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Sciences · Biologie

L’éthologie, science du comportement animal

L’éthologie est la science qui étudie le comportement des animaux, de préférence dans leur milieu naturel : ce qu’ils font, comment, pourquoi, et comment ces comportements ont évolué.

Mis à jour le 4 min de lecture

Pourquoi le merle chante-t-il au printemps ? Comment l’abeille indique-t-elle à ses sœurs où trouver des fleurs ? Pourquoi un oison suit-il la première créature qu’il voit ? Ces questions sont celles de l’éthologie. Discipline à part entière depuis les années 1930, elle a été consacrée en 1973 par le prix Nobel de physiologie ou médecine décerné à ses trois fondateurs : Konrad Lorenz, Nikolaas Tinbergen et Karl von Frisch.

Les fondateurs et leurs découvertes

ChercheurPaysApport principal
Charles DarwinRoyaume-UniL’Expression des émotions chez l’homme et les animaux (1872) : le comportement évolue comme l’anatomie
Oskar HeinrothAllemagnePremières descriptions de l’empreinte chez les oiseaux (début du XXe siècle)
Konrad LorenzAutricheÉtude de l'empreinte chez les oies cendrées ; notion de comportements innés propres à chaque espèce
Nikolaas TinbergenPays-Bas, Royaume-UniExpériences de terrain sur les goélands, les épinoches ; les quatre questions
Karl von FrischAutriche, AllemagneVision des couleurs et danse des abeilles
Jane GoodallRoyaume-UniObservation prolongée des chimpanzés de Gombe à partir de 1960 : usage d’outils, chasse, personnalités

Les concepts clés

L’empreinte

Lorenz a montré que des oisons cendrés suivent, pendant une courte période sensible après l’éclosion, le premier objet en mouvement qu’ils voient, normalement leur mère, et s’y attachent durablement. Élevés par lui, ils le suivaient partout. L’empreinte combine une prédisposition innée et un apprentissage très rapide et difficilement réversible.

Les stimuli déclencheurs

Certains comportements sont déclenchés par un signal simple. Tinbergen a observé que les poussins de goéland argenté picorent la tache rouge du bec de leurs parents pour obtenir de la nourriture ; un simple bâton peint avec une tache rouge suffit à déclencher ce picorage. De même, le mâle d’épinoche attaque en période de reproduction des leurres grossiers pourvu qu’ils aient un ventre rouge, mais ignore une copie fidèle d’un mâle sans rouge. On parle de stimulus signal, voire de stimulus supranormal quand un leurre exagéré est préféré au signal naturel.

Le comportement inné et l’apprentissage

InnéAcquis
OrigineProgramme génétique de l’espèceExpérience individuelle
Présent dèsLa première occasion, sans entraînementAprès apprentissage
VariabilitéFaible entre individusForte
ExemplesTissage de la toile de l’araignée, réflexe de succion, direction de migration des jeunes passereauxChant régional de nombreux oiseaux, chasse chez les félins, usage d’outils chez les chimpanzés

L’opposition est aujourd’hui nuancée : la plupart des comportements résultent d’une interaction entre gènes et environnement. Le pinson apprend son chant en écoutant des adultes, mais seulement pendant une période précise et selon un modèle propre à son espèce.

Les formes d’apprentissage

  • Habituation : cesser de répondre à un stimulus répété sans conséquence (les oiseaux qui ignorent un épouvantail).
  • Conditionnement classique : associer deux stimuli (Pavlov et ses chiens, vers 1900).
  • Conditionnement opérant : apprendre par les conséquences de ses actes (récompense, punition).
  • Apprentissage social : copier ses congénères, à l’origine de véritables traditions (voir intelligence animale).

Les quatre questions de Tinbergen

En 1963, Tinbergen propose d’aborder tout comportement par quatre questions complémentaires. Prenons le chant du merle au printemps.

QuestionInterrogationRéponse pour le chant du merle
Mécanisme (causation)Comment se produit-il ?Allongement des jours, hausse de la testostérone, zones cérébrales du chant
Développement (ontogenèse)Comment se met-il en place chez l’individu ?Apprentissage auprès des adultes lors d’une période sensible
Fonction (adaptation)À quoi sert-il pour la survie et la reproduction ?Défendre un territoire et attirer une femelle
Évolution (phylogenèse)Comment est-il apparu au cours de l’évolution ?Comparaison avec les chants d’espèces apparentées

Les deux premières questions portent sur les causes proximales (comment), les deux dernières sur les causes ultimes (pourquoi, au sens évolutif).

Les grands domaines étudiés

  • Recherche de nourriture : choix des proies, stratégies optimales de fourragement.
  • Reproduction : parades, choix du partenaire, soins parentaux, systèmes d’accouplement.
  • Comportement social : hiérarchies, coopération, altruisme, sociétés d’insectes (voir fourmi).
  • Communication : chants, phéromones, danses, signaux visuels (voir communication animale).
  • Orientation et déplacements : territoires, migration.
  • Cognition : mémoire, résolution de problèmes, conscience.

L’éthologie aujourd’hui

À partir des années 1970, l’éthologie a donné naissance à l'écologie comportementale, qui analyse les comportements en termes de coûts et de bénéfices pour la survie et la reproduction, et à la sociobiologie d’Edward O. Wilson (1975), qui applique la théorie de l’évolution aux comportements sociaux. Les outils ont changé : balises GPS, caméras, enregistrements acoustiques automatiques, analyses génétiques et neurologiques. Le terrain reste pourtant au cœur de la discipline.

L’éthologie a aussi des applications concrètes : bien-être des animaux d’élevage et de zoo, conservation des espèces menacées, éducation des chiens et chevaux, réduction des conflits avec la faune sauvage.

Questions fréquentes

Quelle différence entre éthologie et psychologie animale ?

L’éthologie, issue de la zoologie, privilégie l’observation dans le milieu naturel et l’approche évolutive. La psychologie comparée, née en laboratoire, a d’abord étudié l’apprentissage chez quelques espèces (rats, pigeons). Les deux traditions se sont largement rapprochées.

L’être humain est-il étudié par l’éthologie ?

Oui. L’éthologie humaine étudie par exemple les expressions faciales, les interactions mère-enfant ou les comportements universels. L’Autrichien Irenäus Eibl-Eibesfeldt en a été un pionnier.

L’éthologie prête-t-elle des sentiments aux animaux ?

Elle s’efforce d’éviter l’anthropomorphisme, qui consiste à projeter des intentions humaines sans preuve. Mais les recherches actuelles reconnaissent chez de nombreuses espèces des émotions, de la douleur et des états mentaux, étudiés avec des méthodes rigoureuses.

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