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Sciences · Biologie

L’intelligence animale

L’intelligence animale recouvre la capacité des animaux à résoudre des problèmes, apprendre, mémoriser, utiliser des outils et s’adapter à l’imprévu. Elle varie beaucoup selon les espèces.

Mis à jour le 5 min de lecture

Longtemps, l’intelligence a été considérée comme le propre de l’homme, et les animaux comme des machines guidées par l’instinct, selon la théorie de l'« animal-machine » associée à Descartes. Les recherches menées depuis le milieu du XXe siècle ont bouleversé cette vision : des corbeaux fabriquent des outils, des pieuvres ouvrent des bocaux, des chimpanzés transmettent des traditions. La question n’est plus de savoir si les animaux sont intelligents, mais comment chaque espèce l’est, en fonction de son milieu.

Plusieurs formes d’intelligence

Il n’existe pas d’échelle unique de l’intelligence animale. Chaque espèce a développé les capacités utiles à son mode de vie : une abeille n’a pas besoin de reconnaître les visages de ses congénères, un geai doit retrouver des milliers de cachettes de graines. Les chercheurs évaluent donc des capacités séparées.

CapacitéExemple remarquable
Mémoire spatialeLe casse-noix de Clark cache des dizaines de milliers de graines en automne et en retrouve une grande partie des mois plus tard
Utilisation et fabrication d’outilsCorbeaux de Nouvelle-Calédonie, chimpanzés, loutres de mer, certains poissons labres
Résolution de problèmesCorbeaux réalisant des séquences de plusieurs étapes pour obtenir une récompense
PlanificationGeais buissonniers cachant de la nourriture en prévision du lendemain
Apprentissage social et cultureLavage des patates douces par les macaques japonais
NumérositéCapacité à distinguer de petites quantités chez de nombreuses espèces, dont les abeilles et les poissons
Reconnaissance de soiTest du miroir réussi par les grands singes, les dauphins, l’éléphant d’Asie, la pie
Théorie de l’esprit (comprendre ce que l’autre sait)Indices chez les chimpanzés et les corvidés, débattus

Les grandes figures de l’intelligence animale

Les grands singes

En 1960, Jane Goodall observe en Tanzanie un chimpanzé qui effeuille une tige pour « pêcher » des termites : la fabrication d’outils n’est plus le propre de l’homme. Les chimpanzés utilisent aussi des pierres comme marteaux pour casser des noix, une technique transmise de génération en génération et dont des sites archéologiques montrent l’ancienneté de plusieurs milliers d’années en Côte d’Ivoire. Les populations de différentes régions ont des répertoires d’outils différents : on parle de cultures animales. Les orangs-outans et les bonobos montrent des capacités comparables, et certains bonobos ont appris à communiquer par des centaines de symboles.

Les corvidés

Corbeaux, corneilles, geais et pies, dont le cerveau est relativement grand par rapport à leur corps, rivalisent avec les grands singes dans de nombreuses tâches. Les corbeaux calédoniens fabriquent des crochets à partir de brindilles et de feuilles, et peuvent assembler deux pièces pour atteindre une récompense. Les corneilles reconnaissent les visages humains qui les ont menacées et transmettent cette méfiance à leurs congénères. Les pies ont réussi le test du miroir. Cette intelligence, apparue indépendamment de celle des primates, est un bel exemple de convergence évolutive.

Les céphalopodes

La pieuvre, un mollusque, possède environ 500 millions de neurones, dont une majorité dans ses bras. En captivité, elle ouvre des bocaux à vis, s’échappe d’aquariums, reconnaît des soigneurs. Certaines pieuvres transportent des demi-coquilles de noix de coco pour s’en faire un abri. Son intelligence est d’autant plus étonnante qu’elle vit seule et généralement moins de deux ans.

Les cétacés

Les dauphins ont des sifflements individuels qui servent de noms, coopèrent pour chasser et se reconnaissent dans un miroir. Dans la baie de Shark Bay, en Australie, certains dauphins portent des éponges sur leur rostre pour fouiller le fond, une technique transmise surtout de mère en fille. Les orques ont des techniques de chasse et des dialectes propres à chaque groupe.

D’autres surprises

  • Les éléphants reconnaissent de nombreux congénères, semblent réagir à la mort de leurs proches et se reconnaissent dans un miroir (voir éléphant).
  • Les perroquets : le perroquet gris Alex, étudié par Irene Pepperberg pendant trente ans, nommait plus d’une centaine d’objets, des couleurs, des formes et de petites quantités.
  • Les abeilles apprennent des concepts abstraits comme « pareil » et « différent », et des bourdons ont appris à tirer une ficelle pour obtenir une récompense en observant d’autres bourdons.
  • Les poissons : le labre nettoyeur a réussi une version du test du miroir, ce qui a relancé le débat sur la valeur de ce test.

Comment mesure-t-on l’intelligence animale ?

MéthodePrincipeLimites
Observation sur le terrainComportements spontanés dans le milieu naturelDifficile de prouver la compréhension
Expériences de laboratoireTâches contrôlées (boîtes à problèmes, choix)Peuvent ne pas correspondre aux capacités naturelles de l’espèce
Test du miroir (Gordon Gallup, 1970)L’animal remarque-t-il une marque visible seulement dans un miroir ?Favorise les espèces très visuelles
Taille relative du cerveauRapport entre masse cérébrale et masse corporelle (coefficient d’encéphalisation)Indicateur grossier ; le nombre et la densité des neurones comptent davantage

Le piège principal est l'anthropomorphisme. Au début du XXe siècle, le cheval « Hans le Malin » semblait calculer ; le psychologue Oskar Pfungst montra en 1907 qu’il réagissait en fait aux infimes mouvements involontaires de son interrogateur. Depuis, les protocoles évitent que l’expérimentateur influence l’animal sans le vouloir.

Intelligence animale et éthique

La reconnaissance des capacités cognitives et émotionnelles des animaux a des conséquences juridiques et morales. La déclaration de Cambridge sur la conscience (2012) affirme que de nombreux animaux, dont tous les mammifères, les oiseaux et les pieuvres, possèdent les substrats neurologiques de la conscience. En France, depuis 2015, le Code civil reconnaît les animaux comme des « êtres vivants doués de sensibilité ».

Questions fréquentes

Quel est l’animal le plus intelligent ?

La question n’a pas de réponse unique : cela dépend de la capacité mesurée. Les grands singes, les dauphins, les éléphants, les corvidés, les perroquets et les pieuvres figurent parmi les espèces aux capacités cognitives les plus remarquables.

Les chiens sont-ils intelligents ?

Les chiens excellent dans la compréhension des signaux humains, comme le geste de pointage, mieux que les chimpanzés, grâce à des milliers d’années de domestication. Ils sont en revanche moins performants dans certaines tâches de résolution de problèmes physiques (voir chien).

Les animaux ont-ils une conscience ?

De nombreux indices plaident pour une forme de conscience chez beaucoup d’animaux, au moins la capacité à ressentir. Sa nature exacte, et notamment l’existence d’une conscience de soi, reste discutée selon les espèces.

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