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Philosophie · Concepts clés

Le dualisme corps-esprit

Le dualisme est la thèse selon laquelle l’esprit et le corps sont deux réalités de nature différente. Sa forme la plus célèbre est celle de Descartes, qui distingue la pensée et l’étendue.

Mis à jour le 4 min de lecture

Le problème corps-esprit (en anglais mind-body problem) est la question de savoir comment la pensée, la conscience, les sensations, les émotions sont liées au corps, et en particulier au cerveau. Le dualisme y répond que l’esprit et le corps sont deux choses (ou deux types de propriétés) radicalement distinctes. Il s’oppose au monisme, selon lequel il n’existe au fond qu’une seule sorte de réalité, matérielle ou spirituelle.

Avant Descartes

L’idée d’une âme distincte du corps est très ancienne. Platon décrit le corps comme la prison ou le tombeau de l’âme (Phédon), qui lui préexiste et lui survit. Aristote propose une vision différente : l’âme est la forme du corps vivant, son principe d’organisation, et ne peut en être séparée, comme la forme d’une statue ne peut l’être de son bronze (à l’exception, peut-être, de l’intellect).

Le dualisme de Descartes

C’est Descartes qui donne au dualisme sa forme moderne, dans les Méditations métaphysiques (1641). Il distingue deux substances :

Substance pensante (res cogitans)Substance étendue (res extensa)
Attribut essentielLa penséeL’étendue (longueur, largeur, profondeur)
PropriétésDouter, comprendre, vouloir, imaginer, sentirFigure, mouvement, divisibilité
DivisibilitéIndivisibleDivisible à l’infini
ConnaissanceConnue immédiatement, avec certitude (le cogito)Connue par l’entendement, après la preuve de Dieu
LoisLibertéMécanique

L’argument principal : je peux douter de l’existence de mon corps, mais non de ma pensée (voir cogito ergo sum). Je peux concevoir clairement mon esprit sans mon corps et inversement ; or ce que je conçois clairement comme distinct peut être séparé par Dieu. Donc l’âme est « entièrement et véritablement distincte de mon corps » et peut exister sans lui (Méditation VI).

Une conséquence : le corps, y compris celui des animaux, est une machine qui obéit aux lois de la mécanique. Les animaux, sans pensée, sont des automates (la thèse des animaux-machines).

Le problème de l’interaction

Le dualisme cartésien soulève une difficulté majeure : comment deux substances si différentes peuvent-elles agir l’une sur l’autre ? Quand je décide de lever le bras, mon bras se lève ; quand je me brûle, j’ai mal. Comment une pensée sans étendue peut-elle mouvoir un corps, et un corps produire une pensée ?

La princesse Élisabeth de Bohême pose la question à Descartes en 1643 : comment l’âme, qui n’est qu’une chose pensante, peut-elle déterminer les esprits animaux du corps à faire des actions volontaires ? Descartes répond que l’union de l’âme et du corps est une notion primitive, que l’on connaît par l’expérience de la vie ordinaire plutôt que par l’entendement. Dans Les Passions de l’âme (1649), il situe le lieu de leur interaction dans la glande pinéale (épiphyse), au centre du cerveau, parce qu’elle est unique alors que les autres parties du cerveau sont doubles. Cette solution n’a convaincu personne.

Les réponses des successeurs

AuteurSolutionPrincipe
MalebrancheOccasionnalismeIl n’y a pas d’interaction : à l’occasion d’un événement dans l’un, Dieu produit l’événement correspondant dans l’autre
SpinozaMonisme des attributsEsprit et corps sont une seule et même chose, exprimée sous deux attributs (pensée et étendue) de la substance unique
LeibnizHarmonie préétablieÂme et corps suivent chacun leurs lois, accordés d’avance par Dieu comme deux horloges réglées ensemble
La MettrieMatérialismeL’homme est une machine ; la pensée est une propriété de la matière organisée (L’Homme-machine, 1747)
BerkeleyImmatérialismeIl n’existe pas de matière, seulement des esprits et des idées

Les positions contemporaines

Au XXe siècle, la philosophie de l’esprit renouvelle le débat avec les progrès des neurosciences.

  • Le matérialisme ou physicalisme (majoritaire) : les états mentaux sont des états du cerveau. Version de l'identité (la douleur est l’activation de certaines fibres nerveuses) ; version fonctionnaliste (un état mental se définit par son rôle causal, comme un logiciel par rapport au matériel).
  • Le béhaviorisme logique (Gilbert Ryle, La Notion d’esprit, 1949) : parler d’esprit, c’est parler de dispositions à se comporter. Ryle ironise sur le dualisme cartésien, « le mythe du fantôme dans la machine ».
  • Le dualisme des propriétés : il n’y a qu’une substance, le cerveau, mais il possède des propriétés mentales (l’expérience consciente) irréductibles aux propriétés physiques. David Chalmers parle du « problème difficile de la conscience » : expliquer pourquoi les processus cérébraux s’accompagnent d’une expérience vécue.
  • L’émergentisme : l’esprit émerge de la complexité du cerveau sans s’y réduire.
  • La phénoménologie : Merleau-Ponty refuse l’alternative en décrivant le « corps propre », vécu de l’intérieur, à la fois sujet et objet.

Voir aussi matérialisme.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le dualisme de Descartes ?

C’est la thèse selon laquelle l’homme est composé de deux substances distinctes : l’âme, dont l’essence est de penser, et le corps, dont l’essence est d’être étendu. L’âme peut exister sans le corps.

Pourquoi Descartes parle-t-il de la glande pinéale ?

Parce qu’il cherchait un lieu du cerveau où l’âme pourrait agir sur le corps. Il choisit la glande pinéale parce qu’elle est unique et centrale, alors que la plupart des structures cérébrales sont doubles.

Le dualisme est-il encore défendu aujourd’hui ?

Le dualisme des substances est minoritaire, mais certaines formes de dualisme des propriétés sont défendues, notamment par ceux qui jugent que l’expérience consciente ne peut pas être entièrement expliquée en termes physiques.

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