Sciences · Terre et climat
Le GIEC
Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) évalue, pour les gouvernements, l’état des connaissances scientifiques sur le changement climatique, ses impacts et les solutions.
Mis à jour le 5 min de lecture
Créé en 1988 par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), le GIEC (en anglais IPCC, Intergovernmental Panel on Climate Change) réunit 195 États membres. Il ne mène pas lui-même de recherches : il synthétise les milliers d’études scientifiques publiées dans le monde et en tire des évaluations, assorties de niveaux de confiance. Ses rapports sont la référence des négociations climatiques internationales. Il a reçu le prix Nobel de la paix en 2007, conjointement avec l’ancien vice-président américain Al Gore.
Le mandat du GIEC
Le GIEC a pour mission d’évaluer, de façon complète, objective et transparente, les informations scientifiques, techniques et socio-économiques relatives :
- au changement climatique d’origine humaine et à ses causes ;
- à ses impacts et aux risques qu’il entraîne ;
- aux options d'adaptation et d'atténuation (réduction des émissions).
Ses rapports doivent être « pertinents pour les politiques, sans être prescriptifs » : ils décrivent les conséquences des choix possibles, mais ne disent pas aux gouvernements ce qu’ils doivent faire.
Comment fonctionne le GIEC ?
Trois groupes de travail et une équipe spéciale
| Groupe | Thème |
|---|---|
| Groupe de travail I | Les bases physiques du changement climatique |
| Groupe de travail II | Impacts, adaptation et vulnérabilité |
| Groupe de travail III | Atténuation du changement climatique |
| Équipe spéciale | Méthodes des inventaires nationaux de gaz à effet de serre |
Les auteurs
Chaque rapport est rédigé par des centaines de scientifiques de toutes disciplines (climatologues, océanographes, écologues, économistes, ingénieurs, sociologues), proposés par les gouvernements et les organisations observatrices, et sélectionnés par le GIEC selon leurs compétences et un souci d’équilibre géographique et de genre. Ils travaillent bénévolement. Le sixième rapport a mobilisé plus de 700 auteurs principaux. La climatologue française Valérie Masson-Delmotte a coprésidé le groupe de travail I de 2015 à 2023.
Un processus de relecture exceptionnel
- Les auteurs évaluent la littérature scientifique publiée.
- Les versions provisoires sont soumises à plusieurs cycles de relecture ouverts aux experts du monde entier et aux gouvernements : des dizaines de milliers de commentaires, auxquels les auteurs doivent tous répondre.
- Le résumé à l’intention des décideurs est approuvé ligne par ligne, en séance plénière, par les représentants des gouvernements, en présence des auteurs, qui veillent à ce qu’il reste fidèle au rapport complet.
Cette approbation intergouvernementale donne aux conclusions un poids politique : les États ne peuvent pas ensuite en contester le contenu.
Le langage calibré
Le GIEC qualifie ses conclusions avec un vocabulaire précis. La probabilité d’un résultat est exprimée par des termes définis : quasiment certain (99-100 %), extrêmement probable (95-100 %), très probable (90-100 %), probable (66-100 %). Le degré de confiance (faible, moyen, élevé, très élevé) reflète la quantité et la concordance des preuves.
Les rapports d’évaluation
| Rapport | Années | Conclusion emblématique sur la cause humaine |
|---|---|---|
| Premier (AR1) | 1990 | Le réchauffement observé est compatible avec les modèles, mais aussi avec la variabilité naturelle |
| Deuxième (AR2) | 1995 | « Un faisceau d’éléments suggère une influence perceptible de l’homme sur le climat » |
| Troisième (AR3) | 2001 | L’essentiel du réchauffement des 50 dernières années est probablement dû aux activités humaines |
| Quatrième (AR4) | 2007 | Très probablement dû aux activités humaines |
| Cinquième (AR5) | 2013-2014 | Extrêmement probablement la cause principale |
| Sixième (AR6) | 2021-2023 | « Il est sans équivoque que l’influence humaine a réchauffé l’atmosphère, l’océan et les terres » |
Cette progression montre comment la méthode scientifique accumule les preuves : le diagnostic s’est affermi à mesure que les observations s’allongeaient et que les modèles s’amélioraient.
Le GIEC publie aussi des rapports spéciaux. Le plus influent est celui sur le réchauffement de 1,5 °C (octobre 2018), qui a montré la différence d’impacts entre 1,5 °C et 2 °C. D’autres ont porté sur les océans et la cryosphère (2019) et sur les terres émergées (2019). Le septième cycle d’évaluation, présidé depuis juillet 2023 par l’Écossais Jim Skea, est en cours ; il comprend notamment un rapport spécial sur le changement climatique et les villes.
Les conclusions principales du sixième rapport (AR6)
- La température de surface a augmenté d’environ 1,1 °C entre 1850-1900 et 2011-2020 ; le réchauffement est sans précédent depuis au moins 2 000 ans.
- La concentration de CO2 est la plus élevée depuis au moins 2 millions d’années.
- Le changement climatique affecte déjà les extrêmes météorologiques dans toutes les régions du monde : vagues de chaleur, pluies intenses, sécheresses.
- Environ 3,3 à 3,6 milliards de personnes vivent dans des contextes très vulnérables au changement climatique.
- Limiter le réchauffement à 1,5 °C avec peu ou pas de dépassement suppose de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre d’environ 43 % d’ici 2030 et 60 % d’ici 2035 par rapport à 2019.
- Des solutions existent dans tous les secteurs, et beaucoup sont déjà peu coûteuses, comme le solaire et l’éolien, dont les coûts ont fortement baissé depuis 2010 (voir énergies renouvelables).
Les chiffres détaillés figurent dans la fiche réchauffement climatique.
Critiques et controverses
Le GIEC a fait l’objet de critiques opposées : trop alarmiste pour certains, trop prudent pour d’autres, car le consensus et l’approbation par les gouvernements tendent à retenir les estimations les plus solides. En 2009-2010, une erreur dans le rapport de 2007, sur la date de disparition des glaciers de l’Himalaya, a été reconnue et corrigée ; elle a conduit à un audit indépendant et au renforcement des procédures, sans remettre en cause les conclusions générales. La même année, la publication de courriels piratés de chercheurs britanniques (« Climategate ») a donné lieu à plusieurs enquêtes, qui n’ont relevé aucune falsification des données.
Le GIEC et l’IPBES
Sur le modèle du GIEC, une plateforme équivalente pour la biodiversité, l'IPBES, a été créée en 2012. Les deux organismes ont publié en 2021 un rapport commun sur les liens entre climat et biodiversité.
Questions fréquentes
Que signifie GIEC ?
Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. L’acronyme anglais est IPCC, pour Intergovernmental Panel on Climate Change.
Le GIEC fait-il de la recherche ?
Non. Il évalue et synthétise les travaux publiés par la communauté scientifique, essentiellement dans des revues à comité de lecture. Il ne produit ni données ni modèles propres.
Qui finance le GIEC ?
Ses frais de fonctionnement (secrétariat à Genève, réunions, déplacements des auteurs des pays en développement) sont financés par des contributions volontaires des États membres, de l’OMM et du PNUE. Les auteurs ne sont pas rémunérés par le GIEC.
Quand paraîtra le prochain rapport du GIEC ?
Les rapports du septième cycle d’évaluation sont attendus à partir de 2027-2028 ; leur calendrier précis est fixé par les sessions plénières du GIEC.