Aller au contenu
connaissance.org

Psychologie · Faire connaissance et relations

La première impression

Une première impression se forme en moins d’une seconde à partir du visage et de la posture, puis colore la suite de la relation. Elle est souvent inexacte, mais on peut la corriger avec le temps.

Mis à jour le 4 min de lecture

On dit qu’on n’a jamais une seconde chance de faire une première impression. La psychologie sociale confirme que nous jugeons les autres très vite — en une fraction de seconde pour certains traits — et que ces jugements initiaux orientent la façon dont nous interprétons la suite. Mais elle montre aussi que ces impressions sont souvent peu exactes, et qu’elles peuvent évoluer quand on apprend à connaître la personne.

À quelle vitesse se forme une première impression ?

En 2006, Janine Willis et Alexander Todorov (université de Princeton) ont montré des visages inconnus pendant 100 millisecondes. Les jugements portés sur la fiabilité, la compétence, la sympathie ou l'agressivité étaient déjà très proches de ceux formés sans limite de temps. Plus de temps augmentait surtout la confiance dans le jugement, pas le jugement lui-même.

Les travaux de Nalini Ambady et Robert Rosenthal (1993) sur les « tranches minces » (thin slices) ont montré qu’à partir de quelques secondes de vidéo muette d’enseignants, des observateurs prédisaient de façon notable les évaluations de fin de semestre de leurs étudiants.

Sur quoi se fonde-t-elle ?

IndiceCe qu’on en déduit (souvent à tort)
Traits du visageFiabilité, dominance, compétence
Expression (sourire, regard)Chaleur, ouverture
Posture et gestuelleAssurance, nervosité
Voix (ton, débit)Assurance, compétence
Tenue vestimentaireStatut, sérieux, appartenance à un groupe
Premières phrasesIntelligence, humour, intérêt pour l’autre

Selon les travaux de Susan Fiske et ses collègues, les jugements sociaux s’organisent autour de deux grandes dimensions : la chaleur (cette personne me veut-elle du bien ?) et la compétence (est-elle capable d’agir ?). La chaleur est généralement évaluée en premier.

Pourquoi la première impression pèse-t-elle autant ?

  • L’effet de primauté : en 1946, Solomon Asch présente une liste d’adjectifs décrivant une personne. « Intelligent, travailleur, impulsif, critique, têtu, envieux » produit une impression bien plus favorable que la même liste dans l’ordre inverse. Les premières informations orientent l’interprétation des suivantes.
  • L'effet de halo : une caractéristique positive, comme l’apparence physique, se diffuse sur le jugement des autres qualités.
  • Le biais de confirmation : on remarque ensuite surtout ce qui confirme l’impression initiale.
  • La prophétie autoréalisatrice : si l’on juge quelqu’un froid, on se montre soi-même plus distant, ce qui provoque la froideur attendue.

Les premières impressions sont-elles justes ?

Partiellement. Certaines caractéristiques sont perçues avec une exactitude supérieure au hasard en quelques secondes : l'extraversion notamment, qui se voit dans le comportement. D’autres, comme la fiabilité déduite du visage, ne sont pratiquement pas liées au comportement réel. Le problème est que la confiance dans son jugement est élevée dans les deux cas.

Comment faire une bonne première impression

Les conseils efficaces visent à montrer de la chaleur et de l'attention, plutôt qu’à « performer ».

  1. Sourire sincèrement et établir un contact visuel naturel, sans fixer.
  2. Retenir et utiliser le prénom de la personne.
  3. Poser des questions et relancer : les personnes qui posent des questions de suivi sont jugées plus sympathiques (voir questions pour faire connaissance).
  4. Écouter vraiment, sans préparer sa réponse pendant que l’autre parle (voir écoute active).
  5. Adapter sa tenue au contexte : la tenue signale le respect des codes du lieu.
  6. Arriver à l’heure, préparé quand il s’agit d’un entretien.
  7. Éviter de trop se mettre en avant : chercher à impressionner en parlant de soi produit souvent l’effet inverse.

Et se rappeler le liking gap : après une première conversation, la plupart des gens sous-estiment combien l’autre les a appréciés.

Corriger une mauvaise première impression

Une première impression n’est pas définitive, surtout quand les contacts se répètent.

  • Multiplier les interactions : avec le temps, le comportement réel prend le pas sur l’impression initiale.
  • Agir de façon cohérente et prévisible : la constance rassure.
  • Reconnaître simplement un faux pas (« J’étais stressé lors de notre première rencontre ») plutôt que de l’ignorer.
  • Montrer de la chaleur : c’est la dimension la plus déterminante du jugement social.

Côté observateur, s’en méfier : en recrutement, les entretiens structurés avec des questions identiques et des grilles d’évaluation définies à l’avance réduisent l’influence de la première impression.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il pour se faire une première impression ?

Les études montrent que des jugements sur la fiabilité ou la compétence se forment après 100 millisecondes d’exposition à un visage. On parle souvent de « sept secondes », chiffre qui n’a pas de source scientifique précise.

Une première impression peut-elle changer ?

Oui, surtout quand les contacts se répètent et que le comportement observé la contredit. Elle oriente toutefois l’interprétation des premières informations suivantes, ce qui la rend résistante au début.

Le langage corporel compte-t-il pour 55 % ?

Non. Ce chiffre, tiré des études de Mehrabian sur des mots isolés, ne s’applique pas aux conversations ordinaires. Le non-verbal compte surtout quand il contredit les mots.

Pourquoi juge-t-on les gens si vite ?

Parce que l’esprit doit décider rapidement s’il peut faire confiance à quelqu’un. Ces jugements reposent sur des raccourcis (voir biais cognitifs), utiles mais souvent inexacts.

À lire aussi

Faire connaissance et relations : toutes les fiches