament joue aussi un rôle (voir tempérament).
Questions fréquentes
La volonté est-elle un muscle qui s’épuise ?
L’idée a été très populaire, mais les grandes réplications n’ont pas confirmé l’effet. La sensation de fatigue mentale est réelle, mais elle semble liée à la motivation et aux attentes plus qu’à une réserve qui se vide.
Peut-on entraîner sa maîtrise de soi ?
Les programmes d’entraînement général (exercices de contrôle répétés) ont des effets faibles. Il est plus efficace d’agir sur son environnement et ses habitudes.
Trop de maîtrise de soi, est-ce possible ?
Oui. Un contrôle rigide, l’incapacité à se laisser aller ou à exprimer ses émotions peuvent être associés à l’anxiété, au perfectionnisme ou à certains troubles alimentaires.