Langues étrangères · Latin et grec ancien
L’ablatif absolu
L’ablatif absolu est une construction latine formée d’un nom et d’un participe à l’ablatif, détachée du reste de la phrase : urbe capta, « la ville ayant été prise ». Il équivaut à une subordonnée de temps, de cause ou de concession.
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L'ablatif absolu est l’une des constructions les plus typiques du latin, et l’une des plus fréquentes en version, en particulier chez César. Il s’agit d’un groupe à l’ablatif, formé d’un nom (ou pronom) et d’un participe accordé avec lui, qui fonctionne comme une proposition indépendante grammaticalement du reste de la phrase : on dit qu’il est « absolu », c’est-à-dire détaché (absolutus).
Un exemple pour comprendre
Urbe capta, Caesar milites laudavit.
- urbe : ablatif singulier de urbs, urbis (la ville) ;
- capta : participe parfait passif de capio (prendre), à l’ablatif féminin singulier, accordé avec urbe ;
- Caesar milites laudavit : la proposition principale (César félicita les soldats).
Traduction littérale : « La ville ayant été prise, César félicita les soldats. » Traduction élégante : « Après la prise de la ville, César félicita ses soldats » ou « Une fois la ville prise, … ».
Comment le repérer
- Un nom à l’ablatif non précédé de préposition ;
- un participe au même cas, genre et nombre, souvent juste à côté ;
- le groupe est souvent placé en début de phrase ou encadré de virgules dans les éditions modernes ;
- son « sujet » n’est ni le sujet ni le complément du verbe principal.
Les deux temps du participe
| Participe | Rapport de temps | Exemple | Traduction |
|---|---|---|---|
| Présent (-ns, -ntis) | simultanéité | Romulo regnante, … | Sous le règne de Romulus, … / Pendant que Romulus régnait, … |
| Parfait passif (-tus, -ta, -tum) | antériorité | Hostibus victis, … | Les ennemis ayant été vaincus, … / Après avoir vaincu les ennemis, … |
Le participe parfait, passif, indique que l’action est déjà accomplie au moment de l’action principale. C’est le cas le plus fréquent.
Les valeurs possibles
Le sens exact dépend du contexte. Il faut choisir la conjonction la plus logique :
| Valeur | Conjonction française | Exemple |
|---|---|---|
| Temps | quand, après que, pendant que | Sole oriente, profecti sunt. Au lever du soleil, ils partirent. |
| Cause | parce que, comme | Duce interfecto, milites fugerunt. Comme leur chef avait été tué, les soldats s’enfuirent. |
| Condition | si | Deo volente, … Si Dieu le veut, … |
| Concession | bien que | Omnibus rebus paratis, non profectus est. Bien que tout fût prêt, il ne partit pas. |
L’ablatif absolu sans participe
Le verbe esse n’a pas de participe présent (voir le verbe esse). On trouve donc des ablatifs absolus formés de deux noms ou d’un nom et d’un adjectif, où l’on sous-entend « étant » :
- Cicerone consule : Cicéron étant consul → sous le consulat de Cicéron (63 av. J.-C.) ;
- Caesare duce : César étant chef → sous la conduite de César ;
- Hannibale vivo : Hannibal étant vivant → du vivant d’Hannibal ;
- me invito : moi étant contre mon gré → malgré moi.
Ces tournures servaient aussi à dater : les Romains désignaient chaque année par le nom de ses deux consuls.
Les manières de traduire
Pour Caesare duce, Galli victi sunt (« les Gaulois furent vaincus, César étant chef »), plusieurs traductions sont possibles, de la plus littérale à la plus élégante :
- Participe français : « César étant le chef, les Gaulois furent vaincus. » (acceptable, souvent lourd)
- Subordonnée : « Comme César commandait, les Gaulois furent vaincus. »
- Groupe nominal : « Sous le commandement de César, les Gaulois furent vaincus. »
- Transformation à l’actif quand le sens le permet : Urbe capta, Caesar… → « Après avoir pris la ville, César… » (on considère alors que César est l’auteur de la prise).
Ablatif absolu ou complément à l’ablatif ?
Gladio capto, miles pugnavit : ablatif absolu (« ayant pris un glaive, le soldat combattit »). Mais dans Miles gladio pugnavit (« le soldat combattit avec un glaive »), gladio est un simple ablatif de moyen : il n’y a pas de participe. Voir les cas latins.
Exercice corrigé
Traduire.
- Oppido expugnato, Romani discesserunt. → Après la prise de la place forte, les Romains se retirèrent.
- Augusto imperante, Christus natus est. → Sous le règne d’Auguste, le Christ naquit.
- Signo dato, milites impetum fecerunt. → Le signal donné, les soldats attaquèrent.
- Hieme appropinquante, Caesar in Italiam rediit. → À l’approche de l’hiver, César revint en Italie.
- Pompeio et Crasso consulibus → sous le consulat de Pompée et de Crassus
- Patre absente, liberi ludebant. → En l’absence de leur père, les enfants jouaient.
Questions fréquentes
Pourquoi l’appelle-t-on « absolu » ?
Du latin absolutus, « détaché, délié » : le groupe ne dépend grammaticalement d’aucun mot de la phrase principale.
Le français a-t-il un équivalent ?
Oui, la proposition participiale : La nuit tombée, nous rentrâmes ; Le repas terminé, chacun partit. Elle est directement inspirée du latin.
Le grec a-t-il aussi un ablatif absolu ?
Le grec n’a pas d’ablatif ; il emploie un génitif absolu, de construction identique (nom + participe au génitif).