Arts · Cinéma et photographie
Le vocabulaire du cinéma
Pour analyser un film, on décrit l’échelle des plans (du plan général au très gros plan), les angles de prise de vue (plongée, contre-plongée), les mouvements de caméra et le montage.
Mis à jour le 5 min de lecture
Le cinéma possède un vocabulaire technique précis, utilisé aussi bien sur les tournages que dans l’analyse de films, au lycée comme à l’université. Il permet de décrire ce que montre l’image (le cadre), comment elle est filmée (l'angle, le mouvement) et comment les images s’enchaînent (le montage). Chaque choix produit un effet sur le spectateur.
Les unités du film
| Unité | Définition |
|---|---|
| Photogramme | Une image fixe de la pellicule (24 par seconde) |
| Plan | Ce qui est filmé en continu entre deux coupes |
| Scène | Ensemble de plans dans un même lieu et un même temps |
| Séquence | Ensemble de plans formant une unité narrative, même si les lieux changent |
| Plan-séquence | Séquence entière tournée en un seul plan, sans coupe |
Un plan-séquence célèbre ouvre La Soif du mal d’Orson Welles (1958) ; 1917 de Sam Mendes (2019) est conçu pour donner l’illusion d’un unique plan-séquence.
L’échelle des plans
L’échelle des plans se définit par rapport à la taille du personnage dans le cadre. Du plus large au plus serré :
| Plan | Ce qu’il montre | Effet principal |
|---|---|---|
| Plan général (ou de grand ensemble) | Un vaste paysage ; les personnages sont minuscules ou absents | Situer l’action, solitude, grandeur |
| Plan d’ensemble | Un lieu entier avec ses personnages | Décrire le décor et la situation |
| Plan de demi-ensemble | Les personnages dans une partie du décor | Situer un groupe |
| Plan moyen | Le personnage en pied, de la tête aux pieds | Montrer l’action, les gestes |
| Plan américain | Le personnage coupé à mi-cuisses | Né du western (le revolver à la ceinture reste visible) ; dialogue |
| Plan rapproché taille | Coupé à la ceinture | Conversation, attitude |
| Plan rapproché poitrine | Coupé à la poitrine | Attention au visage, émotion |
| Gros plan | Le visage seul | Émotion, intimité, tension |
| Très gros plan | Un détail du visage (yeux, bouche) | Intensité dramatique |
| Insert | Gros plan sur un objet (lettre, montre, arme) | Information au spectateur |
Le plan américain est appelé ainsi par les critiques français en référence aux westerns hollywoodiens.
Les angles de prise de vue
| Angle | Position de la caméra | Effet courant |
|---|---|---|
| Angle normal | À hauteur des yeux | Neutralité |
| Plongée | Au-dessus du sujet, vers le bas | Écrase, rapetisse, rend vulnérable |
| Contre-plongée | Sous le sujet, vers le haut | Grandit, rend puissant ou menaçant |
| Plongée totale (vue zénithale) | À la verticale au-dessus | Vue « divine », détachement, géométrie |
| Contre-plongée totale | À la verticale en dessous | Effet de vertige, étrangeté |
| Plan débullé (cadre penché) | Caméra inclinée sur le côté | Déséquilibre, malaise, folie |
Ces effets ne sont pas automatiques : c’est le contexte qui leur donne sens. Citizen Kane (1941) utilise massivement la contre-plongée, au point de faire construire des plafonds visibles dans les décors.
Les mouvements de caméra
- Plan fixe : la caméra ne bouge pas.
- Panoramique : la caméra pivote sur son axe, horizontalement (de gauche à droite) ou verticalement (de bas en haut), sans se déplacer.
- Travelling : la caméra se déplace dans l’espace, sur des rails (travelling avant, arrière, latéral, circulaire). Il est attribué à l’opérateur Lumière Alexandre Promio (Venise, 1896).
