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Sciences · Inventions et découvertes

L’anesthésie

L’anesthésie supprime la douleur pendant un acte médical. La première démonstration publique d’anesthésie générale, à l’éther, a lieu à Boston le 16 octobre 1846 ; elle a transformé la chirurgie.

Mis à jour le 3 min de lecture

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, une opération se déroulait à vif. Les chirurgiens devaient être rapides, le patient était maintenu de force, et seules les interventions les plus urgentes (amputations, extractions de calculs) étaient tentées. L’anesthésie, avec l’antisepsie qui la suit de peu (voir Louis Pasteur) puis les antibiotiques, a fait naître la chirurgie moderne.

Avant l’anesthésie

L’opium, la mandragore, l’alcool ou la compression des nerfs sont utilisés depuis l’Antiquité pour atténuer la douleur, avec une efficacité limitée et des risques importants. Au Japon, le chirurgien Hanaoka Seishū réalise en 1804 une opération sous anesthésie générale avec un mélange de plantes, mais sa méthode reste locale.

Une découverte en quelques années

DateÉtape
1799-1800Humphry Davy décrit les effets du protoxyde d’azote (« gaz hilarant ») et suggère son usage en chirurgie
1842Crawford Long, en Géorgie, opère sous éther, mais ne publie qu’en 1849
1844-1845le dentiste Horace Wells utilise le protoxyde d’azote ; sa démonstration publique à Boston échoue
16 octobre 1846le dentiste William Morton endort un patient à l’éther au Massachusetts General Hospital ; le chirurgien John Warren retire une tumeur du cou sans douleur
1847James Young Simpson, à Édimbourg, introduit le chloroforme
1853John Snow administre du chloroforme à la reine Victoria pour un accouchement
1884Carl Koller utilise la cocaïne comme anesthésique local en chirurgie de l’œil
1898August Bier réalise la première rachianesthésie
1942Harold Griffith, à Montréal, introduit le curare pour relâcher les muscles (voir inventions canadiennes)
1943synthèse de la lidocaïne, anesthésique local de référence

La nouvelle de 1846 traverse l’Atlantique en quelques semaines ; dès décembre 1846, des opérations sous éther ont lieu à Londres et à Paris. Le chloroforme, plus facile à administrer, s’impose en Europe, avant d’être abandonné au XXe siècle pour sa toxicité pour le cœur et le foie.

Les types d’anesthésie

TypePrincipeExemples
généraleperte de conscience totale et réversiblechirurgie abdominale, cardiaque
locorégionaleinsensibilisation d’une région du corps, patient éveillépéridurale, rachianesthésie, bloc d’un nerf du bras
localeinsensibilisation d’une petite zonesoins dentaires, points de suture
sédationsomnolence, anxiété réduite, sans perte de conscience complèteendoscopie, certains examens

Une anesthésie générale moderne combine en général trois effets : la perte de conscience (hypnotiques comme le propofol ou des gaz halogénés), l'analgésie (morphiniques) et, si nécessaire, le relâchement musculaire (curares), qui impose une assistance respiratoire.

Une spécialité à part entière

Au XXe siècle, l’anesthésie devient une spécialité médicale, l'anesthésie-réanimation, avec la surveillance continue du patient : électrocardiogramme, pression artérielle, oxymétrie de pouls (taux d'oxygène dans le sang), mesure du CO₂ expiré. Le risque de décès directement imputable à l’anesthésie est devenu très faible dans les pays disposant de ces moyens, de l’ordre d’un cas pour plus de 100 000 anesthésies chez les patients en bonne santé.

En France, une consultation d’anesthésie est obligatoire avant toute intervention programmée, plusieurs jours à l’avance, pour évaluer les risques et choisir la technique.

Questions fréquentes

Qui a inventé l’anesthésie ?

Plusieurs pionniers se la disputent. Crawford Long a utilisé l’éther dès 1842 sans publier, Horace Wells le protoxyde d’azote en 1844, mais c’est la démonstration publique de William Morton à Boston, le 16 octobre 1846, qui lance la diffusion mondiale de l’anesthésie générale.

Rêve-t-on pendant une anesthésie générale ?

Certains patients rapportent des rêves, souvent au réveil, quand l’anesthésie s’allège. L’anesthésie générale n’est pas un sommeil naturel : c’est un état provoqué et contrôlé par des médicaments.

Pourquoi faut-il être à jeun ?

Pendant l’anesthésie, les réflexes qui protègent les voies respiratoires disparaissent. Le contenu de l’estomac pourrait alors remonter et passer dans les poumons, ce qui peut provoquer une pneumopathie grave.

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