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Sciences · Terre et climat

La montée des eaux

Le niveau moyen des océans s’est élevé d’environ 20 cm entre 1901 et 2018, et la hausse s’accélère. Elle est due à la dilatation de l’eau qui se réchauffe et à la fonte des glaciers et des calottes polaires.

Mis à jour le 5 min de lecture

La montée du niveau de la mer est l’une des conséquences les plus sûres et les plus durables du réchauffement climatique. Elle est lente à l’échelle d’une vie, quelques millimètres par an, mais elle se poursuivra pendant des siècles, même si les émissions de gaz à effet de serre cessaient. Environ un milliard de personnes vivent dans des zones côtières basses, à moins de 10 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Les chiffres clés

IndicateurValeur (GIEC, sixième rapport, sauf mention)
Hausse du niveau moyen 1901-2018environ 20 cm
Rythme 1901-19711,3 mm par an
Rythme 1971-20061,9 mm par an
Rythme 2006-20183,7 mm par an
Rythme mesuré par satellite ces dernières annéesenviron 4 à 4,5 mm par an, soit plus du double du rythme du début des années 1990

La hausse actuelle est plus rapide qu’à n’importe quel siècle depuis au moins 3 000 ans, selon le GIEC.

Comment mesure-t-on le niveau de la mer ?

  • Les marégraphes enregistrent le niveau de la mer dans les ports, parfois depuis le XVIIIe siècle : celui de Brest offre l’une des plus longues séries au monde. Leurs mesures doivent être corrigées des mouvements du sol.
  • Les satellites altimétriques, depuis le lancement du satellite franco-américain TOPEX/Poséidon en 1992, mesurent la hauteur de la surface des océans au centimètre près sur presque tout le globe. Ses successeurs Jason puis Sentinel-6 poursuivent la série.

Pourquoi le niveau de la mer monte-t-il ?

1. La dilatation thermique

Comme presque tous les corps, l’eau se dilate en se réchauffant. Les océans ont absorbé environ 90 % de la chaleur supplémentaire accumulée par la Terre depuis les années 1970. Cette dilatation représente environ la moitié de la hausse observée entre 1971 et 2018.

2. La fonte des glaciers de montagne

Les glaciers des Alpes, de l’Himalaya, des Andes ou de l’Alaska reculent presque partout ; leur eau de fonte rejoint les océans.

3. La fonte des calottes polaires

Le Groenland et l'Antarctique perdent de la masse, par fonte en surface et par écoulement accéléré de leurs glaciers vers l’océan. Leur contribution a fortement augmenté depuis les années 1990 et elle est devenue la principale source d’incertitude pour l’avenir. Le Groenland contient l’équivalent d’environ 7 m de hausse du niveau des mers, l’Antarctique environ 58 m.

Combien d’ici 2100 ?

Les projections du GIEC (sixième rapport, 2021) pour la hausse du niveau moyen en 2100, par rapport à la période 1995-2014, dépendent fortement des émissions :

Scénario d’émissionsRéchauffement à la fin du siècle (meilleure estimation)Hausse probable en 2100
Très faibles (SSP1-1.9)environ 1,4 °C28 à 55 cm
Faibles (SSP1-2.6)environ 1,8 °C32 à 62 cm
Intermédiaires (SSP2-4.5)environ 2,7 °C44 à 76 cm
Élevées (SSP3-7.0)environ 3,6 °C55 à 90 cm
Très élevées (SSP5-8.5)environ 4,4 °C63 à 101 cm

Le GIEC ne peut exclure, dans les scénarios d’émissions très élevées, une hausse approchant 2 mètres d’ici 2100 et 5 mètres d’ici 2150, si les calottes de l’Antarctique se déstabilisent plus vite que prévu. Cette hypothèse est jugée peu probable mais aux conséquences considérables.

