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Psychologie · Faire connaissance et relations

Le langage corporel

Le langage corporel transmet des informations réelles sur les émotions, mais il se lit bien moins facilement qu’on ne le dit. La plupart des « décodages » populaires sont faux.

Mis à jour le 4 min de lecture

Le langage corporel, ou communication non verbale, désigne tout ce que nous communiquons sans les mots : expressions du visage, regard, gestes, posture, distance, toucher, ton et rythme de la voix. Il joue un rôle important dans les relations : il signale les émotions, l’intérêt, le statut, il accompagne et nuance la parole. Mais il a aussi fait l’objet d’une abondante littérature de vulgarisation, souvent sans fondement scientifique.

Ce que le langage corporel transmet vraiment

  • Les émotions : certaines expressions faciales (joie, colère, peur, dégoût, tristesse, surprise) sont reconnues au-delà du hasard dans de nombreuses cultures, même si moins facilement qu’on ne l’a cru (voir émotions de base).
  • L’engagement dans la conversation : se tourner vers l’interlocuteur, hocher la tête, synchroniser ses mouvements.
  • Le statut et la dominance : occuper de l’espace, parler fort, interrompre.
  • Des impressions rapides : les recherches de Nalini Ambady sur les « tranches fines » montrent que de très courts extraits vidéo suffisent à des observateurs pour se faire une impression qui recoupe en partie l’évaluation d’enseignants par leurs élèves sur un semestre (voir première impression).

Le mythe des 7-38-55 %

On lit partout que la communication serait à 7 % verbale, 38 % vocale (ton de la voix) et 55 % visuelle (langage du corps). Ces chiffres viennent de deux petites expériences menées en 1967 par le psychologue Albert Mehrabian :

  • les participants entendaient un seul mot (« chérie », « merci », « brute »…) prononcé sur un ton positif, neutre ou négatif, parfois associé à une photo de visage ;
  • ils devaient juger le sentiment de la personne envers son interlocuteur ;
  • quand le mot, la voix et le visage étaient contradictoires, le visage et la voix l’emportaient.

Les autres idées reçues

Idée reçueCe que dit la recherche
« Bras croisés = fermeture, défense »On croise les bras aussi par confort, par froid, par habitude, ou en se concentrant. Un geste isolé n’a pas de sens fixe
« Regarder en haut à droite signifie qu’on ment »Idée issue de la programmation neurolinguistique (PNL). Une étude de Richard Wiseman et ses collègues (2012) n’a trouvé aucun lien entre direction du regard et mensonge
« Un menteur évite le regard »C’est la croyance la plus répandue au monde sur le mensonge, mais le regard est un indice très peu fiable (voir détecter le mensonge)
« Se toucher le nez trahit le mensonge »Aucune preuve scientifique
« Les postures de pouvoir changent les hormones et la confiance »Une étude de 2010 (Carney, Cuddy et Yap) l’affirmait ; les réplications n’ont pas retrouvé l’effet hormonal, et la première autrice a déclaré en 2016 ne plus y croire. Un léger effet sur le sentiment de confiance reste discuté
« Les microexpressions révèlent les émotions cachées »Elles existent, mais elles sont rares et peu utiles pour détecter les mensonges en pratique

La synergologie et autres méthodes de « décodage »

La synergologie, méthode française créée dans les années 1990, prétend lire les pensées et les émotions cachées à partir de micro-gestes (se gratter l’oreille, position des mains). Ses affirmations n’ont pas été validées par des études scientifiques publiées avec comité de lecture, et elle est considérée comme une pseudoscience par les chercheurs du domaine. Il en va de même pour la plupart des formations qui promettent de « lire dans les gens comme dans un livre ».

Ce qui est utile en pratique

  • Observer des ensembles cohérents plutôt qu’un geste isolé, et toujours dans leur contexte.
  • Comparer à la base habituelle de la personne : un changement par rapport à son comportement ordinaire dit plus qu’un geste en soi.
  • Vérifier par la parole : « tu as l’air contrarié, je me trompe ? ». C’est le principe de l'écoute active.
  • Soigner son propre non verbal : regarder son interlocuteur, sourire sincèrement, adopter une posture ouverte, ralentir son débit améliore la perception de chaleur et de compétence.
  • Tenir compte de la culture : distance interpersonnelle, contact visuel, gestes (le pouce levé, le « OK ») varient selon les pays.

Les codes culturels

L’anthropologue Edward T. Hall a décrit en 1966 la proxémie, l’étude de l’utilisation de l’espace. Il distingue quatre distances dans la culture américaine de son époque : intime (moins de 45 cm), personnelle (45 cm à 1,2 m), sociale (1,2 à 3,6 m) et publique (au-delà). Ces distances varient selon les cultures et les situations.

Questions fréquentes

Peut-on savoir si quelqu’un nous aime grâce à son langage corporel ?

Certains signes accompagnent souvent l’intérêt (regards prolongés, sourires, rapprochement, imitation des gestes), mais aucun n’est infaillible. Ils peuvent aussi relever de la politesse ou du caractère.

Le langage corporel est-il universel ?

En partie : certaines expressions émotionnelles se retrouvent dans de nombreuses cultures. Mais beaucoup de gestes et de règles d’expression sont appris et varient selon les sociétés.

Peut-on apprendre à lire le langage corporel ?

On peut apprendre à être plus attentif aux signaux et au contexte. En revanche, les formations qui promettent de détecter les mensonges ou les pensées cachées n’ont pas fait la preuve de leur efficacité.

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