Aller au contenu
connaissance.org

Psychologie · Émotions

La colère

La colère est une émotion de base déclenchée par un obstacle, une frustration ou une injustice perçue. Utile pour se défendre, elle devient un problème quand elle est trop fréquente, trop intense ou mal exprimée.

Mis à jour le 4 min de lecture

La colère est une réaction émotionnelle à ce que l’on perçoit comme un tort : un obstacle à ses objectifs, une offense, une injustice, une menace contre soi ou contre ses proches. Elle mobilise l’énergie pour affronter le problème. C’est l’une des six émotions de base décrites par Paul Ekman, et l’une des plus fréquentes au quotidien : la plupart des adultes disent se mettre en colère, au moins légèrement, plusieurs fois par semaine.

Ce qui déclenche la colère

La colère naît rarement de l’événement seul : elle dépend de son interprétation. Trois jugements la favorisent :

  1. L’événement contrarie un but ou une règle importante (être bloqué dans un bouchon un jour d’entretien).
  2. Quelqu’un en est responsable (« il l’a fait exprès », « elle aurait dû prévenir »).
  3. C’était évitable ou injuste.

C’est pourquoi le même retard agace davantage quand on l’attribue à de la négligence qu’à un accident. La fatigue, la faim, la douleur, le bruit, la chaleur et le stress abaissent le seuil de déclenchement.

Ce qui se passe dans le corps

La colère active le système nerveux sympathique (voir système nerveux) :

  • accélération du cœur et hausse de la pression artérielle ;
  • libération d’adrénaline et de noradrénaline ;
  • tension musculaire, mâchoires serrées, poings fermés ;
  • visage qui rougit, voix plus forte ;
  • attention rétrécie sur la cible, pensée moins nuancée.

La montée est rapide, la redescente plus lente : l’excitation physiologique peut persister de longues minutes, d’où l’intérêt de différer toute réponse.

Colère, agressivité et violence

La colère est une émotion ; l’agressivité est un comportement visant à nuire. On peut être très en colère sans agresser personne, et agresser sans colère (violence froide, calculée). La colère n’excuse jamais la violence.

L’idée fausse du défoulement

L’hypothèse dite cathartique, héritée de Freud, veut qu’il faille « évacuer » sa colère en tapant dans un coussin ou en criant. Les expériences la contredisent. En 2002, le psychologue Brad Bushman a mis en colère des étudiants, puis a fait frapper un sac de frappe à certains en pensant à la personne qui les avait vexés : ils se sont ensuite montrés plus agressifs que ceux qui étaient restés tranquilles. Ruminer ou rejouer sa colère l’entretient ; l’effort physique sans lien avec la colère (courir, marcher) peut aider à faire baisser l’excitation, mais il ne « vide » rien.

La colère a-t-elle des avantages ?

Oui, quand elle est proportionnée et bien exprimée :

  • elle signale une limite franchie et permet de la faire respecter ;
  • elle donne l'énergie d’agir contre une injustice (de nombreux mouvements sociaux s’appuient sur une indignation collective) ;
  • exprimée calmement, elle peut améliorer une relation en révélant un problème que l’on aurait tu.

Les problèmes viennent de la colère chronique (associée à un risque cardiovasculaire plus élevé dans plusieurs études longitudinales), de l’explosion incontrôlée et, à l’inverse, de la colère toujours rentrée qui se transforme en ressentiment.

Comment gérer sa colère

Les programmes de gestion de la colère inspirés des thérapies cognitivo-comportementales ont des effets démontrés. Ils combinent quelques outils simples.

MomentOutilExemple
AvantRepérer ses déclencheurs et signaux corporels« Quand je serre les mâchoires, je monte »
PendantFaire une pause (sortir, compter, respirer lentement)« J’ai besoin de dix minutes, on en reparle »
PendantRéévaluer la situation« Est-ce vraiment intentionnel ? Qu’aurais-je fait à sa place ? »
AprèsExprimer le besoin plutôt que l’accusation« J’ai besoin d’être prévenu » plutôt que « tu ne penses qu’à toi »
AprèsRésoudre le problème de fondChanger d’horaire, renégocier une règle

La reformulation en termes de faits, de sentiments et de besoins est au cœur de la communication non violente. Plus largement, ces outils relèvent de la régulation émotionnelle.

Quand consulter ?

Il est utile de demander l’aide d’un médecin ou d’un psychologue si la colère :

  • éclate souvent et de façon disproportionnée ;
  • conduit à casser des objets, à insulter, menacer ou frapper ;
  • abîme durablement le couple, la famille ou le travail ;
  • s’accompagne de consommation d’alcool ou de drogues ;
  • masque une souffrance (dépression, anxiété, épuisement).

Une irritabilité inhabituelle et persistante peut aussi être un signe de dépression, notamment chez l’homme et l’adolescent.

Questions fréquentes

Est-ce mauvais de retenir sa colère ?

Réprimer systématiquement ses émotions (faire comme si de rien n’était) est associé à plus de tension et à des relations moins satisfaisantes. L’alternative n’est pas l’explosion mais l’expression différée et calme du problème.

Pourquoi se met-on plus facilement en colère quand on est fatigué ?

Le manque de sommeil diminue le contrôle exercé par le cortex préfrontal sur les réactions émotionnelles : les irritations ordinaires paraissent plus graves et la réponse est plus impulsive.

Colère et indignation, est-ce la même chose ?

L’indignation est une colère morale, provoquée par une injustice qui touche d’autres personnes ou un principe. Elle peut motiver l’engagement collectif.

À lire aussi

Émotions : toutes les fiches