Aller au contenu
connaissance.org

Psychologie · Faire connaissance et relations

Détecter le mensonge

Les êtres humains détectent les mensonges à peine mieux que le hasard : environ 54 % de réponses justes en moyenne. Aucun geste ne trahit à coup sûr un menteur, et le détecteur de mensonges n’est pas fiable.

Mis à jour le 4 min de lecture

Mentir fait partie de la vie sociale ordinaire. Dans une étude de 1996 où l’on demandait à des participants de noter toutes leurs interactions pendant une semaine, la psychologue Bella DePaulo a constaté que les étudiants mentaient en moyenne environ deux fois par jour et les autres adultes environ une fois par jour, le plus souvent pour de petits mensonges destinés à éviter un conflit ou à ménager quelqu’un. Des études ultérieures montrent que la majorité des mensonges est le fait d’une minorité de grands menteurs. Peut-on pour autant repérer qui ment ?

Nous sommes de mauvais détecteurs

En 2006, Charles Bond et Bella DePaulo ont réalisé une méta-analyse de 206 études portant sur plus de 24 000 juges. Résultat :

MesureRésultat
Taux moyen de réponses justesEnviron 54 % (le hasard donnerait 50 %)
Vérités correctement identifiéesEnviron 61 %
Mensonges correctement identifiésEnviron 47 %
Différence entre professionnels (policiers, juges) et étudiantsTrès faible

Nous avons un biais de vérité : par défaut, nous croyons ce que l’on nous dit, ce qui est raisonnable puisque la plupart des affirmations sont vraies. Les professionnels ne sont pas plus précis, mais souvent plus confiants dans leurs jugements, et plus enclins à soupçonner.

Les faux indices

Une étude internationale menée dans 58 pays (Global Deception Research Team, 2006) a montré que la croyance la plus répandue est que les menteurs évitent le regard. Or ce n’est pas un indice fiable.

Indice supposéCe qu’en disent les études
Fuir le regardPas de lien fiable avec le mensonge
Gigoter, se toucher le visagePas de lien fiable ; les menteurs bougent parfois moins
Regarder en haut à droiteAucun lien (voir langage corporel)
NervositéLes personnes sincères soupçonnées sont aussi nerveuses
MicroexpressionsRares et peu utiles pour détecter les mensonges en pratique

Les méta-analyses de Bella DePaulo et de ses collègues (2003) trouvent quelques indices un peu plus associés au mensonge (récits moins détaillés, moins plausibles, voix un peu plus aiguë, plus de tension), mais leurs effets sont faibles et varient selon les personnes et les situations.

Le détecteur de mensonges

Le polygraphe enregistre le rythme cardiaque, la pression artérielle, la respiration et la transpiration pendant un interrogatoire. Il mesure donc l'activation émotionnelle, pas le mensonge. Un rapport de l’Académie nationale des sciences des États-Unis (2003) a conclu que ses fondements scientifiques étaient faibles et qu’il produisait trop d’erreurs dans les deux sens : des innocents anxieux échouent, et des menteurs entraînés réussissent.

En France, le détecteur de mensonges n’est pas utilisé comme preuve dans les procédures judiciaires. Il est utilisé dans certains pays, notamment aux États-Unis, pour le recrutement dans certaines agences ou dans les enquêtes, avec des règles variables.

Les techniques plus récentes (imagerie cérébrale, analyse automatique du visage ou de la voix) n’ont pas non plus démontré une fiabilité suffisante pour un usage judiciaire.

Ce qui marche un peu mieux : l’approche cognitive

Plutôt que de chercher des signes de nervosité, des chercheurs comme Aldert Vrij proposent de rendre le mensonge plus difficile, car mentir demande plus d’effort mental que dire la vérité.

  • Poser des questions ouvertes et laisser la personne raconter librement : les récits vrais sont souvent plus riches en détails vérifiables.
  • Demander des détails inattendus (« dessinez la pièce », « où étiez-vous assis ? ») qu’un menteur n’a pas préparés.
  • Faire raconter dans l’ordre inverse des événements, ce qui augmente la charge mentale.
  • Utiliser les preuves de façon stratégique : ne pas révéler d’emblée ce que l’on sait, et vérifier si le récit le contredit.
  • Vérifier les faits : le meilleur détecteur reste la confrontation à des éléments extérieurs.

Ces méthodes améliorent la détection en laboratoire, avec des taux souvent proches de 60 à 70 %, loin de l’infaillibilité.

Les enfants et le mensonge

Les enfants commencent à mentir vers 2-3 ans, et de façon plus crédible vers 4 ans, en même temps qu’ils comprennent que les autres peuvent avoir des croyances fausses (voir théorie de l’esprit). C’est une étape normale du développement. Les adultes, y compris les parents, détectent mal les mensonges des enfants au-delà de cet âge.

Questions fréquentes

Peut-on apprendre à détecter les mensonges ?

Les formations fondées sur le langage corporel améliorent peu, voire pas du tout, la détection. Les techniques d’entretien centrées sur le contenu des récits donnent de meilleurs résultats, mais restent loin d’être fiables.

Pourquoi croit-on savoir repérer un menteur ?

Parce que l’on se souvient des mensonges découverts, en général grâce à des preuves extérieures, et qu’on ignore ceux qui sont passés inaperçus. C’est une forme de biais de confirmation.

Les menteurs pathologiques existent-ils ?

On parle de mythomanie ou de pseudologie fantastique pour des personnes qui mentent de façon compulsive, souvent sans bénéfice évident. Ce n’est pas un diagnostic à part entière dans les classifications actuelles, mais cela peut accompagner certains troubles et justifie un avis professionnel.

À lire aussi

Faire connaissance et relations : toutes les fiches