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Psychologie · Faire connaissance et relations

La communication non violente

La communication non violente (CNV) est une méthode créée par Marshall Rosenberg. Elle propose d’exprimer un désaccord en quatre temps : observation, sentiment, besoin, demande.

Mis à jour le 5 min de lecture

La communication non violente (CNV) est une méthode de communication mise au point par le psychologue américain Marshall B. Rosenberg (1934-2015) à partir des années 1960. Elle vise à exprimer ce que l’on ressent et ce dont on a besoin sans accuser, et à écouter l’autre de la même façon. Son outil le plus connu est la séquence OSBD : Observation, Sentiment, Besoin, Demande. Très diffusée en France, dans les écoles, les entreprises et la parentalité, elle est utile en pratique, mais son efficacité a été peu évaluée scientifiquement.

Origine

Élève de Carl Rogers, l’inventeur de l'écoute active, Rosenberg développe sa méthode dans le contexte de la déségrégation des écoles aux États-Unis, puis fonde en 1984 le Center for Nonviolent Communication. Son livre Nonviolent Communication: A Language of Compassion (1999) a été traduit en français sous le titre Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs). Le nom fait référence à la non-violence de Gandhi.

Rosenberg utilise une image restée célèbre : le langage chacal, qui juge, accuse et exige, opposé au langage girafe, l’animal terrestre au plus grand cœur, qui exprime ses sentiments et ses besoins.

Les quatre étapes OSBD

ÉtapePrincipeÀ éviterExemple
ObservationDécrire les faits, comme une caméraLes jugements, les généralisations (« toujours », « jamais »)« Quand je vois tes affaires sur la table depuis trois jours… »
SentimentExprimer son émotionLes pseudo-sentiments qui accusent (« je me sens trahi, rejeté »)« … je me sens agacé et fatigué… »
BesoinNommer le besoin à l’origine du sentimentRendre l’autre responsable de son émotion« … parce que j’ai besoin d’ordre pour me détendre en rentrant. »
DemandeFormuler une demande concrète, positive, négociableL’exigence, la demande vague« Est-ce que tu serais d’accord pour les ranger ce soir ? »

La même situation, exprimée sans CNV : « Tu laisses toujours tout traîner, c’est insupportable ! » Le reproche généralise (« toujours »), juge (« insupportable ») et ne dit pas ce qui est attendu. Il provoque presque sûrement une défense.

Observation contre évaluation

C’est l’étape la plus difficile. Rosenberg reprend l’idée du philosophe indien Jiddu Krishnamurti selon laquelle observer sans évaluer est une forme élevée d’intelligence.

ÉvaluationObservation
« Tu es toujours en retard. »« Tu es arrivé à 20 h 30, nous avions dit 20 h. »
« Tu ne m’écoutes jamais. »« Pendant que je parlais, tu regardais ton téléphone. »
« Il est paresseux. »« Il n’a pas rendu ses deux derniers devoirs. »

Sentiments et pseudo-sentiments

Des mots comme abandonné, manipulé, incompris, trahi décrivent moins une émotion que ce que l’autre nous aurait fait. La CNV propose de revenir à l’émotion elle-même : triste, inquiet, en colère, seul, déçu.

Besoins

Pour Rosenberg, derrière chaque émotion se trouve un besoin satisfait ou non : sécurité, respect, reconnaissance, autonomie, repos, sens, contribution, connexion. Distinguer le besoin (universel) de la stratégie pour le satisfaire (spécifique) ouvre la négociation : le besoin de repos peut se satisfaire de plusieurs façons. Ce travail rejoint la clarification des valeurs personnelles.

Demande

Une demande est :

  • concrète : « appelle-moi si tu rentres après 22 h » plutôt que « sois plus attentionné » ;
  • positive : ce que l’on veut, pas ce que l’on ne veut plus ;
  • réalisable maintenant ;
  • négociable : si un refus entraîne une sanction ou un reproche, c’était une exigence.

L’écoute empathique

La CNV ne sert pas qu’à s’exprimer : elle s’applique aussi à l’écoute. Face à un reproche, on cherche à deviner le sentiment et le besoin de l’autre : « Tu es en colère parce que tu aurais eu besoin d’être prévenu ? » Cette partie rejoint les techniques de l'écoute active.

Ce que dit la recherche

  • Les études publiées sur la CNV sont peu nombreuses et souvent de faible qualité méthodologique (petits échantillons, absence de groupe de contrôle, mesures auto-déclarées). Les revues disponibles font état de résultats encourageants sur l’empathie, avec un niveau de preuve limité.
  • Plusieurs principes qu’elle mobilise sont en revanche bien étayés ailleurs : décrire un comportement plutôt que juger la personne, nommer ses émotions avec précision, formuler des demandes concrètes, écouter avant de répondre.

Critiques et limites

  • Un langage qui peut sembler artificiel : appliquée mécaniquement, la formule OSBD donne des phrases stéréotypées et peut irriter.
  • Le risque de manipulation : une forme polie peut habiller une exigence ou un reproche déguisé.
  • Les rapports de force : la CNV ne résout pas à elle seule les situations de harcèlement ou de violence, qui relèvent de protections et de recours spécifiques.
  • Une vision très optimiste : l’idée que tout conflit se résout par l’expression des besoins est discutée.

Utilisée comme une grille souple plutôt que comme un script, elle reste un outil précieux pour désamorcer les tensions.

Exemples d’application

En couple : « Hier soir, quand tu as répondu à tes messages pendant le dîner (O), je me suis senti un peu seul (S), parce que ces moments sont importants pour moi (B). Est-ce qu’on pourrait poser nos téléphones pendant les repas ? (D) »

Au travail : « Le rapport m’a été transmis à 18 h pour une réunion le lendemain à 9 h (O). Je me suis senti sous pression (S), j’ai besoin d’un peu de temps pour faire un travail de qualité (B). Peux-tu me l’envoyer la veille à midi la prochaine fois ? (D) »

Avec un enfant : « Je vois des chaussettes et des jouets par terre dans le salon (O). Je suis inquiète (S) parce que j’ai peur que quelqu’un tombe (B). Tu veux bien les ranger dans ton coffre avant le bain ? (D) »

Questions fréquentes

Que signifie OSBD ?

Observation, Sentiment, Besoin, Demande : les quatre étapes de la communication non violente pour exprimer une difficulté sans accuser.

Qui a inventé la communication non violente ?

Le psychologue américain Marshall Rosenberg, à partir des années 1960, en s’inspirant notamment de Carl Rogers et de la non-violence de Gandhi.

La CNV fonctionne-t-elle vraiment ?

Ses principes s’appuient sur des mécanismes connus et beaucoup de praticiens la trouvent utile. Les études scientifiques sur la méthode elle-même restent peu nombreuses et ne permettent pas de mesurer précisément son efficacité.

Peut-on utiliser la CNV avec quelqu’un qui ne la connaît pas ?

Oui, c’est même son usage principal : elle ne demande pas que l’autre la pratique. Elle donne en revanche de meilleurs résultats quand elle est utilisée de façon naturelle, sans formules récitées.

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