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Psychologie · Connaissance de soi

L’estime de soi

L’estime de soi est le jugement global, positif ou négatif, qu’une personne porte sur sa propre valeur. Elle diffère de la confiance en soi, qui porte sur ses capacités à agir.

Mis à jour le 5 min de lecture

L'estime de soi est l’évaluation globale que l’on fait de sa propre valeur en tant que personne : se sentir digne d’intérêt, d’affection et de respect, ou au contraire se juger insuffisant. C’est l’une des notions les plus étudiées de la psychologie, et l’une des plus mal comprises : longtemps présentée comme la clé de la réussite, elle s’est révélée, à l’examen des données, davantage une conséquence qu’une cause des succès.

Estime de soi, confiance en soi, image de soi

NotionQuestionExemple
Image de soiComment suis-je ?« Je suis grand, discret, bon en maths. »
Estime de soiEst-ce que je vaux quelque chose ?« Je suis quelqu’un de bien. »
Confiance en soiSuis-je capable de faire cela ?« Je peux réussir cet entretien. »
Affirmation de soiEst-ce que j’ose exprimer mes besoins ?« Je dis non quand je ne suis pas d’accord. »

On peut avoir une bonne estime de soi et manquer de confiance dans un domaine précis (parler en public), ou l’inverse : être très sûr de ses compétences professionnelles tout en doutant profondément de sa valeur.

Origine de la notion

Le philosophe et psychologue américain William James propose dès 1890, dans The Principles of Psychology, une formule devenue célèbre : l’estime de soi serait le rapport entre nos succès et nos prétentions. On peut l’augmenter en réussissant davantage ou en visant moins haut. L’idée importante est que l’estime de soi dépend des domaines auxquels on accorde de l’importance.

En 1965, le sociologue Morris Rosenberg publie l’échelle qui porte son nom, encore la plus utilisée au monde : dix affirmations (« Dans l’ensemble, je suis satisfait de moi », « Parfois je me sens vraiment inutile ») notées sur une échelle d’accord.

Ce que dit la recherche

L’effet d’une haute estime de soi a été surestimé

Dans les années 1980-1990, notamment en Californie, des programmes publics ont cherché à améliorer l’estime de soi pour réduire l’échec scolaire, la délinquance ou la consommation de drogue. En 2003, une revue de la littérature dirigée par Roy Baumeister a conclu que :

  • l’estime de soi est liée aux résultats scolaires surtout parce que réussir augmente l’estime de soi, et non l’inverse ;
  • elle ne protège pas clairement contre la violence, la consommation d’alcool ou les comportements sexuels à risque ;
  • elle est en revanche nettement associée au bonheur et à la persévérance après un échec.

Une estime de soi basse est un facteur de risque

Des études longitudinales, notamment celles d’Ulrich Orth et de ses collègues, montrent qu’une estime de soi basse précède et favorise l’apparition de symptômes dépressifs. Le lien est plus net dans ce sens que dans l’autre.

La stabilité compte autant que le niveau

Une estime de soi haute mais fragile, dépendante des succès et du regard d’autrui, s’accompagne souvent de réactions défensives face à la critique. Le narcissisme n’est pas un excès d’estime de soi « saine » : il s’en distingue par le besoin d’admiration et le sentiment de supériorité.

L’évolution au cours de la vie

En moyenne, l’estime de soi baisse à l’adolescence, remonte progressivement à l’âge adulte, atteint un pic vers 50-60 ans puis décline à un âge avancé. Ces tendances moyennes masquent de grandes différences individuelles.

D’où vient l’estime de soi ?

  • Les relations précoces : se sentir accepté et aimé de façon inconditionnelle dans l’enfance.
  • Les réussites dans les domaines qui comptent pour soi (selon l’idée de James).
  • Le sentiment d’appartenance : le psychologue Mark Leary voit l’estime de soi comme un « sociomètre » qui signale notre degré d’acceptation sociale.
  • La comparaison sociale, aujourd’hui amplifiée par les réseaux sociaux.
  • La cohérence avec ses valeurs : agir en accord avec ce qui compte pour soi (voir valeurs personnelles).

Signes d’une estime de soi fragile

  • Difficulté à accepter un compliment ou, à l’inverse, besoin constant d’approbation.
  • Autocritique sévère et généralisante (« je suis nul » plutôt que « j’ai raté ce dossier »).
  • Peur de l’échec qui conduit à éviter les défis ou à procrastiner.
  • Difficulté à dire non, à exprimer ses besoins.
  • Comparaison permanente aux autres.

Comment renforcer son estime de soi : pistes réalistes

Les affirmations positives répétées devant le miroir ont un effet limité, voire négatif : une étude de Joanne Wood et ses collègues (2009) a montré que répéter « je suis quelqu’un d’aimable » faisait se sentir moins bien les personnes à faible estime de soi. Les pistes suivantes sont mieux étayées.

  1. Agir plutôt que se persuader : se fixer des objectifs atteignables et les atteindre nourrit le sentiment de compétence.
  2. Distinguer actes et personne : « j’ai fait une erreur » au lieu de « je suis un incapable ».
  3. Pratiquer l’autocompassion : se parler comme à un ami en difficulté. Les travaux de Kristin Neff associent l’autocompassion au bien-être, avec moins de fragilité que l’estime de soi.
  4. Diversifier ses sources de valeur : ne pas tout miser sur un seul domaine (travail, apparence).
  5. Limiter les comparaisons, notamment sur les réseaux sociaux.
  6. S’entourer de relations soutenantes et s’éloigner de celles qui dévalorisent.
  7. Consulter si la mauvaise image de soi s’accompagne de tristesse durable, d’idées noires ou d’anxiété : les thérapies cognitives et comportementales ont fait leurs preuves. En France, le 3114 répond 24 h/24 en cas de pensées suicidaires.

La connaissance de soi aide aussi : une estime de soi solide repose sur une image juste de ses forces et de ses limites, pas sur une image flatteuse.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre estime de soi et confiance en soi ?

L’estime de soi porte sur sa valeur en tant que personne, la confiance en soi sur sa capacité à réussir une action. La première est globale et assez stable, la seconde varie selon les domaines.

Comment mesure-t-on l’estime de soi ?

Le plus souvent avec l’échelle de Rosenberg (1965), un questionnaire de dix affirmations. Elle mesure l’estime de soi globale ; d’autres outils évaluent l’estime de soi dans des domaines précis (scolaire, physique, sociale).

Peut-on avoir trop d’estime de soi ?

Une estime de soi élevée et stable n’est pas un problème. Ce qui pose problème, c’est une estime de soi gonflée et fragile, qui a besoin d’être constamment confirmée, ou le narcissisme, qui en est distinct.

L’estime de soi se construit-elle seulement dans l’enfance ?

Non. L’enfance joue un rôle important, mais l’estime de soi évolue tout au long de la vie, en fonction des relations, des réussites et des épreuves.

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