- Zoom : variation de la focale de l’objectif ; l’image grossit ou recule sans que la caméra bouge (à distinguer du travelling).
- Caméra à l’épaule : tenue par l’opérateur, elle donne une impression de réalisme et d’urgence (Nouvelle Vague, reportage).
- Steadicam : système de stabilisation porté par l’opérateur, inventé par Garrett Brown (années 1970), qui permet de suivre les personnages de façon fluide (Shining, 1980).
- Plan à la grue et drone : mouvements aériens amples.
L'effet Vertigo (travelling compensé), inventé pour Sueurs froides d’Hitchcock (1958), combine un travelling arrière et un zoom avant : le personnage garde la même taille tandis que le décor semble se déformer.
Le hors-champ et la profondeur de champ
- Champ : ce qui est visible dans le cadre. Hors-champ : ce qui existe dans la fiction mais n’est pas montré (un son, un regard vers l’extérieur du cadre suggèrent le hors-champ).
- Contrechamp : plan pris dans la direction opposée au précédent ; le champ-contrechamp alterne deux interlocuteurs dans un dialogue.
- Profondeur de champ : zone de l’image qui est nette. Une grande profondeur de champ (Citizen Kane) montre tout net du premier plan à l’arrière-plan ; une faible profondeur isole un sujet sur un fond flou. Les règles de la photographie s’appliquent : voir les règles de composition photo.
- Point de vue (caméra subjective) : la caméra montre ce que voit un personnage.
Le montage et les raccords
Le montage assemble les plans. Il crée le rythme et le sens.
| Terme | Définition |
|---|---|
| Cut (coupe franche) | Passage direct d’un plan à l’autre |
| Fondu enchaîné | Une image disparaît pendant que la suivante apparaît en surimpression ; marque souvent une ellipse |
| Fondu au noir | L’image s’assombrit jusqu’au noir |
| Raccord | Continuité entre deux plans (raccord regard, raccord mouvement, raccord dans l’axe) |
| Faux raccord | Rupture de continuité, involontaire (erreur) ou volontaire |
| Jump cut | Coupe dans un même plan qui crée un saut (Godard, À bout de souffle) |
| Montage alterné | Alterne deux actions simultanées en des lieux différents (poursuite, sauvetage) |
| Montage parallèle | Rapproche deux actions sans lien temporel pour créer un sens (comparaison) |
| Ellipse | Omission d’une partie du temps de l’histoire |
| Flash-back / flash-forward | Retour en arrière / saut en avant dans le temps |
L'effet Koulechov, expérience soviétique des années 1920, montre qu’un même plan de visage neutre semble exprimer la faim, la tristesse ou le désir selon le plan qui le précède. Voir le cinéma muet et la Nouvelle Vague.
Le son
On distingue le son in (source visible à l’écran), le son hors-champ (source présente dans la scène mais invisible) et le son off (extérieur à la scène : voix du narrateur, musique d’accompagnement). La musique est dite diégétique quand les personnages l’entendent (radio, musicien dans la scène) et extradiégétique sinon.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un plan et une séquence ?
Le plan est un fragment filmé sans coupe ; la séquence est une suite de plans formant une unité de récit. Une séquence peut contenir des dizaines de plans, ou un seul (plan-séquence).
Pourquoi l’appelle-t-on « plan américain » ?
Parce qu’il était fréquent dans les westerns américains : en coupant le personnage à mi-cuisses, il garde dans le cadre le revolver porté à la ceinture.
Quelle est la différence entre travelling et zoom ?
Le travelling déplace physiquement la caméra dans l’espace, ce qui modifie la perspective. Le zoom change seulement la focale de l’objectif sans bouger la caméra : l’image est agrandie, mais la perspective reste la même.
Qu’est-ce que le hors-champ ?
Tout ce qui fait partie de l’univers du film mais n’apparaît pas dans le cadre. Il est suggéré par le son, les regards ou les entrées et sorties de personnages.