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Sciences · Astronomie et espace

La pollution lumineuse

La pollution lumineuse désigne l’excès de lumière artificielle nocturne qui éclaire le ciel et l’environnement. Elle cache les étoiles à la majorité des humains et perturbe les animaux, les plantes et notre propre sommeil.

Mis à jour le 4 min de lecture

Depuis l’invention de l’éclairage électrique, la nuit noire a reculé partout sur la planète. D’après l’atlas mondial de la luminosité du ciel publié en 2016 par Fabio Falchi et ses collègues, plus de 80 % de la population mondiale et plus de 99 % des habitants des États-Unis et de l’Europe vivent sous un ciel pollué par la lumière. Environ un tiers de l’humanité ne peut plus voir la Voie lactée depuis son domicile, dont environ 60 % des Européens.

D’où vient la pollution lumineuse ?

FormeDescription
Halo lumineuxLueur orangée ou blanche au-dessus des villes, due à la lumière diffusée par l’air, les poussières et l’humidité
Lumière intrusiveÉclairage qui pénètre là où il n’est pas utile, par exemple dans les chambres
ÉblouissementLumière trop intense ou mal orientée, qui réduit la vision au lieu de l’améliorer
Sur-éclairementNiveau de lumière supérieur aux besoins

Les principales sources sont l'éclairage public, les enseignes et vitrines, les bâtiments éclairés, les parkings, les installations sportives et industrielles. Une grande partie de la lumière émise est envoyée vers le ciel ou à l’horizontale, sans rien éclairer d’utile.

Une pollution qui augmente

Une étude publiée dans Science en 2023, fondée sur plus de 50 000 observations de citoyens à travers le monde entre 2011 et 2022, a montré que le ciel nocturne s’éclaircit en moyenne d’environ 10 % par an. À ce rythme, un enfant né sous un ciel où l’on voit 250 étoiles n’en verrait plus qu’une centaine à 18 ans. Le passage aux LED, plus efficaces mais souvent riches en lumière bleue et installées en plus grand nombre, n’a pas freiné la tendance ; les satellites ne la mesurent qu’imparfaitement, car ils sont peu sensibles au bleu.

L’échelle de Bortle

Proposée en 2001 par l’astronome amateur américain John Bortle, cette échelle classe la qualité du ciel de 1 à 9 :

ClasseType de cielCe que l’on voit
1Ciel parfaitement noirVoie lactée projetant des ombres, lumière zodiacale, étoiles jusqu’à la magnitude 7 à 8
3Ciel ruralVoie lactée riche et structurée, léger halo à l’horizon
5BanlieueVoie lactée pâle, absente près de l’horizon
7Transition banlieue-villeCiel gris ou orangé, Voie lactée invisible
9Centre-villeSeuls la Lune, les planètes et quelques dizaines d’étoiles brillantes

Voir magnitude des étoiles pour comprendre la notion de magnitude limite.

Les effets sur la biodiversité

La lumière artificielle nocturne est reconnue comme l’une des causes du déclin de la biodiversité :

  • Les insectes nocturnes sont attirés par les lampadaires, où ils meurent d’épuisement ou sont mangés ; cela réduit aussi la pollinisation nocturne.
  • Les oiseaux migrateurs, qui se guident en partie sur les étoiles, sont désorientés par les villes et les bâtiments illuminés ; des centaines de millions meurent chaque année en Amérique du Nord par collision avec des bâtiments, selon les estimations.
  • Les tortues marines nouveau-nées, qui rejoignent la mer en suivant l’horizon le plus clair, se dirigent vers les lumières côtières.
  • Les chauves-souris : certaines espèces fuient les zones éclairées, ce qui fragmente leurs territoires de chasse.
  • Les plantes : certains arbres proches des lampadaires gardent leurs feuilles plus longtemps à l’automne.

La notion de trame noire, en complément des trames vertes et bleues, vise à préserver des corridors d’obscurité pour la faune.

Les effets sur la santé

La lumière, surtout bleue, freine la sécrétion de mélatonine, l’hormone qui régule l’horloge biologique. Une exposition nocturne excessive peut perturber le sommeil et les rythmes circadiens. Les liens avec d’autres troubles de santé font l’objet de recherches, et l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a émis en 2019 des recommandations sur les LED.

Les solutions

  • Éclairer seulement là où c’est utile : luminaires orientés vers le sol, sans émission au-dessus de l’horizontale.
  • Éclairer seulement quand c’est utile : extinction en milieu de nuit, détecteurs de présence. De nombreuses communes françaises éteignent leur éclairage public une partie de la nuit, ce qui réduit aussi la facture énergétique.
  • Choisir des teintes chaudes : une lumière ambrée, moins riche en bleu, est moins nocive pour la faune et diffuse moins dans l’atmosphère.
  • Réduire l’intensité : les niveaux d’éclairement sont souvent supérieurs aux besoins réels.

Les réserves de ciel étoilé

L’association internationale DarkSky labellise des espaces protégés. En France, la réserve internationale de ciel étoilé du Pic du Midi (2013) a été la première, suivie notamment des Cévennes et de l’Alpes Azur Mercantour. Le label national « Villes et villages étoilés », décerné par l’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes (ANPCEN), récompense les communes engagées.

Questions fréquentes

Combien d’étoiles voit-on en ville ?

Souvent quelques dizaines seulement, contre plusieurs milliers sous un ciel de campagne bien noir.

Éteindre l’éclairage public augmente-t-il l’insécurité ?

Les études disponibles ne montrent pas de lien clair et général entre extinction nocturne et hausse de la délinquance ou des accidents. Les communes qui l’ont mise en place ne rapportent généralement pas d’augmentation notable.

Les LED ont-elles réduit la pollution lumineuse ?

Pas nécessairement. Plus économes, elles ont parfois conduit à éclairer davantage, et les LED blanches froides, riches en bleu, diffusent plus dans l’atmosphère. Des LED ambrées bien orientées permettent en revanche de réduire fortement les nuisances.

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