Psychologie · Connaissance de soi
Le syndrome de l’imposteur
Le syndrome de l’imposteur est le sentiment persistant de ne pas mériter sa réussite, attribuée à la chance, avec la peur d’être démasqué. Ce n’est pas une maladie.
Mis à jour le 4 min de lecture
« Ils vont finir par se rendre compte que je n’ai rien à faire ici. » Beaucoup de personnes compétentes, parfois très reconnues, vivent avec cette pensée. Malgré des diplômes, des promotions ou des éloges, elles restent convaincues de ne pas être à la hauteur et de tromper leur entourage. C’est ce que l’on appelle le syndrome de l’imposteur, ou plus exactement le phénomène de l’imposteur.
Origine du concept
En 1978, les psychologues américaines Pauline Rose Clance et Suzanne Imes décrivent ce phénomène chez plus de 150 femmes très diplômées et reconnues professionnellement qui, malgré leurs succès, se sentaient « intellectuellement imposteurs ». Elles parlent de phénomène et non de syndrome, pour souligner qu’il ne s’agit pas d’une maladie. En 1985, Clance publie une échelle de 20 questions (CIPS), encore utilisée aujourd’hui.
Les signes typiques
- Attribuer sa réussite à la chance, au hasard, à son charme ou à une erreur de jugement des autres.
- Minimiser ses compétences et rejeter les compliments (« ce n’était rien », « n’importe qui l’aurait fait »).
- Craindre d’être démasqué, surtout lors d’une promotion ou d’une nouvelle responsabilité.
- Surpréparer chaque tâche ou, à l’inverse, procrastiner, puis attribuer la réussite à l’effort excessif ou à la chance de dernière minute.
- Se comparer constamment aux autres, perçus comme plus légitimes.
- Craindre l’échec autant que le succès, qui augmente les attentes.
Le cycle de l’imposteur
Clance décrit un cercle qui s’auto-entretient :
- Une tâche importante provoque anxiété et doute.
- La personne surprépare ou procrastine.
- La tâche réussit ; soulagement de courte durée.
- La réussite est attribuée à l’effort démesuré ou à la chance, jamais à la compétence.
- Le sentiment d’imposture se renforce pour la tâche suivante.
Qui est concerné ?
Une revue systématique de 2020 (Bravata et al.) portant sur 62 études trouve des taux très variables, de 9 à 82 %, selon les populations et les outils de mesure. Ce chiffre montre surtout qu’il n’existe pas de seuil standardisé.
- Contrairement à l’hypothèse de départ, le phénomène touche aussi les hommes, dans des proportions souvent proches.
- Il est fréquent chez les étudiants, les médecins, les chercheurs, les personnes en début de carrière ou récemment promues.
- Il est plus marqué chez les personnes issues de groupes sous-représentés dans leur milieu (premières générations à faire des études, minorités), où le doute est parfois alimenté par l’environnement lui-même.
Les facteurs associés
- Perfectionnisme : tout ce qui est moins que parfait est vécu comme une preuve d’insuffisance.
- Faible estime de soi et anxiété.
- Histoire familiale : un enfant étiqueté « le brillant » ou, à l’inverse, comparé défavorablement à un frère ou une sœur.
- Contexte : milieux très compétitifs, absence de retours clairs, discriminations.
Comment en sortir
- Nommer le phénomène : savoir qu’il est fréquent et qu’il touche des personnes très compétentes réduit déjà son poids.
- Distinguer sentiment et réalité : « je me sens incompétent » n’est pas « je suis incompétent ».
- Tenir un registre de preuves : réussites, retours positifs, problèmes résolus, à relire avant les moments de doute (voir journal intime).
- Accepter les compliments par un simple « merci », sans les minimiser.
- En parler à des collègues ou à un mentor : on découvre souvent que d’autres ressentent la même chose.
- Réviser ses critères de compétence : être compétent ne signifie pas tout savoir ni ne jamais se tromper.
- Travailler sur le perfectionnisme et la confiance en soi, éventuellement avec un psychologue.
Questions fréquentes
Le syndrome de l’imposteur est-il une maladie ?
Non. Il ne figure dans aucune classification médicale. C’est une expérience psychologique fréquente, qui peut néanmoins être associée à de l’anxiété ou à une dépression.
Les personnes célèbres en souffrent-elles ?
De nombreuses personnalités ont déclaré l’avoir ressenti. Ces témoignages montrent que la réussite objective ne suffit pas à le faire disparaître.
Le syndrome de l’imposteur peut-il être utile ?
Une étude de Basima Tewfik (2022) suggère que certaines pensées d’imposture peuvent pousser à être plus attentif aux autres et mieux perçu dans les relations professionnelles. Mais lorsqu’elles sont intenses et persistantes, elles font surtout souffrir.