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Les espèces invasives
Une espèce invasive, ou exotique envahissante, est une espèce introduite par l’homme hors de son aire naturelle, qui s’y installe, s’y répand et menace les espèces, les écosystèmes ou les activités locales.
Mis à jour le 5 min de lecture
Le frelon à pattes jaunes arrivé dans une cargaison de poteries chinoises, l’écrevisse de Louisiane dans les étangs, la renouée du Japon le long des rivières : partout dans le monde, des espèces déplacées par l’homme bouleversent les milieux qui les accueillent. Selon le rapport de l’IPBES publié en 2023, les espèces exotiques envahissantes ont joué un rôle dans environ 60 % des extinctions d’espèces animales et végétales documentées, et leur coût mondial dépassait 400 milliards de dollars par an en 2019. Elles comptent parmi les cinq grandes causes d’érosion de la biodiversité.
Toutes les espèces introduites ne sont pas invasives
La plupart des espèces introduites ne survivent pas, ou restent discrètes. La « règle des dix », proposée par Mark Williamson dans les années 1990, en donne un ordre de grandeur approximatif :
| Étape | Proportion indicative |
|---|---|
| Espèces importées | 100 % |
| Qui apparaissent dans la nature | environ 10 % |
| Qui s’y établissent durablement | environ 1 % |
| Qui deviennent envahissantes | environ 0,1 % |
Le blé, la pomme de terre, la tomate ou le maïs sont des espèces introduites en France, mais pas envahissantes. Le caractère invasif dépend de l’espèce et du milieu d’accueil.
Comment une espèce devient-elle invasive ?
- Introduction : par le commerce (plantes ornementales, animaux de compagnie), les transports (eaux de ballast des navires, cargaisons), l’agriculture ou l’aquaculture, la chasse et la pêche, ou par accident.
- Établissement : l’espèce survit, se reproduit et forme une population autonome.
- Phase de latence : la population reste parfois discrète pendant des années ou des décennies.
- Expansion : elle se répand rapidement et prolifère.
Plusieurs facteurs favorisent le succès :
- l'absence de prédateurs, de parasites ou de maladies naturels dans le nouveau milieu (hypothèse de la libération des ennemis) ;
- une reproduction rapide et abondante ;
- une grande tolérance aux conditions du milieu ;
- des milieux perturbés par l’homme, plus faciles à coloniser ;
- une niche laissée libre ou mal occupée par les espèces locales (voir niche écologique).
Exemples en France
| Espèce | Origine | Arrivée | Impact |
|---|---|---|---|
| Frelon à pattes jaunes (Vespa velutina) | Asie | Vers 2004, Lot-et-Garonne | Prédateur des abeilles domestiques et d’autres pollinisateurs (voir abeille) |
| Moustique tigre (Aedes albopictus) | Asie du Sud-Est | 2004, Alpes-Maritimes | Vecteur de la dengue, du chikungunya et du Zika ; présent dans la majorité des départements métropolitains |
| Ambroisie à feuilles d’armoise | Amérique du Nord | XIXe siècle, forte expansion après 1950 | Pollen très allergisant, surtout en vallée du Rhône |
| Renouée du Japon | Asie orientale | XIXe siècle, plante ornementale | Forme des massifs denses le long des cours d’eau, élimine la flore locale |
| Jussie | Amérique du Sud | XIXe siècle, plante d’ornement de bassins | Envahit plans d’eau et canaux, asphyxie les milieux |
| Écrevisse de Louisiane | Amérique du Nord | Années 1970-1980 | Concurrence les écrevisses indigènes, transmet la peste de l’écrevisse, creuse les berges |
| Ragondin | Amérique du Sud | XIXe siècle, élevage pour la fourrure | Dégâts aux berges et aux cultures, transmission de la leptospirose |
| Tortue de Floride | Amérique du Nord | Années 1970-1990, animaux de compagnie relâchés | Concurrence la cistude d’Europe |
| Silure glane | Europe de l’Est | XIXe siècle puis introductions des années 1970-1980 | Grand prédateur dans les rivières, consomme des poissons migrateurs |
| Caulerpe (Caulerpa taxifolia) | Mers tropicales | 1984, au large de Monaco | A colonisé une partie des fonds méditerranéens avant de régresser |
Dans les territoires d’outre-mer, souvent insulaires, les impacts sont encore plus graves : le rat noir, le chat haret ou la petite fourmi de feu menacent de nombreuses espèces endémiques.
