Psychologie · Émotions
La résilience
La résilience est la capacité à se développer ou à retrouver un fonctionnement satisfaisant malgré l’adversité. Fréquente, elle n’est pas un trait que l’on a ou pas.
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Le mot résilience vient de la physique des matériaux, où il désigne la résistance d’un matériau aux chocs. En psychologie, il qualifie le fait de « rebondir » : des enfants qui grandissent bien malgré la pauvreté, la maltraitance ou la guerre, des adultes qui retrouvent un équilibre après un deuil, une maladie ou un attentat. Le concept est né dans les années 1970-1980 de l’étude d’enfants à risque, et a été largement popularisé en France par le psychiatre Boris Cyrulnik.
L’étude fondatrice de Kauai
La psychologue américaine Emmy Werner a suivi pendant plus de quarante ans les 698 enfants nés en 1955 sur l’île de Kauai, à Hawaï. Environ un tiers d’entre eux grandissaient dans des conditions à haut risque : pauvreté, complications à la naissance, parents alcooliques ou malades mentaux, conflits familiaux. Or environ un tiers de ces enfants à risque sont devenus des adultes « compétents, confiants et attentionnés », sans difficulté notable. Et beaucoup de ceux qui allaient mal à l’adolescence ont trouvé leur équilibre à l’âge adulte.
La résilience est ordinaire
La psychologue Ann Masten a résumé des décennies de recherche par la formule de « magie ordinaire » : la résilience ne relève pas de qualités exceptionnelles, mais du fonctionnement normal des systèmes d’adaptation humains (attachement, apprentissage, régulation des émotions), quand ils ne sont pas trop endommagés.
Chez l’adulte, les travaux de George Bonanno sur le deuil et les événements traumatiques montrent plusieurs trajectoires typiques :
| Trajectoire | Description | Fréquence approximative |
|---|---|---|
| Résilience | Détresse limitée et passagère, fonctionnement préservé | La plus fréquente, souvent plus de la moitié des personnes |
| Rétablissement | Difficultés importantes pendant des mois, puis retour progressif | Fréquente |
| Détresse chronique | Symptômes durables | Minorité (de l’ordre de 10 à 30 % selon l’événement) |
| Réaction différée | Difficultés qui apparaissent plus tard | Rare |
Les facteurs de protection
La recherche identifie des facteurs qui augmentent la probabilité de résilience. Aucun n’est une garantie.
- Au moins une relation stable et bienveillante avec un adulte : c’est le facteur le plus constant. Cyrulnik parle de « tuteur de résilience ».
- Un attachement sécurisant (voir théorie de l’attachement).
- Des capacités de régulation émotionnelle et de résolution de problèmes.
- Un sentiment d’efficacité personnelle et une estime de soi suffisante.
- Le sens : convictions, engagement, projet, foi pour certains.
- Le soutien social et des institutions qui fonctionnent (école, soins, voisinage).
- Des ressources matérielles minimales : la pauvreté reste un facteur de risque majeur.
Boris Cyrulnik et la diffusion du concept
Neuropsychiatre, lui-même enfant caché pendant la Seconde Guerre mondiale, Boris Cyrulnik a fait connaître la résilience au grand public avec Un merveilleux malheur (1999) et Les Vilains Petits Canards (2001). Il insiste sur deux temps : résister au trauma, puis le remanier, lui donner un sens par la parole, le récit, l’art ou l’engagement.
Les dérives du mot
Le succès du terme a entraîné des usages discutables :
- L’injonction : exiger d’une victime qu’elle « soit résiliente » fait peser sur elle la responsabilité de son rétablissement et culpabilise ceux qui souffrent durablement.
- La confusion avec l’endurance : supporter sans broncher des conditions de travail dégradées n’est pas de la résilience, et peut mener au burn-out.
- L’idéalisation du trauma : le traumatisme ne rend pas plus fort en soi. Certaines personnes rapportent une « croissance post-traumatique », mais elle n’efface pas la souffrance.
Peut-on développer sa résilience ?
On peut renforcer les facteurs de protection :
- entretenir ses liens et accepter de l’aide ;
- prendre soin de son sommeil, de son corps et de son activité ;
- apprendre à réguler ses émotions plutôt qu’à les étouffer ;
- se fixer de petits objectifs réalisables pour retrouver du contrôle ;
- donner du sens à l’épreuve, quand c’est possible, sans se l’imposer.
Questions fréquentes
La résilience est-elle innée ?
Les gènes et le tempérament jouent un rôle, mais l’environnement, et surtout la qualité des relations, compte au moins autant. La résilience est un processus, pas un don.
Un enfant maltraité peut-il bien se développer ?
Oui, beaucoup y parviennent, surtout s’ils ont pu compter sur au moins un adulte fiable. La maltraitance reste un facteur de risque important et doit toujours être signalée : 119 en France (Allô enfance en danger).
Résilience et résistance, quelle différence ?
La résistance désigne le fait de ne pas être ébranlé ; la résilience inclut aussi le fait d’être touché, puis de se reconstruire.