Histoire · XXIe siècle
Le printemps arabe
Le printemps arabe est la vague de soulèvements qui gagne le monde arabe à partir de décembre 2010, après l’immolation de Mohamed Bouazizi en Tunisie. Il renverse quatre dirigeants.
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Le printemps arabe désigne la série de manifestations et de révoltes qui secouent de nombreux pays arabes à partir du 17 décembre 2010, jour où le jeune vendeur ambulant Mohamed Bouazizi s’immole par le feu à Sidi Bouzid, en Tunisie. En quelques semaines, le mouvement fait tomber Zine el-Abidine Ben Ali en Tunisie (14 janvier 2011) et Hosni Moubarak en Égypte (11 février 2011). Il gagne la Libye, le Yémen, Bahreïn, la Syrie, et touche aussi le Maroc, la Jordanie ou l’Algérie. Les bilans sont très contrastés : transition démocratique en Tunisie, retour à un régime autoritaire en Égypte, guerres civiles en Libye, au Yémen et en Syrie.
Les causes
- Des régimes autoritaires usés : dirigeants au pouvoir depuis des décennies (23 ans pour Ben Ali, 30 ans pour Moubarak, 42 ans pour Kadhafi), corruption et accaparement des richesses par les familles au pouvoir, répression policière.
- Une jeunesse nombreuse et sans perspectives : forte proportion de jeunes, chômage élevé y compris chez les diplômés.
- La hausse des prix alimentaires en 2010-2011.
- Les nouveaux médias : chaînes satellitaires comme Al Jazeera, réseaux sociaux (Facebook, Twitter) et téléphones portables qui diffusent les images de la contestation et permettent de s’organiser.
Le slogan « Le peuple veut la chute du régime » (ach-cha’b yourid isqat an-nizam) et le mot d’ordre « Dégage ! » se répandent d’un pays à l’autre.
Pays par pays
| Pays | Début | Issue immédiate | Évolution |
|---|---|---|---|
| Tunisie | Décembre 2010 | Fuite de Ben Ali le 14 janvier 2011 | Constitution démocratique en 2014 ; concentration des pouvoirs par le président à partir de 2021 |
| Égypte | 25 janvier 2011 | Démission de Moubarak le 11 février 2011 | Élection de Mohamed Morsi (2012), renversé par l’armée en juillet 2013 ; pouvoir du général al-Sissi |
| Libye | 15-17 février 2011 | Intervention de l’OTAN (mars 2011) ; mort de Kadhafi le 20 octobre 2011 | Divisions et guerre civile, pays fragmenté |
| Yémen | Janvier 2011 | Départ du président Saleh (février 2012) | Guerre civile à partir de 2014, intervention d’une coalition menée par l’Arabie saoudite |
| Bahreïn | 14 février 2011 | Répression avec l’appui de troupes saoudiennes (mars 2011) | Maintien de la monarchie |
| Syrie | Mars 2011 | Répression du régime de Bachar al-Assad | Guerre civile ; essor de l’État islamique ; chute du régime en décembre 2024 |
| Maroc | 20 février 2011 | Réforme constitutionnelle (juillet 2011) | Maintien de la monarchie |
Tunisie : la révolution du jasmin
Les manifestations partent des régions déshéritées de l’intérieur et gagnent Tunis. L’armée refuse de tirer sur la foule ; Ben Ali s’enfuit en Arabie saoudite le 14 janvier 2011. La Tunisie organise des élections libres en octobre 2011, remportées par le parti islamiste Ennahdha, et adopte en 2014 une constitution démocratique, fruit d’un compromis. Le Quartet du dialogue national, qui a permis ce compromis, reçoit le prix Nobel de la paix en 2015. À partir de juillet 2021, le président Kaïs Saïed suspend le Parlement et concentre les pouvoirs.
Égypte : la place Tahrir
À partir du 25 janvier 2011, des centaines de milliers de manifestants occupent la place Tahrir, au Caire. Après dix-huit jours de mobilisation, l’armée lâche Moubarak, qui démissionne le 11 février. Le Frère musulman Mohamed Morsi est élu président en juin 2012, mais il est renversé par l’armée le 3 juillet 2013, après d’immenses manifestations contre lui. La répression qui suit fait des centaines de morts. Le maréchal Abdel Fattah al-Sissi est élu président en 2014.
Libye : l’intervention internationale
Face à la menace d’une répression sanglante à Benghazi, le Conseil de sécurité de l'ONU adopte le 17 mars 2011 la résolution 1973, qui autorise la protection des civils. La France, le Royaume-Uni et les États-Unis, puis l’OTAN, bombardent les forces de Kadhafi. Le dictateur est tué le 20 octobre 2011 près de Syrte. Le pays sombre ensuite dans les rivalités entre milices et gouvernements concurrents.
Syrie : de la révolte à la guerre
En mars 2011, l’arrestation d’adolescents auteurs de graffitis à Deraa déclenche des manifestations, réprimées par le régime de Bachar al-Assad. La révolte se militarise et devient une guerre civile internationalisée, avec l’intervention de l’Iran, du Hezbollah, de la Russie (2015), de la Turquie et d’une coalition contre l'État islamique, qui proclame un « califat » en 2014. Le conflit fait plusieurs centaines de milliers de morts et des millions de réfugiés. Le régime Assad tombe en décembre 2024, après une offensive éclair de groupes rebelles.
Le bilan
Le printemps arabe a montré la capacité des sociétés arabes à se mobiliser pour la dignité, la liberté et la justice sociale. Mais la plupart des transitions ont échoué : contre-révolutions, retour des militaires, guerres civiles et chaos ont favorisé l’essor de groupes djihadistes, dont l’État islamique, responsable notamment des attentats du 13 novembre 2015, et provoqué d’importants mouvements de réfugiés vers l’Europe. Une seconde vague de contestation a touché en 2019 l’Algérie (Hirak, démission d’Abdelaziz Bouteflika), le Soudan (chute d’Omar el-Béchir), le Liban et l’Irak.
Questions fréquentes
Pourquoi parle-t-on de « printemps arabe » ?
Par analogie avec le « printemps des peuples » de 1848 en Europe (voir révolution de 1848) et le « printemps de Prague » de 1968. L’expression, popularisée par les médias occidentaux, est discutée ; dans le monde arabe, on parle souvent de « révolutions » ou de « soulèvements ».
Quel pays a déclenché le printemps arabe ?
La Tunisie, après l’immolation de Mohamed Bouazizi le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid. Il meurt le 4 janvier 2011 ; dix jours plus tard, Ben Ali quitte le pouvoir.
Le printemps arabe a-t-il réussi ?
Les résultats sont très inégaux. La Tunisie a longtemps été présentée comme le seul succès démocratique, avant le tournant autoritaire de 2021. Ailleurs, les soulèvements ont été réprimés ou ont débouché sur des guerres civiles.