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Psychologie · Émotions

Les émotions de base

Selon le modèle le plus cité, celui de Paul Ekman, il existe six émotions de base : joie, tristesse, peur, colère, dégoût et surprise. Leur caractère universel reste toutefois discuté.

Mis à jour le 4 min de lecture

Une émotion est une réaction brève et intense à un événement jugé important pour soi : elle combine un ressenti subjectif, des changements physiologiques (cœur, respiration, tension musculaire), une expression (visage, voix, posture) et une tendance à l’action (fuir, attaquer, se rapprocher). Les émotions de base, ou émotions primaires, seraient un petit nombre d’émotions universelles, présentes dans toutes les cultures et dès l’enfance, à partir desquelles se construiraient les émotions plus complexes.

Les six émotions de base selon Ekman

À la fin des années 1960, le psychologue américain Paul Ekman montre des photos de visages à des personnes de cultures très différentes, dont des membres du peuple Fore de Papouasie-Nouvelle-Guinée peu exposés aux médias occidentaux. La plupart associent les mêmes expressions aux mêmes émotions. Il en déduit six émotions de base.

ÉmotionSituation déclenchante typeFonctionTendance à l’action
JoieGain, réussite, lienRenforcer ce qui fait du bien, créer du lienSe rapprocher, partager
TristessePerteSe replier, obtenir du soutienRalentir, chercher du réconfort
PeurDangerSe protégerFuir, se figer
ColèreObstacle, injusticeDéfendre ses intérêtsAffronter, repousser
DégoûtContamination, transgressionÉviter ce qui est toxiqueRejeter, s’éloigner
SurpriseÉvénement inattenduOrienter l’attentionS’arrêter, observer

Dans les années 1990, Ekman ajoute d’autres candidates (mépris, amusement, fierté, honte, soulagement…). Le film d’animation Vice-Versa (2015), conseillé par Ekman et Dacher Keltner, n’en retient que cinq : la surprise en a été écartée.

D’autres classifications

La roue de Plutchik

Le psychologue Robert Plutchik propose en 1980 huit émotions primaires disposées en roue, par paires d’opposés : joie et tristesse, confiance et dégoût, peur et colère, surprise et anticipation. Chacune varie en intensité (agacement, colère, rage) et leur mélange produit des émotions secondaires : joie + confiance = amour, peur + surprise = effroi. La roue est très utilisée en pédagogie et en coaching, beaucoup moins en recherche.

Émotions primaires et secondaires

On distingue souvent :

  • les émotions primaires, rapides, peu dépendantes de la réflexion (peur, colère) ;
  • les émotions sociales ou secondaires, qui supposent une conscience de soi et du regard d’autrui : honte et culpabilité, fierté, jalousie, embarras. Elles apparaissent chez l’enfant vers 2-3 ans.

Le débat : universelles ou construites ?

La théorie des émotions de base est aujourd’hui contestée sur plusieurs points.

  • Les expressions ne sont pas si universelles. Les études d’Ekman utilisaient des photos posées et un choix limité de réponses, ce qui gonfle les taux de reconnaissance. Quand on laisse les personnes nommer librement les émotions, l’accord entre cultures diminue nettement.
  • Pas de « signature » biologique nette. Les méta-analyses ne trouvent pas de schéma cardiaque ou cérébral propre à chaque émotion : l’amygdale, par exemple, ne s’active pas seulement dans la peur.
  • La théorie des émotions construites. La psychologue Lisa Feldman Barrett (How Emotions Are Made, 2017) soutient que le cerveau construit les émotions à partir de sensations corporelles générales (agréable/désagréable, calme/agité) et de concepts appris dans sa culture.

À quoi servent les émotions ?

Longtemps opposées à la raison, les émotions sont aujourd’hui considérées comme indispensables au jugement. Le neurologue Antonio Damasio a décrit des patients atteints de lésions préfrontales qui, privés de leurs signaux émotionnels, raisonnaient normalement mais prenaient des décisions désastreuses (voir prise de décision). Les émotions :

  • signalent ce qui compte pour nous (une menace, une perte, un besoin) ;
  • préparent l’action en mobilisant le corps ;
  • communiquent notre état aux autres, ce qui coordonne la vie sociale ;
  • orientent la mémoire : les événements chargés émotionnellement sont mieux retenus.

Émotion, sentiment, humeur : les différences

TermeDuréeCauseExemple
ÉmotionSecondes à minutesUn événement précisSursaut de peur devant un chien
SentimentDurableUne personne, un objetAmour, rancune
HumeurHeures à joursDiffuse, souvent inconnueÊtre de mauvaise humeur
TempéramentStableDisposition de baseTendance à l’anxiété

Questions fréquentes

Combien y a-t-il d’émotions de base ?

Six dans le modèle d’Ekman (joie, tristesse, peur, colère, dégoût, surprise), huit chez Plutchik. D’autres chercheurs en comptent davantage, et certains contestent qu’il existe des émotions « de base ».

Les animaux ont-ils des émotions ?

Les mammifères partagent avec nous des circuits cérébraux liés à la peur, à la recherche de plaisir ou à l’attachement. Darwin le soulignait déjà en 1872 dans L’Expression des émotions chez l’homme et les animaux. Ce qu’ils ressentent subjectivement reste plus difficile à établir.

Peut-on supprimer une émotion ?

Non, et tenter de la réprimer a souvent l’effet inverse. On peut en revanche agir sur la situation, sur la façon de l’interpréter et sur sa réponse : c’est la régulation émotionnelle.

Pourquoi apprendre à nommer ses émotions ?

Les personnes qui distinguent finement leurs émotions (« déçu » plutôt que « mal ») les régulent mieux : c’est la granularité émotionnelle, une composante de l'intelligence émotionnelle.

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