Les grands cas dans le monde
- Le lapin en Australie : une vingtaine d’individus lâchés en 1859 pour la chasse se sont multipliés en centaines de millions, dévastant la végétation. Le virus de la myxomatose, introduit en 1950, n’a été qu’une solution temporaire.
- Le crapaud buffle en Australie : introduit en 1935 pour lutter contre un coléoptère de la canne à sucre, il a échoué dans cette mission et empoisonne les prédateurs locaux qui le mangent.
- La perche du Nil dans le lac Victoria : introduite dans les années 1950, elle a contribué à la disparition de centaines d’espèces de poissons cichlidés endémiques.
- Le serpent brun arboricole à Guam : arrivé après la Seconde Guerre mondiale, il a fait disparaître la plupart des oiseaux forestiers de l’île.
- La moule zébrée en Amérique du Nord, arrivée par les eaux de ballast dans les années 1980, qui obstrue les canalisations.
Les impacts
| Type | Exemples |
|---|---|
| Écologiques | Prédation, concurrence, hybridation, transmission de maladies, modification des habitats, perturbation des chaînes alimentaires |
| Économiques | Pertes agricoles et de pêche, entretien des cours d’eau, dégâts aux infrastructures |
| Sanitaires | Allergies (ambroisie), maladies transmises (moustique tigre), piqûres |
Les îles sont particulièrement vulnérables : leurs espèces, isolées depuis longtemps, ont souvent évolué sans prédateurs et sans défenses. Le dodo de l’île Maurice, disparu au XVIIe siècle, a souffert de la chasse mais aussi des animaux introduits (rats, porcs, singes) qui mangeaient ses œufs.
Comment lutter ?
- Prévenir : contrôles aux frontières, traitement des eaux de ballast (convention internationale entrée en vigueur en 2017), interdiction de commerce. Le règlement européen de 2014 établit une liste d’espèces préoccupantes dont la vente, la détention et la libération sont interdites.
- Détecter tôt et agir vite : une population éradiquée au début de son implantation coûte beaucoup moins cher.
- Contrôler : arrachage, piégeage, lutte biologique avec des ennemis naturels soigneusement testés (comme un petit insecte, le psylle, étudié contre la renouée).
- Restaurer les milieux pour les rendre plus résistants.
Chacun peut agir : ne jamais relâcher un animal de compagnie ou vider un aquarium dans la nature, éviter de planter des espèces ornementales réputées envahissantes, nettoyer bottes et bateaux entre deux plans d’eau, et signaler les observations, par exemple de nids de frelons à pattes jaunes.
Questions fréquentes
Le frelon asiatique est-il dangereux pour l’homme ?
Sa piqûre n’est pas plus dangereuse que celle d’une guêpe ou du frelon européen, mais il peut attaquer en groupe si son nid est dérangé. Il ne faut jamais détruire un nid soi-même ; il faut faire appel à un professionnel. En cas de piqûres multiples, de piqûre dans la bouche ou la gorge, ou de signes d’allergie, appeler le 15 ou le 112.
Une espèce invasive peut-elle devenir utile ?
Certaines espèces introduites finissent par s’intégrer aux écosystèmes ou rendre des services (nourriture pour certains oiseaux, par exemple). Mais leurs effets négatifs sur les espèces locales l’emportent généralement, et l’issue est imprévisible.
Le changement climatique favorise-t-il les espèces invasives ?
Oui, dans de nombreux cas : des hivers plus doux permettent à des espèces tropicales ou subtropicales, comme le moustique tigre, de s’installer plus au nord (voir réchauffement climatique).