Une hausse engagée pour des siècles

L’océan profond et les calottes réagissent très lentement. Même si le réchauffement était stabilisé, le niveau des mers continuerait de monter pendant des siècles. Sur 2 000 ans, le GIEC estime la hausse à environ 2 à 3 m si le réchauffement est limité à 1,5 °C, et 2 à 6 m s’il est limité à 2 °C. Ces travaux sont présentés dans la fiche GIEC.

Une hausse inégale selon les régions

La mer ne monte pas partout au même rythme :

  • les courants, les vents et les différences de température font varier le niveau d’une région à l’autre ;
  • le sol s’enfonce dans certains deltas et grandes villes, à cause du pompage des nappes d’eau souterraines et du poids des sédiments : à Jakarta, des quartiers s’affaissent de plusieurs centimètres par an, ce qui a poussé l’Indonésie à construire une nouvelle capitale ;
  • le sol remonte dans d’anciennes régions glaciaires comme la Scandinavie, libérées du poids des glaces depuis la dernière glaciation.

Les conséquences

  • Submersions marines plus fréquentes lors des tempêtes et des grandes marées : une hausse de quelques dizaines de centimètres suffit à rendre annuels des niveaux d’eau autrefois centennaux dans de nombreux ports.
  • Érosion des côtes, surtout sableuses (voir érosion).
  • Salinisation des nappes d’eau douce et des terres agricoles côtières, comme dans le delta du Gange au Bangladesh ou celui du Mékong au Vietnam.
  • Menace pour les petits États insulaires : les Maldives, Tuvalu, Kiribati ou les îles Marshall culminent à quelques mètres au-dessus de la mer. En 2023, l’Australie a conclu avec Tuvalu un traité offrant à ses habitants une voie de migration.
  • Perte d’écosystèmes côtiers : marais salants, mangroves, herbiers.

En France

Près d’un cinquième du littoral métropolitain recule sous l’effet de l’érosion, une tendance que la montée des eaux renforce. L’immeuble « Le Signal », à Soulac-sur-Mer (Gironde), construit en 1967 à environ 200 m de l’océan, a été évacué en 2014 puis démoli en 2023, la dune ayant reculé jusqu’à ses pieds. La loi Climat et résilience de 2021 oblige les communes exposées au recul du trait de côte à cartographier ce risque. Les territoires d’outre-mer, notamment en Polynésie française, sont particulièrement exposés. La tempête Xynthia (février 2010), qui a fait 47 morts en France, a montré la vulnérabilité des zones basses littorales aux submersions.

S’adapter

Trois grandes stratégies existent, souvent combinées :

  1. Protéger : digues, barrages anti-tempête (comme aux Pays-Bas ou à Londres), rechargement des plages en sable ;
  2. Accompagner : restaurer les dunes, les marais et les mangroves, qui amortissent les vagues ;
  3. Se retirer : déplacer progressivement habitations et infrastructures vers l’intérieur, stratégie dite de « recomposition spatiale » ou de « repli stratégique ».

La seule façon de limiter l’ampleur de la hausse à long terme reste la réduction des émissions de gaz à effet de serre, objet de l'accord de Paris.

Questions fréquentes

De combien la mer a-t-elle monté depuis 1900 ?

D’environ 20 cm en moyenne mondiale entre 1901 et 2018, et d’environ 10 cm depuis le début des mesures satellitaires en 1993.

Quelles villes seront sous l’eau en 2100 ?

Aucune grande ville ne sera « engloutie » d’un coup en 2100, mais de nombreuses villes côtières basses (Jakarta, Bangkok, Dacca, Alexandrie, Miami, Venise, Shanghai…) devront affronter des inondations beaucoup plus fréquentes et investir massivement dans leur protection. Les cartes interactives du risque reposent sur des hypothèses à vérifier avec prudence.

Si toutes les glaces fondaient, de combien monterait la mer ?

D’environ 65 à 70 mètres, essentiellement à cause de l’Antarctique. Ce scénario demanderait plusieurs milliers d’années de réchauffement très fort.

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